Accueil / Auto & Transports / Comment la voiture électrique s’est enfin imposée au monde

Comment la voiture électrique s’est enfin imposée au monde

Comment la voiture électrique s’est enfin imposée au monde

Après avoir longtemps suscité le scepticisme, la voiture 100% électrique se découvre un nouveau et ambitieux départ. En un an, les constructeurs ont annoncé plus de projets que durant les vingt dernières années. Avec l’aide des pouvoirs publics bien entendu… Mais pas seulement!

Faut-il remercier Elon Musk d’avoir élevé la voiture électrique au rang d’objet de valorisation sociale avec ses voitures de luxe ? “La popularisation de la voiture électrique s’est faite par le haut de gamme”, admet Guillaume Crunelle, analyste spécialiste de l’automobile chez Deloitte. Pour Hadi Zablit, directeur associé au Boston Consulting Group et spécialiste de l’automobile, le réveil de la voiture électrique est “le résultat des efforts d’investissements des constructeurs depuis plusieurs années”.

Les mentalités ont également évolué. Les consommateurs sont plus sensibles au discours sur l’impact environnemental de la voiture électrique, et sont moins récalcitrants face aux contraintes de cette technologie. D’après Guillaume Crunelle, “la motorisation hybride a permis d’accompagner l’émergence de l’électrique dans l’esprit des conducteurs”. Et d’ajouter : “il est important de noter que la majorité des acheteurs sont des particuliers”.

Une technologie naguère moquée

Il y a quelques années encore, les promoteurs de la voiture étaient pourtant moqués. Carlos Ghosn a été largement critiqué pour le déploiement d’un plan produit jugé surdimensionné compte tenu des débouchés. Sa projection d’un marché pur électrique équivalent à 10% du marché automobile mondial à horizon 2020 est désormais considérée comme hors d’atteinte. C’est tout juste si les analystes s’accordent sur le chiffre de 1%, dans le meilleur des cas. De plus, l’effondrement des cours du pétrole ne plaide pas en faveur d’un tel scénario. Mais, le patron de Renault et Nissan serait sur le point de prendre sa revanche.

Les ventes en France ne cessent de progresser et tous les pays d’Europe sont en train d’opérer la bascule. Certains pays ont déjà pris de l’avance comme la Norvège où un tiers des immatriculations sont des voitures 100% électriques. Au Japon, il y a désormais plus de bornes de recharge que de stations-service. En Californie, berceau de la marque Tesla, il n’y a rien de plus “cool” que de rouler en voiture électrique.

En retard sur le sujet, l’Allemagne vient d’annoncer un ambitieux programme de soutien à la voiture électrique. Il a fallu convaincre le très conservateur ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, par principe opposé à l’idée de subvention, pour lancer un plan d’un milliard d’euros dont 600 millions consacrés à l’aide à l’achat.

Le coup de boost chinois

Pour Hadi Zablit, la bascule pourrait en réalité venir d’ailleurs. “C’est en Chine que nous voyons les plus importants investissements dans la voiture électrique”, constate l’expert du Boston Consulting Group. Depuis quelques années, les autorités des grandes métropoles ont imposé un certain nombre de restrictions de circulation aux voitures thermiques. Des quotas d’immatriculations ont également été imposés aux voitures à motorisations classiques. Cette politique a été un puissant levier d’accélération des investissements des constructeurs pour ce marché gigantesque qu’est la Chine.

Pour le gouvernement, la voiture électrique revêt surtout un enjeu stratégique majeur. Cette technologie n’est pas encore verrouillée par un leadership de quelques constructeurs. Pour Pékin, la voiture électrique est une opportunité en or pour hisser ses constructeurs nationaux sans être à rebours des autres groupes.

L’exemple de DongFeng Motors illustre bien cette stratégie. Fort de ses nombreux partenariats industriels, le constructeur chinois fait le plein de transferts de technologie en matière de voiture électrique. Il a fondé Venucia, une marque 100% électrique, en coentreprise avec Nissan. Il va également se fournir auprès de Renault en voitures électriques qui seront badgées d’une nouvelle marque. Il vient enfin de signer un accord avec PSA pour concevoir des voitures électriques de segment B et C à horizon 2019.

En vérité, les marques chinoises ont déjà pris du retard sur les marques étrangères. BYD, un des plus grands constructeurs automobiles chinois, a lancé une voiture électrique, mais qui ne propose guère plus de 70 km d’autonomie… En Europe, BMW et Renault s’apprêtent à lancer une nouvelle génération de voitures électriques dotées de 300 km d’autonomie.

Une nouvelle problématique industrielle

Au-delà de la dimension technologique, l’enjeu de la voiture électrique est aussi un enjeu industriel. Pour abaisser le prix des batteries, il faut passer à une production de masse pour dégager des économies d’échelles.

C’est tout l’intérêt de la Model 3 de Tesla qui doit permettre de booster la production à 500.000 voitures par an en 2020 contre 50.000 aujourd’hui. Pour cela, la firme californienne construit une usine géante dans le Nevada spécialisée dans les seules batteries. Volkswagen envisage également de bâtir une usine géante en Allemagne pour fabriquer ses propres batteries électriques en réalisant des économies d’échelles.

Les constructeurs ne veulent plus acheter des voitures électriques comme le faisait PSA jusque-là en achetant ses Peugeot Ion et ses Citroën C-Zéro chez Mitsubishi. “Les constructeurs ne se contentent plus d’acheter des moteurs électriques, ils les fabriquent eux-mêmes ce qui leur permet d’économiser entre 15 et 20% sur cette pièce”, explique Hadi Zablit.

Toyota pense déjà au coup d’après

Mais tous les constructeurs ne font pas le pari de la voiture électrique. Le numéro un mondial de l’automobile semble faire quasiment l’impasse sur cette technologie. Toyota a développé des petits modèles électriques qui sont destinés à des solutions de mobilité urbaine, de type Autolib. Le japonais qui maitrise pourtant la technologie de l’électrification avec sa longue et fructueuse expérience dans les hybrides préfère plutôt préparer le coup d’après. Toyota fonde de grands espoirs sur la technologie de la pile à combustible à hydrogène. Mais la Miraï sera confrontée à l’absence d’infrastructures d’approvisionnement.

Car c’était bien l’insuffisance des infrastructures qui mettait la voiture électrique en difficulté. La mobilisation des pouvoirs publics, et les efforts des constructeurs semblent avoir enfin restauré l’attrait de cette technologie. “Le sens de l’Histoire, c’est qu’il y aura de plus en plus de voitures électriques, la subvention publique est un accélérateur”, insiste Guillaume Crunelle. Et si Carlos Ghosn s’était seulement trompé de quelques années ?

Nabil Bourassi
latribune.fr

Aller en haut