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Comment l’automobile roule plein gaz vers le recyclage

Comment l’automobile roule plein gaz vers le recyclage

REPORTAGE Chez Renault, on cherche à augmenter la part de matières recyclées dans les voitures…

Entre la voiture autonome qui roule toute seule et la voiture électrique qui n’émet pas de CO2 en roulant, une troisième piste d’avenir s’ouvre pour le secteur automobile : la voiture recyclée. Elle ne sera pas en carton, n’aura pas une couleur marron délavée, à vrai dire elle sera indifférenciable d’une autre voiture à l’œil nu. Chez Renault, on intègre déjà environ 30 % de matière recyclée dans les voitures neuves du groupe : « Le dernier Espace contient 50 kilos de plastique recyclé, soit 20 % du plastique de la voiture », chiffre Jean-Philippe Hermine, directeur de Renault Environnement.

Les carcasses de véhicules sont récupérés sur le site de Metalimpex Iberica, à Palencia, en Espagne.

Les carcasses de véhicules sont récupérés sur le site de Metalimpex Iberica, à Palencia, en Espagne.

D’après le constructeur, environ 95 % d’une voiture en fin de vie peuvent être récupérés. Renault ne veut donc plus voir de voitures à la casse : à Palencia, au nord-ouest de l’Espagne, le groupe a investi dans un site de récupération des carcasses de véhicules. « Nous recyclons les carcasses des voitures qui ont servi aux crash-tests chez Renault, mais aussi celles qui sont récupérées par les concessionnaires et les casses », explique Gustavo Rodriguez, directeur général de Metalimpex Iberica. La tôle, passée dans un broyeur, repart du site sous forme de cubes de 200 kilos qui sont envoyés en fonderie.

Gustavo Rodriguez, directeur général de Metalimpex Iberica (à gauche) et Jean-Marc Boursier,directeur général adjoint de Suez en charge de l’activité déchets en Europe (au milieu), devant les blocs de métaux recyclés à Palencia (Espagne).

Gustavo Rodriguez, directeur général de Metalimpex Iberica (à gauche) et Jean-Marc Boursier,directeur général adjoint de Suez en charge de l’activité déchets en Europe (au milieu), devant les blocs de métaux recyclés à Palencia (Espagne).

Des copeaux qui valent (presque) de l’or

Il n’y a pas que les vieilles carcasses qui intéressent le constructeur : sur le site de Cléon (Seine-Maritime), où Renault fabrique chaque année plus d’un million de moteurs et boîtes de vitesse, un système de récupération des déchets permet de recycler 31.000 tonnes par an de métaux, huiles et boues d’épuration issues des eaux industrielles.

Pour Renault, il s’agit avant tout d’un calcul économique : la matière première constitue 15 à 20 % du prix de revient d’un véhicule et les déchets générés lors de la fabrication représentent une richesse à valoriser. Le groupe Suez, en charge de la gestion des déchets sur le site de Cléon, y a notamment installé des bacs de récupération des copeaux d’aluminium et de fonte issus de l’usinage des pignons : « L’aluminium a une forte valeur marchande et est recyclable à l’infini », commente Thierry Dormois, directeur d’activité du site.

Les copeaux d'aluminim sont collectés dans l'usine de Renault à Cléon (Seine-Maritime).

Les copeaux d’aluminim sont collectés dans l’usine de Renault à Cléon (Seine-Maritime).

Ces copeaux doivent être broyés et essorés pour se transformer en deux matières à nouveau exploitables : d’une part, des huiles qui repartent dans la chaîne de production, et d’autre part de l’aluminium qui sera revendu par Suez pour le compte de Renault. « L’aluminium ne peut pas réintégrer directement le cycle, il doit passer chez un affineur entre sa sortie du site et son retour », explique Jean-Philippe Hermine. Le circuit fermé de l’aluminium est donc « plus commercial que physique », précise le directeur de l’environnement du groupe.

Les petits déchets font les grands profits

Les boues issues du retraitement des eaux industrielles sont revendues comme combustible (site Renault de Cléon en Seine-Maritime).

Les boues issues du retraitement des eaux industrielles sont revendues comme combustible (site Renault de Cléon en Seine-Maritime).

Les prix de revente des métaux recyclés varient en fonction des cours des matières, mais pour l’huile de coupe, les 210 mètres cubes récupérés par an représentent une valeur de 500.000 euros. Les boues issues de l’épuration des eaux utilisées sur le site sont également récupérées par des cimentiers comme combustible. Au total, le contrat entre Suez et Renault réalise 4 millions d’euros de chiffre d’affaires par an et évite l’émission d’environ 75.000 tonnes de CO2, l’équivalent des émissions de 7.000 Français pendant un an, assure le groupe.

A Palencia, les petits déchets font aussi les grands profits. Chaque année, 4,3 millions de Mégane et 120.000 Kadjar sortent de l’usine espagnole. Sous les chaines d’emboutissage, qui transforment des tôles d’acier en carrosserie, des collecteurs acheminent toutes les chutes vers un parc à ferraille exploité par Metalimpex Iberica, propriété du groupe Suez.

Après compactage, les métaux partent en fonderie pour redevenir des portières et des capots. « Nous valorisons 2.500 tonnes de métaux par mois sur le site de Palencia et nous travaillons avec toutes les usines Renault en Espagne pour un chiffre d’affaires total de 150 millions d’euros l’année dernière », chiffre Gustavo Rodriguez.

Les débris de tôle issus de l'emboutissage des voitures sont compactés sur le site de Renault à Palencia, en Espagne.

Les débris de tôle issus de l’emboutissage des voitures sont compactés sur le site de Renault à Palencia, en Espagne.

Un prix du CO2 pour favoriser la récupération

Ces opérations très rentables le sont d’autant plus que le coût des matières vierges est élevé. Problème, en ce moment le plastique et les métaux sont au plus bas, rendant les matières recyclées moins compétitives.

« Si on instaurait un prix du CO2 d’environ 30 euros par tonne, on pourrait vraiment basculer dans l’économie circulaire en améliorant la compétitivité des produits légers en carbone », estime Jean-Marc Boursier, directeur général adjoint de Suez en charge de l’activité déchets en Europe. Son groupe se targue d’avoir permis à ses clients d’éviter l’émission d’environ 9 millions de tonnes de CO2, et d’en avoir émis, par ses activités, environ 8 millions.

Audrey Chauvet
envoyée spéciale à Cléon (Seine-Maritime) et Palencia (Espagne)
20minutes.fr

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