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Comment un milliardaire russe met en péril la fusion Lafarge-Holcim

Comment un milliardaire russe met en péril la fusion Lafarge-Holcim

Filaret Galtchev, deuxième actionnaire d’Holcim avec 10,8% du capital, a rejeté les dernières modalités présentées par la société. Il est la figure la plus visible d’un mouvement plus large d’actionnaires sceptiques face au projet de fusion.

À quelques semaines d’une assemblée générale décisive, un milliardaire russe réputé pour sa dureté en affaires semble être le principal obstacle au projet de fusion entre Lafarge et Holcim, qui vise à créer le premier cimentier mondial.

Filaret Galtchev, deuxième actionnaire d’Holcim avec 10,8% du capital, a fait progressivement monter la pression sur le groupe suisse ces derniers jours dans le but d’obtenir une renégociation des modalités de l’accord avec le français.

Des modaligtés jugées “insatisfaisantes et incomplètes”

Ce magnat de 51 ans a rejeté les dernières modalités présentées par Holcim, pourtant révisées en faveur de ce dernier, les jugeant “insatisfaisantes et incomplètes”. Mercredi 1er avril, le président d’Holcim, Wolfgang Reitzle, s’est déclaré prêt à accorder à Filaret Galtchev un siège au conseil d’administration mais sa proposition a été immédiatement rejetée.

Le milliardaire russe exige un réexamen de la parité de fusion, qui prévoit pour l’instant que les actionnaires de Lafarge recevront 0,90 action Holcim pour chacun de leurs titres.

Mais Wolfgang Reitzle a exclu une telle renégociation et assure qu’il annoncera bientôt le nom du futur directeur général du nouveau groupe, ce qui est censé apaiser les inquiétudes des actionnaires.

Un mouvement d’actionnaires sceptiques plus large

Filaret Galtchev est en fait la figure la plus visible d’un mouvement plus large d’actionnaires d’Holcim sceptiques face au projet de fusion, présenté à l’origine, il y a un an, comme une fusion entre égaux.

Le fonds américain Harris Associates, qui a récemment porté sa participation dans le groupe suisse à 6,38%, ce qui en fait le troisième actionnaire, réserve son jugement tant qu’il ne connaîtra pas le nom du futur DG.

Pour Holcim, l’enjeu est clair : le groupe doit convaincre les deux tiers de ses actionnaires d’approuver l’augmentation de capital destinée à financer la fusion, lors de l’assemblée générale prévue le 8 mai, .

Holcim, prêt à prendre un risque calculé

Des sources proches du dossier expliquent qu’Holcim semble prêt à prendre un risque calculé en soumettant le projet au vote sans s’être assuré au préalable du soutien de Galtchev, en misant sur le fait qu’il renoncera à bloquer le projet de peur de voir sa participation se dévaloriser en cas d’échec.

Pour Phil Roseberg, analyste de Bernstein, l’issue du vote est incertaine et un “non” d’Eurocement, la holding de Filaret Galtchev, signerait l’échec du projet. Pourtant, Holcim s’est déclaré vendredi 3 avril confiant dans l’issue du vote des actionnaires.

Galtchev aurait besoin d’argent pour honorer ses dettes

Boris Konsevitch, co-fondateur du cabinet de conseil Grey Consulting et ex-directeur commercial de Lafarge en Russie, explique que Filaret Galtchev a subi l’impact de la crise économique russe et qu’il a besoin d’argent pour honorer ses dettes. Le coup de frein brutal subi par l’économie russe ces derniers mois, conséquence de la chute des prix pétroliers et des sanctions occidentales, a fait baisser les prix du ciment et les ventes d’Eurocement au premier trimestre ont reculé de 30%.

“Il va essayer d’obtenir le prix le plus élevé possible pour ses parts en menaçant de bloquer l’opération”, a dit Konsevitch. “Il va tenter de pousser Lafarge et Holcim à lui racheter sa participation; il est possible qu’ils mettent dans la balance leurs actifs russes”.

Lafarge et Holcim sont propriétaires de quatre cimenteries en Russie, valorisées 1,5 milliard d’euros environ, et Galtchev pourrait les accepter à titre de paiement pour sa participation, ajoute-t-il.

Reuters/latribune.fr

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