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Comment Vivendi a pris 20 % de Mediaset en trois jours

Comment Vivendi a pris 20 % de Mediaset en trois jours

Le procédé de Vincent Bolloré est efficace : il achète des actions en dur. Grâce à une fine connaissance des actionnaires, il a réussi à racheter des titres rapidement.

Il a fallu moins de trois séances boursières à Vivendi pour prendre 20 % du capital de Mediaset. Un groupe dont la capitalisation a oscillé en trois jours entre 3,1 et 4,1 milliards d’euros. Une performance d’autant plus spectaculaire que le flottant du capital du groupe de médias reste limité. En effet, près de 40 % du capital est entre les mains de Silvio Berlusconi et 4 % est détenu en autocontrôle par Mediaset.

Comment Vincent Bolloré est-il parvenu à ramasser près de 235 millions d’actions sur une période aussi courte ? Pas de montages financiers complexes comprenant des options ou des CFD (« contract for difference »), ou des swaps (contrats qui permettent d’échanger un actif contre un autre), mais un plan d’attaque efficace d’une simplicité à faire pâlir les experts en ingénierie financière. « Vincent Bolloré est sorti du bois. Il a annoncé ses intentions. A partir de là, Vivendi a acheté des actions en dur sur le marché. Il a ramassé des titres, contacté des investisseurs institutionnels détenant des blocs d’actions, leur a proposé un prix et a pu racheter leur participation », raconte un fin connaisseur du dossier, qui précise aussi que l’intermédiation a été faite en partie via BNP Paribas et Natixis. « Avancer masqué ne sert plus à rien. Car, depuis l’affaire Wendel-Saint-Gobain, la réglementation a changé. Depuis 2012, toute détention d’instruments financiers est prise en compte dans le calcul des franchissements de seuil à déclarer », explique un juriste.

Fort potentiel de persuasion

Le procédé s’est révélé efficace. « Vincent Bolloré a un fort potentiel de persuasion », commente un observateur avisé. « Il est prêt à payer le prix (l’action a gagné 30 % depuis le début de la semaine, soit 1 euro) et à prendre un risque à la baisse », ajoute-t-il. Si l’on étudie de près les volumes échangés sur les marchés depuis le 9 décembre, il ressort qu’environ 20 % du capital a changé de mains. « Fort de ses attaches transalpines – il est actionnaire de Mediobanca -, Vincent Bolloré a une fine connaissance des investisseurs institutionnels italiens susceptibles de détenir des titres. »

Cette tactique a déjà fait ses preuves. C’est ainsi que Vivendi a construit ses positions chez Gameloft fin 2015 avant d’en prendre le contrôle après une OPA (offre publique d’acquisition) hostile, ou chez Ubisoft, dont il détient désormais 22,8 % du capital. Par le passé, ce procédé avait aussi démontré son efficacité. Mais le tour de main de Vincent Bolloré a gagné en rapidité. En 1997, quand il a forcé la porte du groupe Bouygues, il avait mis trois mois pour accumuler 10 % du capital.

Vivendi va-t-il continuer à grimper dans le capital de Mediaset ? Si le groupe a fait part au marché de sa volonté de grimper jusqu’à 20 % dans le groupe italien, il n’a pas dévoilé de nouvelles intentions. En théorie, en tant que deuxième actionnaire, il peut monter jusqu’à 30 % dans Mediaset sans avoir à lancer d’OPA sur la totalité du capital. Mais certains se demandent si cette montée au capital ne fait pas partie d’un coup de poker qui lui permettrait de régler le contentieux boursier qui l’oppose à Mediaset et à son actionnaire de contrôle. Et ce, depuis que Vivendi a renoncé au rachat de la société de télévision payante Mediaset Premium. A moins qu’il ne s’agisse d’un simple aller-retour financier avec l’espoir d’une belle plus-value à la clef. « Avec Vincent Bolloré, on ne sait jamais quelles sont véritablement ses intentions. En 1999, il était entré dans Rue Impériale de Lyon, un holding de Lazard. Il a revendu ses parts en 2000 au Crédit Agricole avec une belle plus-value », se rappelle un analyste financier.

Laurence Boisseau, Les Echos

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