jeudi 24 janvier 2019

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Commerce: une année conflictuelle au rythme des humeurs du président Trump

Commerce: une année conflictuelle au rythme des humeurs du président Trump

C’est la fin de l’année, RFI revient sur les faits marquants de l’actualité 2018. Pour commencer cette série, retour sur la guerre commerciale, sur les guerres commerciales lancées cette année par le Président américain Donald Trump contre la Chine, contre l’Union européenne notamment, mais aussi contre le Canada, le Mexique. En somme contre tous ceux qui n’ont pas accepté ses règles du jeu. Tout a commencé avec une taxe sur l’aluminium et l’acier.

« Nous allons instaurer de nouvelles taxes. L’acier et l’aluminium vont voir beaucoup de bonnes choses arriver. Nous allons avoir de nouveaux emplois, des entreprises plus dynamiques », proclamait Donald Trump.

En mars dernier, il y a neuf mois, Donald Trump signait un décret protectionniste : l’acier et l’aluminium importés aux Etats-Unis seront taxés à 25 et 10%. Plusieurs partenaires sont d’abord exemptés de ces taxes… Pas les Chinois. Ce que le président américain leur reproche, c’est de vendre plus de produits aux Etats-Unis qu’ils ne leur en achètent : 375 milliards de dollars de différence. La Chine est également accusée de pillage intellectuel et de transferts de technologie forcés.

D’attaques en ripostes

Un mois plus tard, l’Empire du milieu contre-attaque. « En réponse aux tarifs des Etats-Unis, la Chine n’a pas d’autre option que de réagir. C’est regrettable mais l’unilatéralisme et le protectionnisme des Etats-Unis sont inacceptables pour la Chine », rétorque Geng Shaung, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

128 produits américains -fruits frais, viande, vin- sont taxés de 15 à 25%. S’en suit une nouvelle salve américaine, puis de nouvelles réponses chinoises, avec un pic pendant l’été… Le charbon, les produits chimiques, les composants électroniques chinois sont visés, représentant 200 milliards de dollars. Une bataille qui fait des dégâts de part et d’autre du Pacifique comme le racontent au micro de nos correspondants des acteurs économiques.

« Ça ce sont des pommes des Etats-Unis. Avant on les achetait 38 € le carton mais maintenant c’est 75 € ! On importera plus ces produits, le prix est trop élevé, personne peut accepter de payer ces prix-là », expliquait un importateur chinois au micro de notre correspondante en Chine, Angélique Forget. « J’ai toujours été cultivateur mais depuis la riposte de la Chine sur les taxes, les prix du soja ont baissé de deux dollars par boisseau… à ce tarif, avec le coût de la location des terres, des engrais, des équipements, on est proche du point de rupture, témoignait en retour un fermier américain au micro de Anne Corpet, notre correpondante aux Etats-Unis. On va essayer de tenir une année supplémentaire en espérant que les prix remontent…»

Au mois de mai, l’Union européenne, le Mexique et le Canada sont à leur tour ciblés par les taxes américaines sur l’acier et l’aluminium. Ils déposent des plaintes devant l’Organisation mondiale du commerce, taxent à leur tour certains produits américains : côté européen par exemple, 25% de plus sur les Harley-Davidson, le Bourbon, les jeans, le tabac… En juillet, l’Union européenne et les Etats-Unis conviennent d’une trêve, sans régler définitivement le problème.

Pas seulement une guerre commerciale

Trêve aussi entre les Etats-Unis et la Chine, depuis le début du mois. Les Américains renoncent à de nouvelles taxes. La Chine s’engage à acheter davantage de produits américains, et à ouvrir des discussions sur la protection de la propriété intellectuelle et l’ouverture du marché intérieur chinois.

Tout cela d’ici fin mars, dans deux mois… Et après ? « C’est compliqué aujourd’hui, nous explique Sylvie Matelly, économiste et directrice adjointe de l’Iris. On vit un peu au rythme des humeurs du président américain. La Chine ayant toujours cherché à négocier, quels sont les efforts qu’elle va réellement accepter et est-ce que cela va suffire à apaiser le président Trump ? On a bien compris depuis plusieurs mois que la question n’était pas seulement commerciale, mais qui demain sera la première puissance économique au monde ? »

Aucun chiffre ne permet encore de mesurer les conséquences de cette guerre commerciale. Mais la Chine et les Etats-Unis sont les deux premiers acteurs des échanges mondiaux. Du FMI à l’OMC, tous prédisent un impact massif et néfaste pour les économies du monde entier.

David Baché

rfi

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