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Comprendre la dépendance de l’Algérie aux hydrocarbures : quand un cercle vertueux devient vicieux

Comprendre la dépendance de l’Algérie aux hydrocarbures : quand un cercle vertueux devient vicieux

La crise s’installe et les symptômes commencent à se faire sentir. Pays mono-exportateur, l’Algérie est donc dépendante (98% des exportations), de la vente d’hydrocarbures. La fiscalité et le budget de l’État sont également tirés de la rente pétrolière. Ainsi, le contre-choc pétrolier commence à se faire ressentir.

Au-delà de l’évidente conséquence sur le budget de l’État, comment cela se répercute-t-il sur l’économie du pays ? Pourquoi les entreprises commencent à manquer de liquidité et souffrir d’un ralentissement de l’activité ? TSA vous propose une explication du mécanisme et du processus de la crise.

D’où vient l’argent ?

Pour chaque dollar exporté, la Banque d’Algérie procède à la création de l’équivalent en dinars. Exemple : quand Sonatrach et ses partenaires exportent pour un milliard de dollars, la banque centrale crée 110 milliards de dinars (au taux de change actuel). L’argent atterrit sur le compte en dinars de Sonatrach à la Banque extérieure d’Algérie (BEA). La contrepartie en devise reste à l’étranger, c’est ce qu’on appelle les réserves de change. Elles sont la propriété de la Banque d’Algérie.

Une fois l’argent à la BEA, le Trésor prélève sa part au titre de la fiscalité pétrolière. Cet argent, avec celui de la fiscalité ordinaire, va servir à payer les salaires, les commandes publiques, etc. Sonatrach paye ses salariés et investit pour se développer, ce qui génère de l’activité pour des centaines d’entreprises qui ont des comptes domiciliés dans d’autres banques. Les autres banques se trouvent à leur tour alimentées. Elles peuvent ainsi accorder des prêts aux entreprises et contribuer au développement de l’activité.

Cette situation de surliquidités explique pourquoi depuis 2004 aucune banque n’a demandé de refinancement auprès de la Banque centrale. Mais les choses vont très rapidement changer, comme nous allons le voir.

Quand un cercle vertueux devient vicieux

C’est un fait : depuis 15 ans, la croissance économique est tirée par la dépense publique qui, elle-même, dépend des hydrocarbures. À travers ses investissements, notamment dans les infrastructures, l’État offre un plan de charge et encourage l’activité des entreprises publiques, mais aussi privées.

Cette situation engendrait un cercle vertueux : quand le pétrole était élevé, les importantes rentrées d’argent permettaient le lancement de projets et la hausse des salaires. Les fonds circulaient à flot et irriguaient l’économie nationale. En effet, la demande était forte, ce qui encourageait la consommation et donc les entreprises tournaient mieux.

Plus précisément, l’État qui finançait des projets à tour de bras, injectait ainsi des liquidités sur le marché, au profit des entreprises. Elles pouvaient, à leur tour, rassurées par un carnet de commande bien rempli et une trésorerie confortable, envisager l’avenir sereinement : l’entreprise investit à son tour, pour l’extension de son activité, tout en créant des postes d’emplois à pourvoir.

Or, le Trésor public, fortement sollicité durant les années 2000 lorsque le prix du baril dépassait les 100 dollars, est désormais à bout de souffle suite à l’effondrement des cours.

Maintenant que la principale source se tarit, l’argent se fait rare, le budget est en déficit et l’État réduit fortement l’investissement. La politique de relance par la commande publique atteint donc ses limites. Ceci se traduit par une réduction de l’activité qui impacte tous les acteurs de l’économie et les ménages. En somme, le cercle vertueux devient un cercle vicieux, avec un effet « domino ».

Pas d’alternatives pour compenser

C’est un révélateur d’une économie trop dépendante de l’État, lui-même dépendant d’une seule ressource : le pétrole. Pour l’instant, les projets déjà lancés sont globalement financés et ne devraient pas être touchés par la réduction des dépenses dans l’immédiat.

Ce qui fait marcher l’économie, c’est le secteur du commerce et des services, l’agriculture et un peu d’industrie, puis le bâtiment et les travaux publics (BTP), affirme un économiste. Les services marchands seront, eux, toujours en activité, relativise-t-il.

Les dépenses d’investissement étaient de 2400 milliards en 2012, affirme la même source. Pourtant, malgré une baisse de ces dépenses à 1900 milliards en 2013, cela n’a pas affecté l’activité. La baisse de l’investissement public ne touche donc pas automatiquement l’économie et pas dans l’immédiat, poursuit l’économiste.

Sauf que les dépenses sont rapidement reparties à la hausse en 2014 et 2015. Or, une baisse prolongée du budget d’équipement de l’État se répercutera, tôt ou tard, sur le reste des activités. Mais pour l’instant, aucun secteur n’a pu prendre le relais. Dans une économie diversifiée, lorsqu’un secteur est en crise, d’autres secteurs arrivent à porter la croissance et génèrent de la richesse.

Or, en Algérie, l’essentiel de l’économie est irrigué par l’État et, a fortiori, par le secteur des hydrocarbures, aujourd’hui en crise aiguë.

Quelques mois de répit : jusqu’à quand ?

La crise touche, en premier lieu, l’agent économique « État ». Les autres agents, à savoir les entreprises, ne seront pas directement impactés avant quelques mois. Le temps que la crise des finances publique se répercute sur le reste de l’économie.

L’Algérie fait face à deux types de déséquilibres : le premier, et le plus urgent, est le déficit budgétaire de l’État. Celui-ci est presque entièrement financé par le Fonds de régulation des recettes (FRR). Or, celui-ci ne dispose plus d’une grande autonomie. Les derniers chiffres annoncés par le ministère des Finances sont inquiétants : le FRR n’est plus doté que de 1500 milliards de dinars environ.

Par ailleurs, la loi empêche de « vider » totalement ce Fonds. En effet, lors de sa création, le gouvernement a prévu un montant-plancher à conserver dans le FRR, fixé à 740 milliards de dinars. Il ne resterait donc qu’environ 750 milliards de dinars réellement disponibles. Au regard des chiffres et des prévisions de déficits en 2016, il faudra trouver des financements complémentaires au FRR dès cette année.

L’équation pour 2017 est, elle, autrement plus complexe. Sans FRR, sans activité et sans relais réels pour porter la croissance, avec un secteur des hydrocarbures en berne et sans réelle perspective de reprise des cours de pétrole, le gouvernement sera inéluctablement confronté très rapidement à une situation financière des plus précaires.

Le second déséquilibre est lié au « front externe », à travers la balance des paiements. Elle est elle-même dépendante des hydrocarbures, d’où l’Algérie tire 98% de ses exportations et de ses recettes en devises.

Ainsi, avec la baisse du prix du pétrole, les revenus sont également en recul. Sauf que, parallèlement, la facture d’importations ne recule pas assez pour compenser la chute des revenus. L’on se retrouve donc avec un déficit de la balance des paiements et un déséquilibre (chiffré à 27 milliards de dollars en 2015).

Grace aux réserves de change, l’Algérie peut, au rythme actuel, tenir un peu plus de 4 ans (sur le plan comptable). Mais celles-ci pourraient s’épuiser plus rapidement. Un scénario catastrophe qu’il faudrait à tout prix éviter.

Tewfik Abdelbari
tsa-algerie.com

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