jeudi 19 septembre 2019
Accueil / Développement / Construire des «économies populaires de création de richesses» ?!

Construire des «économies populaires de création de richesses» ?!

Construire des «économies populaires de création de richesses» ?!

Le Sommet du G7 qui aura lieu les 24 et 25 août 2019 en France, va traiter des questions d’inégalités dans le Monde…Roland Portella, Président de la C.A.D.E (club économique),Managing Director de Dratigus Development (Accompagnement stratégique et conseil en investissements), livre ses réflexions sur le sujet. Pour lui plutôt que de lutter contre les inégalités économiques et sociales, il faut changer de paradigme. On ne lutte pas contre les inégalités ni la pauvreté, ce sont des conceptions tronquées et à consonnances péjoratives. L’une des solutions est de créer des instruments qui popularisent et démocratisent l’accès à la création de richesses, que ce soit dans les pays développés, les pays émergents ou les pays dits en développement. 

Ces dernières décennies, des centaines de millions de personnes seraient sorties de la pauvreté pour entrer dans la classe moyenne mondiale réputée puissante, en raison notamment d’une plus grande liberté économique, de la libéralisation des marchés, des politiques de croissance en Occident puis dans les pays émergents. Selon les « libéraux »,le laisser-faire et la sécurisation de la propriété privée ont été les socles des croissances économiques et de la création de richesses. En terme macro-économique cette perception est certainement palpable par l’analyse des chiffres et des évaluations des politiques publiques.

Mais les trois quarts des citoyens et peuples de notre monde, qu’ils soient dans les pays occidentaux, les pays émergents ou les pays dit en développement, grognent car ils n’ont pas le sentiment de pouvoir s’approprier ou de participer auxcroissances économiques, et encore moins à la création de richesses. Au nveau mondial 1 personne sur 10 vit avec moins de 1.90 dollars par jour. Dans les pays dit « riches », les peuples parlent de leur baisse de pouvoir d’achat et certains économistes parlent même de déclassement social et économique d’une grande catégorie de la population et de certains territoires. Il existerait une trop forte accumulation de capitaux, une concentration excessive de richesses par une très infime minorité, et une trop grande faiblesse des gouvernants à organiser de nouvelles politiques de redistribution ou de répartition des richesses. Ces toutes dernières années l’expansion économique ne permet plus de réduire les inégalités.

En Afrique, continent dit-on d’avenir… dont une catégorie de dirigeants tentent de transformer les économies de convoitises en économie de productivité, malgré les efforts structurels de ces 15 dernières années la majorité des peuples a coutume de dire : « Quelle est cette croissance que les « sachants » et les « élites » nous décrivent ? Nous on ne mange pas de la croissance ! »…

Les conjonctures et ralentissements économiques de ces dernières années dans le monde, exacerbent davantage les citoyens qui pointent et dénoncent les élites économiques et politiques. La question de la crise de confiance entre les peuples et les gouvernants, ainsi que les crises identito-politiques qu’elle engendre est internationale. Aucun pays de ce monde n’est épargné, mise à part certains pays scandinaves qui ont mis la cohésion sociale et les politiques de transfert au cœur de leurs stratégies de développement, même s’annonce là-bas la crainte de l’immigré…..

Quelles sont donc les politiques et les modèles économiques proposés jusque-là pour réduire les inégalités ?  Populisme, protectionnisme, patriotismes économiques et politiques, plus grande taxation des revenus du capital et des transactions financières, pour les uns ? Développement endogène, croissance « inclusive », revitalisation des tissus productifs, zones de libre-échange, pour les autres ?

A notre niveau, nous pensons qu’il faut créer de nouveaux modèles économiques qui popularisent et démocratisent la possibilité de créer des richesses. Une masse de plus en plus importante d’acteurs économiques et sociaux venant de milieux sociaux modestes ont des potentiels de créativité et d’innovation, de production, de développement d’activités, à valoriser pour créer les richesses de demain et diffuser équitablement les savoirs vers les plus défavorisés. Il est donc plus qu’urgent de créer les conditions d’économies populaires c’est à dire ancré dans un capitalisme progressiste, aux critères d’investissement moins normés que ceux des économies de marchés, ou plus exactement répondant à des critères d’investissement plus larges et plus souples. Il s’agite de ne pas exclure ceux qui veulent entreprendre ou innover et qui ne présentent pas assez de garanties. C’est dans cette dynamique positive que doivent s’insérer justement les investissements à impacts positifs dont les détenteurs de capitaux et d’épargne seraient de plus en plus nombreux à en être friands à travers le monde. Selon certains analystes et institutions de développement, à l’échelle mondiale, la taille du marché de l’« impact investing » serait de 502 milliards de dollars en 2018. Une goûtte d’eau c’est vrai par rapport aux volumes de flux de capitaux et d’investissement classiques. Rappelons que l’impact investing ce sont investissements réalisés avec l’intention de générer des impacts sociaux et ou environnementaux en même temps qu’un rendement financier.Ces investissements ciblent souvent les activités telles que la santé, la transition écologique et environnementale, l’agriculture durable, l’éducation et l’insertion professionnelle. Plus de la moitié des entrepreneurs et acteurs sociaux porteurs de ces types projets et qui recherchent des capitaux sontsocialement issus des classes moyennes ou de milieux populaires.

Le Capital humain comme facteur de réduction des inégalités doit se traduire dans les pays développés par l’adaptabilité des compétences, dans un contexte de redéploiement des tissus industriels classiques et du développement de l’industrie 4.0. Mais il faut amplifier pour les employés, cadres et personnes en recherche d’emploi l’accès à la maîtrise des technologies numériques, car la transition digitale est au cœur des systèmes d’organisation et de production des secteurs industriels, des services, et de la distribution, et même des administrations publiques qui développement la dématérialisation des services publics. Dans les pays dits en développement, notamment ceux d’Afrique et de la Méditerranée, les systèmes d’éducation doivent subir une véritable refonte ou mutation, par la modernisation des pédagogies éducatives, l’intégration évolutive des Edtechs (savoir-faire technologique innovant dédié à la connaissance, à son apprentissage, et à sa transmission). Des innovations existent et qui permettent d’avoir des TIC dans les écoles, universités et centres de formations en tenant compte des contraintes de disponibilité d’électricité.

En Afrique, dans certains pays, des systèmes endogènes et communautaires d’épargne existent, de finances informelles, basées sur la confiance. C’est le cas au Nigéria, au Sénégal, Cameroun, où il existent des tontines commerciales et d’affaires très dynamiques. Il serait primordial de donner des cadres institutionnels de valorisation de ces flux d’argent et épargnes en instruments endogènes de financement à moyen et long terme. De « grosses » mutuelles d’épargne et de crédit, fonds de proximité, fonds de garanties spécifiques aux jeunes et aux femmes, sont à développer. Les « ingénieries financières » à leurs mises en place doivent tenir compte des contextes sociologiques et culturelles.

Quand aux relations d’échanges et de commerce entre pays développés, émergents et en développement, la question des distorsions économiques doit être posé. En effet des filières économiques ont disparus en Afrique ou sont menacés par l’importation de produits notamment agro-alimentaires subventionnés par les pays développés et émergents et qui déferlent dans les pays en développement, car moins chers. Ce qui justement créent une déstructuration des filières localesdont leurs acteurs producteurs et commerçants ne peuvent pas être compétitifs. C’est le cas des produits de volaille, lait, huiles alimentaires, sucre, et même viandes ! Cela crée du chômage de masse et justement des fortes inégalités. De plus la traçabilité et la qualité sanitaire de ces produits importéslaissent souvent à désirer. Les systèmes de contrôle ne sont pas assez perfectionnés et sont faillibles, malgré les alertes des professionnels de santé, des mouvements citoyens de consommateurs et droits humains envers les Etats et les populations. Mais ces produits importés sont bons marchés pour ceux qui ont un pouvoir d’achat très modestes. Certains pays en développement ont pris des mesures pour restreindre ces importations par l’instauration de barrières douanières ou et de quotas. En parallèle ils mettent en place des incitations à la production agricole et agro-industrielle locale.

Afin de restreindre les inégalités il faut assurer les fondamentaux que sont l’accès l’eau et l’assainissement. 2,1 milliards de personnes, soit 30 % de la population mondiale, n’ont toujours pas accès à des services d’alimentation domestique en eau potable. 4,5 milliards, soit 60 %, ne disposent pas de services d’assainissement gérés en toute sécurité. Puisque nous parlons de création de richesses, cette problématique des pertes économiques d’un minimum de 300 milliards de dollars par an. En effet le manque, la mauvaise qualité de l’eau et de l’assainissement provoquent des pertes de temps et de productivité des dépenses médicales pour maladies. Pour le monde entier, le déficit de financement annuel de 116 milliards de dollars annuels, et pour l’Afrique il est de l’ordre de 43 milliards de dollars. Pour les pays en développement, des solutions d’infrastructures décentralisées d’accès à l’eau, de réutilisation des eaux usées, existent mais qu’il faut amplifier ou moderniser. Les innovations dans la gouvernance de l’eau sont à rechercher, la collecte et valorisation des déchets créent des économies circulaires, porteurs d’emplois.

Ne nous étendons pas sur l’accès à l’électricité car de nombreuses initiatives sont mis en place par les Etats africains et les bailleurs de fonds, et il existe une littérature économique abondante sur le sujet.

En conclusion, si les inégalités font partie de l’essence de l’Histoire Humaine, les sociétés étant inégalitaires par établissements de classes ou de privilèges socio-économiques des uns par rapport aux autres. En ce 21 ème siècle, le temps est à la popularisation et à la démocratisation de l’accès aux moyens de production. Les « détenteurs » des richesses, de capitaux, des technologies, des savoirs, ne doivent pas craindre que les couches populaires puissent elles aussi émerger en créant des richesses si infimes soient-elles, et en ayant tout simplement accès aux services de bases. Cette optique ne peut que créer des cercles vertueux sur les plans économiques et sociaux dans un pays, voire même dans une zone sous-régionale ou régionale.

Ce n’est qu’à cette condition, au-delà des grandes politiques macro-économiques, qu’un minimum d’équilibreséconomiques et de paix sociales peuvent être maintenus sur le long terme. Bien plus que les inégalités de revenus ou d’équité fiscale dans le monde, le risque actuel est la désocialisation de certaines catégories de populations qui ne trouveront comme moyen d’expression que la radicalisation, le fanatisme, le racisme exacerbé.

financialafrik

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Champs obligatoires marqués par *

*

Aller en haut