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Contrats gaziers : la bombe à retardement qui attend l’Algérie

Contrats gaziers : la bombe à retardement qui attend l’Algérie

Depuis quelques mois, le débat se concentre sur les équilibres budgétaires et l’avenir des réserves de change. Le premier problème a été en partie résolu, grâce au recours au financement non conventionnel. Le second sera géré en partie par un durcissement sans précédent des conditions d’importations. Mais dans ce dernier dossier, il y a deux inconnus que le gouvernement ne maîtrise pas : l’évolution des prix du baril et surtout l’avenir des contrats gaziers avec nos principaux partenaires.

Les revenus en devises de l’Algérie proviennent à 50% du pétrole et à 50% du gaz. Le durcissement de la concurrence sur le marché du gaz pourrait venir compliquer le renouvellement de plusieurs accords algériens à long terme avec des pays de l’Union européenne. Selon nos sources, la plupart des contrats -comme ceux de la France et de l’Italie- arrivent à échéance entre 2018 et 2019.

En avril, une déclaration du ministre du Développement économique italien, Carlo Calenda, sur le possible non-renouvellement des contrats gaziers avec l’Algérie en 2019, avait provoqué quelques remous. Depuis, l’Italie a assuré à Alger que les contrats arrivés à échéance seraient bien renouvelés.

Pourtant, les interrogations sur la capacité de l’Algérie à répondre à la demande internationale de gaz se posent. Dans une interview accordée il y a quelques mois à TSA, Christopher Dembik, responsable mondial de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank, expliquait que l’annonce du gouvernement italien n’était « pas sans lien » avec le fait que l’Algérie veuille que sa production de gaz soit davantage destinée au marché intérieur en raison de la croissance de la demande.

Incertitudes persistantes sur les capacités d’approvisionnement

Il faut également rappeler qu’en raison de la chute des prix des hydrocarbures, l’Algérie a peu investi dans ses infrastructures ces dernières années, ce qui laisse craindre une baisse de la production, et donc de possibles difficultés d’approvisionnement en gaz.

Des craintes d’ailleurs confirmées par le PDG de la Sonatrach. Lors d’une conférence sur le pétrole et le gaz à Londres le 17 octobre dernier, Abdelmoumen Ould Kaddour a reconnu les difficultés de l’Algérie pour satisfaire la demande de ses clients en exportations de gaz. Quelques jours plus tard, il a annoncé le report du lancement du champ gazier de Touat jusqu’au premier trimestre 2018. Initialement, ce lancement était prévu pour fin 2017.

En revanche, la Sonatrach a indiqué, mardi 31 octobre, que le lancement du grand champ gazier de Reggane devrait bien se faire d’ici la fin de l’année. « Ce projet a un retard de trois mois, c’est mieux que celui de Touat qui a un retard de 11 mois », a estimé le PDG de la Sonatrach, selon des propos rapportés par l’agence Reuters.

Diversification de l’offre en Europe

En outre, la diversification de l’offre pourrait bousculer l’ordre établi sur le marché du gaz. Pour rappel, un projet énergétique, le TAP (pour « Transadriatic Pipeline »), doit prochainement raccorder l’Europe au réseau de gaz en provenance des champs gaziers d’Azerbaïdjan, et devra, dès 2020, livrer 10 milliards de m3 de gaz par an à l’Union européenne. Relié à un autre gazoduc à la frontière greco-turque (le Trans Anatolian Pipeline ‘TANAP’), ce pipeline traversera la Grèce, l’Albanie, puis passera sous la mer Adriatique pour finalement être réceptionné en Italie. De plus -bien qu’elle ne soit pas d’actualité à ce jour- l’hypothèse d’un acheminement de gaz en provenance du Turkménistan en

Europe est toujours possible.

Enfin, il faut ajouter les récentes annonces du Qatar qui souhaite augmenter de 30% sa capacité de production de gaz.

Ce contexte où l’offre de gaz est supérieure à la demande pourrait conduire certains pays européens à vouloir obtenir un meilleur contrôle sur les prix, et à faire pression sur leurs fournisseurs historiques pour renégocier les tarifs. Un scénario manifestement anticipé par l’actuel PDG de la Sonatrach qui cherche une nouvelle approche commerciale avec ses partenaires étrangers.

Le groupe cherche pétrolier à mettre en place des joint-ventures avec des compagnies de commercialisation dans le but de vendre son gaz, dans le cadre d’une nouvelle stratégie d’exportation. Dans son intervention à la conférence « Oil and Money », M. Oudl Kaddour a indiqué que les nouveaux accords avec les entreprises « ne seront pas indexés sur les prix du pétrole et ne porteront pas sur le long terme ».

Offensive américaine

Enfin, si jusqu’à présent la Russie était le principal fournisseur de gaz en Europe (avec l’Algérie, le Qatar et la Norvège), les États-Unis implantent progressivement leur gaz de schiste sur le Vieux Continent. Les vastes réserves de schiste outre-Atlantique donnent un avantage au gaz américain : les pays importateurs peuvent être rassurés sur la question de la sécurité de l’approvisionnement.

Selon l’Agence internationale de l’Énergie (AIE), les États-Unis produiront en 2022 plus d’un cinquième du gaz mondial, ce qui les placera alors au même niveau que la Russie et la Norvège, principaux exportateurs de gaz.

Si cette offre excédentaire place en position de force les pays importateurs, elle est évidemment une mauvaise nouvelle pour les pays exportateurs comme l’Algérie. Selon Bloomberg, « cette surabondance est susceptible de persister au moins jusqu’en 2020, en maintenant les prix bas ».

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