jeudi 16 juillet 2020
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Coronavirus : le casse-tête chinois des rapatriements d’Africains

Coronavirus : le casse-tête chinois des rapatriements d’Africains

INQUIÉTUDE. Les pays africains avec des ressortissants à Wuhan ont baissé pavillon face au défi logistique. Ainsi, chacun y est allé de sa propre démarche.

L’heure est à l’inquiétude, pour ne pas dire la panique, pour les Africains pris au piège à Wuhan, lieu de l’épicentre de l’épidémie de coronavirus 2019-nCov. Alors que nombre de pays, notamment européens, se sont organisés pour rapatrier leurs ressortissants, les gouvernements africains ont tardé à répondre, semant l’angoisse chez leurs concitoyens. En effet à ce jour, des pays africains, seuls le Maroc, l’Algérie et la Tunisie ont affrété des vols pour récupérer leurs étudiants se trouvant à Wuhan. Jouant d’une double carte diplomatique et maghrébine, la Mauritanie a réussi dans la foulée à rapatrier ses ressortissants. Pour les autres pays, les attitudes ont été nuancées, de la solidarité affichée à l’endroit de la Chine à la confiance quant à la capacité de l’empire du Milieu de circonscrire l’épidémie, en passant par les remerciements pour l’assistance portée à leurs nationaux à Wuhan.

Zambie, Guinée, Rwanda : même longueur d’onde

Ainsi, le président zambien Edgar Lungu a-t-il expliqué combien il était confiant « dans le fait qu’il y aura moins d’infections et, en fin de compte, aucune nouvelle perte de vie humaine, grâce aux efforts incessants de la direction chinoise ». Et de poursuivre en envoyant « tout son soutien et l’attention nécessaire » aux Zambiens vivant en Chine. Une manière subtile de leur faire comprendre que, pour le moment, un avion spécial n’est pas prévu.

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Alors que 22 étudiants guinéens sont « coincés » à Wuhan, le président Alpha Condé, lui, a adressé à la Chine ses « condoléances les plus attristées pour les décès enregistrés » et ses « vœux de bon rétablissement aux malades », avant d’exprimer, cité par l’agence de presse Xinhua, « ses sympathies amicales et fraternelles envers la Chine ». Annonçant « la totale disponibilité » de son pays à apporter son soutien dans le combat contre le coronavirus, le président guinéen a mis en avant « la véritable expertise de la Guinée dans la lutte contre les grandes épidémies, notamment durant la crise de la maladie à virus Ebola ». « Nous vous réitérons notre volonté de vous envoyer certains de nos experts pour assister leurs collègues chinois », a-t-il précisé dans le message envoyé aux autorités chinoises. Pas sûr que cela rassure ses compatriotes dans l’œil du cyclone de l’épidémie de coronavirus à Wuhan. Selon le site guinéen Ledjely, ils traverseraient une bien mauvaise passe car, au-delà du problème épidémiologique, ils craignent de manquer de nourriture. Concrètement, sur le terrain à Conakry, l’heure n’est pas encore au rapatriement mais à une aide financière. Idem pour la Côte d’Ivoire, dont le gouvernement a débloqué 25 millions de francs CFA (40 000 euros) pour venir en aide à ses étudiants bloqués en Chine. Pour le moment, leur rapatriement sanitaire n’est pas encore envisagé. Pour tous ces étudiants, ce sont autant de faits qui pèsent sur le moral.

Autre pays avec ses enfants à Wuhan : le Rwanda. Le pays dirigé par le président Paul Kagame a 155 de ses ressortissants actuellement dans la province du Hubei. Dans un communiqué, le ministère rwandais des Affaires étrangères a indiqué « apprécier la réponse de la Chine au coronavirus et le soutien apporté aux ressortissants étrangers, y compris les Rwandais ». « Nous restons confiants dans la capacité de la Chine à gérer cette épidémie et dans sa contribution à un mécanisme mondial coordonné », a-t-il poursuivi, avant de remercier l’ambassadeur de Chine à Kigali « pour le soutien aux Rwandais ainsi que la fourniture de nourriture et de produits de première nécessité par les autorités locales », en collaboration avec l’ambassade du pays des mille collines à Beijing. Et de conclure que « le Rwanda continue à surveiller l’épidémie en partenariat avec la Chine, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et d’autres parties prenantes ». Là aussi, pas de vol spécial programmé pour récupérer les nationaux à Wuhan.

Burkina, Sénégal : rapatriement « hors de portée »

Un autre pays à suivre : le Burkina Faso. Durement éprouvé par le terrorisme qui sévit au Sahel, celui-ci fait partie des pays qui font confiance à la capacité de la Chine à circonscrire l’épidémie. Ses 22 étudiants sont confinés dans leurs chambres à Wuhan et le signal qui a été envoyé à Ouagadougou, où l’ambassadeur chinois a tenu une conférence de presse, ne fait aucun doute. C’est bien le gouvernement de l’empire du Milieu qui tient la barre. Cité par L’Observateur paalga, Li Jian a démenti une rumeur selon laquelle les Burkinabè avaient des difficultés à se ravitailler et s’est voulu rassurant en se disant « convaincu » que la Chine allait pouvoir venir à bout de l’épidémie.

Pour le Sénégal, les réseaux sociaux se sont enflammés à la suite de l’annonce par le président Macky Sall que le rapatriement des 12 étudiants sénégalais de Wuhan était « hors de portée ». L’explication : pas assez de moyens logistiques pour les acheminer et les accueillir en toute sécurité. « Il faut des avions spéciaux qui puissent aller sur place, il faut du personnel, ce ne sont pas des compagnies aériennes [mais] des [appareils] militaires. Lorsque ces personnes reviennent, il faut pouvoir les mettre en quarantaine dans un lieu équipé en conséquence, ce qui n’est pas encore le cas pour le moment de notre pays et des pays africains », a indiqué le chef d’État sénégalais, qui a tenu à « avoir une pensée très grande à l’égard de [ses] compatriotes ». « Nous sommes en contact avec eux par le canal du ministère des Affaires étrangères et de notre ambassade à Beijing. Nous avons pu envoyer des appuis financiers, mais la question du rapatriement a été posée, et elle n’est pas simple », a-t-il poursuivi. Avant de conclure : « Nous travaillons avec les autorités chinoises pour voir toute possibilité de pouvoir les suivre de façon convenable. Pour l’instant, nous en sommes là. »

Cela a suffi à provoquer une réaction vive d’incompréhension de la part de l’association des étudiants sénégalais en République populaire de Chine. Cités par l’hebdomadaire Jeune Afrique, ses membres s’estiment « surpris par la décision de l’État sénégalais » fort de la conviction qu’« il est de sa responsabilité de veiller à la sécurité de ses citoyens, sur le territoire comme à l’extérieur ». Sur place, au Sénégal, nombre d’observateurs se désolent de cette « impuissance » sénégalaise. Ainsi du média Enquête, qui n’a pas hésité à pointer « le désespoir des orphelins de la République ».

Des pistes de solutions ?

Alors qu’à l’instar d’autres ressortissants du continent à Wuhan les Camerounais aussi se sont tournés vers leur gouvernement pour lui demander de les mettre à l’abri, la colère monte devant cette déroute logistique d’un continent dont on dit qu’il est prometteur. Assurément, il lui reste beaucoup pour sécuriser ses enfants à l’extérieur et sur son sol. Quand l’Union africaine se donnera-t-elle les moyens de pouvoir intervenir efficacement contre l’adversité qui défie régulièrement l’Afrique ? Celle-ci est, entre autres, sanitaire comme c’est le cas du coronavirus, politique, sécuritaire, économique et financière. La question mérite d’être posée. Elle met en exergue une triste réalité. Sur plusieurs fronts, l’Afrique ne s’est pas encore vraiment donnée les moyens de se défendre. Cette épidémie du coronavirus, pour dramatique qu’elle soit, devrait servir d’avertissement aux gouvernants du continent. Les faiblesses structurelles de celui-ci sont une véritable épée de Damoclès sur la tête de tous les Africains.

lepoint

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