Accueil / Développement / Côte d’Ivoire : La noix de cajou clôture une première saison de campagne timide

Côte d’Ivoire : La noix de cajou clôture une première saison de campagne timide

Côte d’Ivoire : La noix de cajou clôture une première saison de campagne timide

Trois mois après le lancement de la commercialisation de la noix de cajou, Malamine Sanago, le directeur général du Conseil coton-anacarde (CCA), l’organe public de gestion de la filière, a fait un bilan à mi-parcours de la campagne ce 13 mai.

Prix à la hausse, production en baisse, défis à relever et perspectives pour la seconde partie de la campagne ont été au menu de la rencontre d’échanges avec les acteurs de la filière.

A mi-parcours de la campagne de commercialisation de la noix de cajou, le premier constat est que la récolte accuse une baisse de régime. Début mai, la production est estimée à 450.000 tonnes, soit une baisse d’environ 20% par rapport à la même période sur la précédente campagne.

En cause, «les retards dans la maturation des noix de cajou » qui ont impacté la productivité des vergers. Une déconvenue qui a néanmoins quelque peu fait le bonheur des paysans dont la production s’est échangée à un prix moyen de 550 francs CFA le kilo (contre un prix moyen de 410 FCFA/kg). Soit 57% de plus que le prix de référence officiel fixé à 350 francs/kg, fixé à l’ouverture de la campagne le 15 février dernier.

Cependant, ce niveau de rémunération est dénoncé par certains producteurs qui citent les prix pratiqués au Mali et au Ghana voisins. «Les prix d’achat sont trop bas ici surtout à cause des taxes qui sont trop importantes», dénonce Ali Ouattara, planteur venu de Bondoukou, à l’est du pays. D’où les pertes de production, en raison du trafic de noix vers le Mali et le Ghana où les cours sont jugés plus rémunérateurs, argumente-t-il.

« Nous avons la responsabilité de veiller à ce que la filière se finance par elle-même » s’est défendu Malamine Sanogo. La noix de cajou est, à l’image du cacao, une « filière majeure » en Côte d’Ivoire, à l’inverse des autres pays de la région où la noix de cajou a un poids économique relativement marginal, laisse-t-il entendre pour justifier les différentiels de prix d’achat.

«Nous devons financer sa structuration » à savoir « la recherche pour améliorer les rendements, assurer le traitement phytosanitaire des vergers, appuyer la transformation locale, financer les infrastructures socio-économique, … » et même constituer un « fonds de réserve » pour déjà anticiper une éventuelle chute future des cours.

Certes le pays espère voir la hausse des cours poursuivre son élan entamé ces cinq dernières années, mais la problématique du maintien de la qualité des noix ivoiriennes reste un défi. « Les pisteurs et sous- pisteurs sont un problème pour la filière », s’est plaint Youssouf Bakayoko, producteur à Ouangolodougou, dans le nord du pays. « Ils n’hésitent pas à roder aux abords des champs, près même à acheter à vil prix des noix non séchées », s’est-il indigné contre ces individus en quête de produits pour le compte des acheteurs et exportateurs.

Une préoccupation sur laquelle le directeur du CCA a promis de se pencher, tout comme la question de la sacherie, l’emballage règlementaire dans lequel doivent être conservée les noix séchées, dont l’approvisionnement n’est pas toujours correctement assuré.

Transformation timide

La Côte d’Ivoire parviendra-t-elle à transformer la totalité de sa production d’ici 2020, comme le projette le gouvernement ? La question était sur les lèvres.
Sur la dernière campagne, 6% de la production globale, soit 41 012 tonnes, a été usinée localement. Et début mai, les achats des unités de transformation étaient évalués à 26 000 tonnes, soit 10% de plus qu’il y a un an.

« Nous sommes aujourd’hui le premier producteur mondial et les industriels savent bien qu’il vaut mieux être à la source pour s’approvisionner » s’est voulu rassurant Malamine Sanogo ; Sauf qu’à 4 ans de l’échéance, les choses restent encore timides.

Au-delà des contraintes techniques notamment, l’approvisionnement en noix reste une problématique de taille, avancent pour leur part les entrepreneurs de la filière. «Nous avons généralement de petites unités de transformation et faisons face à la concurrence des multinationales d’achat qui maintiennent les prix à un certain niveau, alors que nous n’avons pas toujours les ressources financières pour suivre l’envolée des prix et alimenter correctement nos petites usines», souligne le patron d’une micro-unité industrielle.
La CCA a avait annoncé en début de campagne une subvention de 80 francs CFA/kg, mais la hausse n’a pas pour le moment eu l’effet escompté.

Optimisme

La seconde partie de la campagne de commercialisation concentre les espoirs de la filière. Selon les spécialistes, la récolte devrait être plus abondante et les prix se maintenir à leur niveau actuel, 1 500 à 1 600 dollars la tonne contre 1 150 dollars à l’ouverture de la campagne à la mi-février dernier.

Aussi, « les niveaux de prix effectivement obtenus jusque-là par les producteurs peuvent être valablement négociés pour la suite de la campagne », indique le CCA.

La Côte d’Ivoire qui arraché l’année dernière la place de premier producteur de noix de cajou à l’Inde, envisage conforter cette année son rang avec une production de 725 000 tonnes, soit 24% de 2,9 millions de tonnes attendus à l’échelle mondiale, contre 22% pour l’Inde et 11% pour le Vietnam, les deux autres principaux producteurs.

Jean Mermoz KONANDI
financialafrik.com

Aller en haut