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Côte d’Ivoire : le barrage de Soubré, un projet à visage humain pour la grandeur énergétique du pays

Côte d’Ivoire : le barrage de Soubré, un projet à visage humain pour la grandeur énergétique du pays

Sur le fleuve ivoirien Sassandra, se pose majestueusement un barrage hydroélectrique au niveau de Soubré, situé à quelque 350km au sud-ouest d’Abidjan. Ce projet, qui vient d’être mis en service, constitue le plus grand aménagement hydroélectrique jamais réalisé dans le pays.

Long de 4,5km sur 20 mètres de haut, avec une hauteur de chute maximale de 43 mètres et un réservoir de plus de 83.000 m3, ce barrage devrait permettre d’assurer l’autosuffisance énergétique du pays et d’en faire le pôle de la sous-région ouest-africaine en matière d’électricité.

“Ils (les Chinois) ont réalisé quelque chose de grand pour notre pays, c’est extraordinaire ce que nous avons réussi”, s’enorgueillit Alphonse Kouadio, employé de la société chinoise Sinohydro, dépendant de la PowerChina, l’exécutant des travaux de construction du barrage de Soubré.

Alphonse Kouadio, assistant topographe, travaille sur le chantier depuis la pose de la première pierre par le président Alassane Ouattara le 25 février 2013.

“Je suis là depuis le début, nous avons commencé une aventure et ça n’a pas été facile”, raconte-t-il, évoquant le mécontentement des employés qui réclamaient de meilleures conditions salariales et de travail.

“C’était difficile, il y avait certes une méconnaissance du code du travail ivoirien par l’employeur mais c’était surtout des difficultés de communication à cause de la langue et, avec le temps, les choses se sont améliorées”, assure Alphonse Kouadio.

Il affirme que travailler à Sinohydro, sur le chantier de construction du barrage, lui a “beaucoup apporté” dans sa vie privée et professionnelle.

“En juillet 2016, ma maison a complètement été brûlée suite à un court-circuit, la société m’a aidé financièrement et matériellement”, confie M. Kouadio, qui souligne la “bonne collaboration” avec l’employeur chinois.

Au total, Sinohydro emploie environ 3.000 personnes, dont 400 Chinois.

Pour ses employés, Sinohydro a bâti des cités pour héberger ses cadres et ouvriers, une école primaire, ainsi que des installations collectives, telles que cantine, terrain de sport et salle de loisirs.

Diplômé en informatique, M. Kouadio a été formé au métier de topographe par son employeur.

“Aujourd’hui, je ne me plains pas, au contraire je lui dis merci”, ajoute-t-il.

La société chinoise a formé quelque 30 cadres supérieurs ivoiriens et près de 1.000 autres diplômés aux différentes compétences adaptées à la construction du barrage.

Alphonse Kouadio se dit “très content” du travail accompli par son employeur avec le barrage, qui a été mis en service plus tôt que prévu.

Vendredi, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly a procédé à la mise en service de la première turbine d’une puissance de 90 MW, sur les quatre qui composent l’ouvrage d’un coût global de 572 millions de dollars.

Avec une mise en service initialement prévue au bout de 56 mois de travaux, le barrage a été finalisé avec huit mois d’avance.

La mise en service d’autres groupes électrogènes, prévue en octobre, permettra d’injecter sur le réseau électrique 275 MW, pour porter la puissance installée de la Côte d’Ivoire à 2200 MW. Le pays pourra ainsi continuer d’exporter de l’électricité vers le Ghana, le Mali, le Burkina Faso, le Togo et le Bénin et à terme vers la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone.

UN PROJET A VISAGE HUMAIN

“Le barrage est en train de changer le visage de Soubré”, estime Ouattara Adama, opérateur économique de la ville.

Environ 5.000 emplois directs et indirects, selon les autorités ivoiriennes, ont été créés et le projet a entraîné pour la ville un regain de l’activité économique avec le développement des commerces et services, de l’hôtellerie, l’amélioration du réseau routier et de l’éclairage public.

“Déjà première région productrice de cacao, Soubré se pose comme la première région productrice d’énergie en Côte d’Ivoire. En tout cas, on sent que la ville bouge, que ça grouille et les affaires marchent”, fait savoir Ouattara Adama.

Avec le barrage, la population de la ville s’est enrichie. En effet, les populations touchées par la construction de l’ouvrage ont été indemnisées par le gouvernement pour leurs terres et parcelles agricoles détruites.

Ces populations ont été réinstallées sur de nouveaux sites dans des cités modernes disposant de l’électricité et de l’eau courante.

Les indemnisations, en rapport avec la superficie de la parcelle cultivée, ont permis à des paysans d’empocher 50 millions de francs CFA (80.000 dollars).

“Nous avons perdu nos terres, nos plantations à cause du barrage mais on a été dédommagés et même si ce n’est qu’une partie, en tout cas, on a eu quelque chose et on attend que le gouvernement règle la totalité”, confirme Martin Kouakou, 45 ans, habitant de Kouamékro.

Kouamékro, comme Kpéhiri et Kopéragui, sont des villages déplacés du barrage. Si Kopéragui est encore en construction, Kouamékro est achevé et habité. Le village déplacé a été entièrement reconstruit avec des maisons modernes. Il est électrifié et traversé de larges rues bordées de caniveaux pour les eaux de ruissellement.

Martin Kouakou présente avec fierté sa maison de quatre pièces comportant une salle à manger, un séjour, une cuisine, trois chambres avec une salle d’eau dans la chambre principale et une vaste cour.

“Mon rêve c’était d’avoir une maison en dur, aujourd’hui c’est chose faite. Grâce au barrage, j’ai un toit moderne. Je bénéficie de toutes les commodités, c’est ma vie qui a changé et je remercie dieu et ceux qui ont réalisé ce projet”, dit-il.

A Kouamékro, beaucoup de paysans retournent sur leurs plantations qui n’ont pas été dévastées par l’eau du barrage.

“On ne sait pas pour combien de temps encore, mais pour l’instant, on retourne pour travailler et puis le champ, le contact avec la forêt nous manque”, explique Martin Kouakou.

xinhuanet

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