Accueil / Développement / Côte d’Ivoire : Thierry Tanoh, la banque mon passé, le pouvoir mon avenir !

Côte d’Ivoire : Thierry Tanoh, la banque mon passé, le pouvoir mon avenir !

Côte d’Ivoire : Thierry Tanoh, la banque mon passé, le pouvoir mon avenir !

Affirmer que Thierry Tanoh monte en puissance, c’est peu dire. L’ancien patron du groupe Ecobank incarne la puissance elle-même compte tenu des nombreux pouvoirs de décisions dont il dispose. Il vous suffit de vous introduire dans les arcanes du pouvoir d’Abidjan pour comprendre davantage cette situation qui n’a peut-être rien d’inédit, mais qui annonce quelque chose d’inédit. 2020, c’est demain et en Côte d’Ivoire, on le prépare déjà. Reportage.

Thierry Tanoh, le technocrate « couleur café ».

Thierry Tanoh aime bien les chiffres. Diplômé d’Harvard, c’est à la Société financière internationale (SFI) qu’il fera ses classes et gagnera ses galons d’économiste chevronné. Entre son parcours fulgurant à la SFI et sa nomination puis son déclin très médiatisé au sein d’Ecobank, beaucoup d’eau a coulé sous le pont et l’homme s’est taillé la part du lion dans son nouveau costume. Mais qui est-il vraiment pour prétendre un jour à la « distinction suprême », celle de diriger un jour la Côte d’Ivoire ?

Thierry Tanoh, le prince de la République !

Thierry Tanoh nait au mois d’avril de l’année 1962. Fils d’Augustin Kouadio Tanoh et d’une mère française qui fut des années durant, proviseur du lycée Mamie Adjoua de Yamoussoukro (la capitale politique ivoirienne), le « jeune Thierry » fréquente très tôt le sérail présidentiel, car proche d’un certain Félix Houphouët-Boigny, le père de l’indépendance ivoirienne et premier président ivoirien.

Autre point majeur, Thierry Tanoh est le gendre de Charles Providence Gomis pour avoir épousé Sylvie Gomis. Son Excellence Charles Providence Gomis, actuellement ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, est un grand ami des présidents Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara. Puisqu’il s’agit de ramifications, l’homme qui fêtera en avril prochain ses 54 ans est le filleul de l’ex-chef de l’État ivoirien, Henri Konan Bédié. Au sein de la famille Gomis, il côtoie le magnat de l’industrie agroalimentaire Jean-Louis Billon (gourou du groupe SIFCA, ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire et actuel ministre du Commerce). Ce dernier est l’époux d’Henriette Gomis, la soeur de Sylvie qui n’est autre que la femme de Thierry Tanoh.

Après avoir passé la majeure partie de son temps à sillonner les pays du monde entier pour des raisons professionnelles, ce technocrate pure souche marquera une pause avant de rentrer en Afrique dans le but de s’y installer. C’est le retour d’un enfant prodige.

Un retour glorieux ponctué par un scandale.

En juillet 2012, à la suite d’un appel à candidatures international effectué en toute transparence, c’est Thierry Tanoh qui est désigné pour remplacer le légendaire Arnold Ekpé (le bâtisseur de la réussite d’Ecobank). C’est donc dans cette tunique de président de la Banque panafricaine qu’il tournera le dos à la SFI, une filiale de la Banque mondiale où il fut vice-président chargé de l’Afrique subsaharienne, l’Amérique latine et les Caraïbes. Mais contre toute attente, il sera limogé d’Ecobank en mars 2014 et remplacé par le Ghanéen Albert Essien. C’est le début d’un long feuilleton judiciaire et la descente aux enfers pour cette éminence grise ivoirienne.

Installé au palais présidentiel d’Abidjan où il occupe le très stratégique poste de Secrétaire général adjoint de la Présidence de la République de Côte d’Ivoire, il portera plainte pour « diffamation, atteinte à la réputation, à la crédibilité et à l’honneur ». Après de longs mois de procédure judiciaire, Thierry Tanoh touchera 33 millions de dollars US, soit plus de 10 milliards de francs CFA. Ce qui représenterait entre 35% et 45% du montant que les juridictions qui ont statué sur le dossier exigeaient que la banque panafricaine verse à son ex-employé. Ecobank s’est finalement résolu à payer le prix de sa« forfaiture » après avoir entrepris de longues et houleuses négociations menées de bout en bout par l’actuel patron du groupe, le Nigérian Ade Ayeyemi.

Cap maintenant sur la Présidence ?

Passée l’heure des embrouilles et des démêlés avec la justice qui auront quelque peu entaché sa réputation, l’expert-comptable a été réhabilité et jouit d’une aura sans précédent dans les grands milieux financiers, mais aussi dans l’univers politique. Propulsé au rang d’argentier du pays, c’est à Thierry Tanoh qu’il revient de gérer désormais les transactions liées à l’entrée de nouvelles compagnies qui opèrent dans le secteur des hydrocarbures dans le pays et de contrôler tout l’aspect économique et financier de l’appareil d’État.

Pressenti un temps pour être Premier ministre après la réélection du président Alassane Ouattara en 2015, l’ancien de la Banque mondiale n’a pas encore dit son dernier mot et se préparerait d’ores et déjà pour se jeter dans le grand bain c’est-à-dire l’élection présidentielle de 2020. Même si pour beaucoup d’Ivoiriens, ce sera l’occasion pour le ministre Hamed Bakayoko (Intérieur et Sécurité) et Guillaume Soro (chef du Parlement ivoirien) de se livrer bataille, ils pourraient être surpris de voir s’aligner dans les starting-blocks Thierry Tanoh ou encore un certain Tidjane Thiam (directeur général du Crédit Suisse).

Richard Le Guerinec
afrique-sur7.fr

Aller en haut