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Coup d’état au Burkina Faso : 50 milliards de pertes sèches pour l’économie nationale

Coup d’état au Burkina Faso : 50 milliards de pertes sèches pour l’économie nationale

Comme il fallait s’y attendre, le coup d’état perpétré le 17 septembre 2015 par le conseil national pour la démocratie (CND) a eu de nombreuses répercussions économiques dues à l’arrêt des activités économiques pendant une dizaine de jours. Selon le conseil des ministres extraordinaire du 28 septembre 2015, les pertes se chiffrent à plus de 50 milliards de FCFA. Du coup, le gouvernement doit se retourner vers les partenaires pour combler ce gap afin de boucler l’année budgétaire et pour faire face aux nouveaux défis engendrés par le coup d’état. Les élections qui étaient prévues pour le 11 octobre, ne sont plus d’actualité. Le gouvernement entend accentuer les mesures sécuritaires. La prolongation de la transition semble déjà en ligne de mire.

Selon le gouvernement, le coup d’Etat a engendré des conséquences défavorables, notamment au plan social avec des pertes en vies humaines et des blessés, et au plan économique avec la grève générale des travailleurs ayant entrainé la paralysie de l’ensemble des activités pendant une dizaine de jours. Sur le plan économique, l’arrêt de travail a entraîné un ralentissement de la production dans les secteurs d’activités, particulièrement le secondaire et le tertiaire, avec des conséquences directes de moins 0,3% de croissance sur les finances publiques. Selon les chiffres communiqués par le ministre de l’économie et des finances, au niveau des impôts, les pertes de recouvrement occasionnées pendant la période du putsch sont estimées à environ 11 milliards de francs CFA. Au niveau des recettes douanières, les pertes sont chiffrées à environ 9,7 milliards de FCFA. Sur le plan de la trésorerie, les pertes directes s’élèvent à 30,80 milliards de FCFA.

Si les pertes sont immenses au niveau macro, elles le sont aussi au niveau micro. A Ouagadougou, des poissonneries et des boulangeries ont par exemple vu leur marchandise pourrir du fait du manque de clientèle. Avec le couvre feu qui était fixé à 19h, les travailleurs de nuit (maquis, restaurants,..) ont enregistré de nombreuses pertes. Les commerçants de Rood-woko qui s’étaient approvisionnés en produits divers croyant faire de bonnes affaires à l’approche de la fête de la Tabaski, ont dû déchanter. Les clients étaient sans le sou. C’est dire que les lendemains s’annoncent assez dures pour les Burkinabè. Dépendant grandement de l’aide extérieure, l’Etat va encore se retourner vers les partenaires. En 2014, l’activité économique avait déjà considérablement ralenti avec une croissance du PIB estimée à 4% seulement contre plus de 6% les années antérieures. Ce ralentissement a été causé par la chute des cours internationaux des deux produits d’exportation du pays (l’or et le coton), par les répercussions de la crise d’Ebola survenue dans la région et qui a perturbé les secteurs du tourisme et des services, et par l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre. La forte baisse des recettes fiscales, combinée à une augmentation de la masse salariale, a nécessité une forte réduction des dépenses d’investissement public, sapant ainsi la mise en œuvre de la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) du gouvernement. Avec cette nouvelle saignée de 50 milliards de pertes, l’équilibre économique est remis en cause. Il faudra rapidement trouver des alternatives pour la relance économique.

Aimé Florentin BATIONO
Ecodufaso/Groupe Ecodafrik

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