jeudi 26 novembre 2020
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Course à la 5G: où en est l’Europe?

Course à la 5G: où en est l’Europe?

Alors que les États-Unis ont annoncé le mardi 10 août l’élargissement de leur bande de fréquences d’ici la fin de l’été pour faciliter le déploiement de la 5G et que des pays comme la Corée du Sud, la Chine ou le Japon ont pris de l’avance, où en sont la France et ses voisins européens dans ce domaine ?

La course à la 5G s’accélère en Europe. En septembre 2016, la Commission européenne présentait un plan d’action dédié à la 5G et prévoyait un calendrier européen commun pour un lancement commercial coordonné des services de 5G en 2020.

Covid-19 oblige, ce plan qui prévoyait la couverture 5G d’au moins une grande ville par État membre en 2020 et de toutes les zones urbaines et des principaux axes de transport en 2025 a été retardé. Dorénavant, les pays assouplissent leur cahier des charges sur le déploiement de cette technologie mobile ultra-rapide qui nécessite des plages de fréquences de 26GHz ( des plages bien plus élevées que celles utilisées pour la 4G qui peuvent aller jusqu’à 3.8Ghz seulement). En France par exemple, l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP) impose aux opérateurs de généraliser l’accès à la 4G+ avant de passer à la véritable 5G.

Des disparités européennes

En France, les enchères d’attribution des fréquences pour le réseau 5G entre Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free devaient se tenir mardi 21 avril, elles ont été reportées à cause de la pandémie, et avec elles, l’ouverture au grand public d’un réseau 5G, prévue initialement pour la fin de l’année 2020.

En Allemagne, la crise du Covid-19 a exacerbé la volonté de compétitivité économique, si bien qu’en juin dernier, le pays a engagé 7 milliards d’euros pour accélérer le déploiement de la 5G dans le cadre de son plan de relance. Classée au rang de haute priorité, cette technologie est le moyen de renforcer la «  souveraineté numérique et en même temps la puissance d’innovation de nos entreprises », indique le gouvernement dans son plan de relance.

Les pays les plus en avance en termes de 5G restent ceux du nord de l’Europe, avec en tête, la Finlande et la Suède propulsées par leurs fournisseurs de téléphonie, respectivement Nokia et Ericsson. Ainsi, en Suède, les deux principaux opérateurs téléphoniques ont annoncé en mai dernier le lancement commercial d’un réseau 5G dans tout le pays. En Finlande, cette technologie est déjà disponible dans une trentaine de villes.

Pour Frédéric Bordage, expert indépendant en numérique responsable et membre du collectif d’experts GreenIT, cette course à la 5G s’explique avant tout par une volonté économique : « Le monde économique veut aller très vite pour déployer la 5G, parce que c’est un relais de croissanceLa vente des smartphones plafonne, la 5G est utile dans certains cas pour développer le business des objets connectés… Il y a un vrai consensus du monde économique à l’échelle européenne, que ce soit de la part des entreprises ou de la plupart des ministres de l’Économie ou des Finances européens.  »

L’Europe se heurte également au géant chinois Huawei. Celui-ci souhaite préserver sa présence dans les réseaux 5G à venir, mais les Européens qui ne souhaitent pas froisser les Américains engagés dans une guerre commerciale avec la Chine, se montrent frileux. En juillet dernier, le Royaume-Uni a déclaré l’exclusion de Huawei de son réseau 5G, dès la fin 2020 l’achat de nouveaux équipements Huawei sera interdit et les équipements existants devront être retirés d’ici 2027.

La 5G est-elle essentielle ?

Avec l’arrivée de la 5G sur des fréquences de 26GHz, les bouleversements au niveau européen pourraient être importants explique encore Frédéric Bordage, avec par exemple, la création d’opérateurs de téléphonie européens. Mais il rappelle que cela n’arrivera que dans un deuxième temps. Les premières utilisations de la 5G seront dit-il industrielles.

Mais le spécialiste souligne que l’actuel réseau 4G généralisé répond déjà aux besoins du quotidien : «  Qu’on soit en Espagne ou en Italie, ou dans un pays de l’Est, c’est comme en France : dans les zones rurales, il n’y a pas toujours une bonne couverture réseau, mais ailleurs, la 4G suffit aux besoins du quotidien. Trouver l’horaire d’un train, consulter son compte bancaire, lire un article sur internet, payer ses impôts… Quel que soit l’acte numérique, il se fait très bien en 4G. La 5G, concrètement, ne sert à rien dans le quotidien.  »

Dans l’argumentaire anti-5G, les écologistes sont en première ligne, se montrant très défavorables à l’arrivée de cette technologie. En France, Pierre Hurmic, le maire écologiste nouvellement élu de Bordeaux demande ainsi un moratoire concernant la 5G et pointe les éventuels risques pour la santé.

Dans un rapport préliminaire sur l’exposition de la population aux champs électromagnétiques liés au déploiement de la 5G, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) déplore un manque de données scientifiques sur les effets d’une exposition aux ondes générées par cette technologie.

Face à toutes ces inquiétudes, le 24 juillet dernier, la Comission européenne s’est voulue rassurante : « Il est plus important que jamais d’assurer un niveau élevé de sécurité lors du déploiement des réseaux de 5G dans l’UE au vu des besoins croissants en infrastructures numériques de nos économies », a expliqué le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton.

rfi

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