lundi 30 novembre 2020
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Covid-19 : le FMI se penche sur l’Afrique

Covid-19 : le FMI se penche sur l’Afrique

CONJONCTURE. Les économies des pays africains continuent de payer un lourd tribut à la pandémie du coronavirus. Le FMI vient d’en faire un bilan provisoire.

L’Afrique, certes moins touchée par la pandémie, n’est pas épargnée. Sa croissance devrait chuter de 3 % en 2020, avant de rebondir à 3,1 % selon les prévisions publiées le 13 octobre. Pour la première fois depuis 25 ans, l’Afrique subsaharienne enregistrera une récession et celle-ci sera encore plus forte que ne l’estimait le FMI au mois d’avril (- 1,6 %). « La pandémie a déjà fait plus d’un million de morts. Un désastre économique qui réduira la taille de l’économie mondiale de 4,4 % cette année et devrait amputer la production de 11 000 milliards de dollars d’ici à l’an prochain. Et un immense désespoir humain face à des bouleversements gigantesques et à l’augmentation de la pauvreté, pour la première fois depuis des décennies », a déclaré Kristalina Georgieva, directrice du FMI. À ses yeux, seule une victoire contre la pandémie permettra un redressement économique pérenne. En Afrique, le nombre de cas s’élève à plus d’un million et plus de 23 000 décès, un chiffre probablement largement sous-estimé. Des emplois ont été perdus et les revenus des familles ont baissé de 12 %, estime le FMI. Selon la Banque mondiale, 43 millions de personnes dans le monde risquent de tomber dans la pauvreté.

Une récession qui ne ressemble pas aux autres

Rien à voir avec les crises passées. Celle-ci, déclenchée par une crise sanitaire, frappe partout, mais surtout très durement les secteurs des services qui montraient en général une meilleure résilience. « La riposte de santé publique nécessaire pour ralentir la transmission, conjuguée à des changements de comportement, s’est traduite, pour les secteurs reposant sur des interactions en personne (en particulier le commerce de gros et de détail, le secteur de l’hôtellerie, de la restauration et des cafés, ainsi que l’art et le spectacle), par des contractions plus fortes que dans le secteur manufacturier. L’étendue des perturbations indique que, sans un vaccin ou des traitements efficaces pour combattre le virus, le retour à un semblant de normalité s’annonce particulièrement difficile pour ces secteurs », souligne le FMI dans son rapport sur les perspectives mondiales, publié en octobre.

Une situation difficile pour des économies aux profils variés

En Afrique, la situation est particulièrement difficile pour des pays tournés vers le tourisme comme Maurice mais aussi les Seychelles, ou encore le Maroc, voire la Tunisie. Les pays africains exportateurs de pétrole pâtissent, eux, de la baisse des cours du brut qui restent tirés vers le bas du fait du ralentissement de la demande mondiale, autour de 41 dollars le baril en 2020 et de 43,80 dollars pour 2021, selon les projections du FMI. Ces pays vont enregistrer une chute de 4,1 % du PIB en 2020 et leurs perspectives de rebond restent limitées à 2 % pour 2021.

Pour les deux grandes économies africaines, l’Afrique du Sud et le Nigeria, rien de bon ne se profile. Le PIB de l’Afrique du Sud devrait se contracter de 8 % cette année, avant de rebondir de 3 % l’an prochain. Le plus inquiétant reste la montée du chômage estimé à 37 % en 2020. C’est aussi le pays le plus touché du continent, avec plus de 700 000 cas et 18 400 décès. L’économie nigériane, après un plongeon de 4 % cette année, ne devrait pas se redresser véritablement en 2021, avec seulement 1,7 % de croissance attendue. Cette année, seuls quatre pays africains échappent à la récession : l’Éthiopie, la Tanzanie, la Côte d’Ivoire et le Kenya.

Soutien au secteur informel

Là où l’économie informelle prédomine, comme en Afrique de l’Ouest, il est plus difficile de distribuer l’aide de l’État, reconnaît le FMI. Certains États ont dû recourir à des mécanismes ciblés, notamment à travers les systèmes de paiement numériques, comme au Bénin et en Côte d’Ivoire. « Dans certains pays, des bases de données centralisées dotées de numéros d’identification ont été utilisées pour apporter une aide ciblée aux commerçants, aux chauffeurs de taxi et aux autres groupes les plus éprouvés pendant le confinement », explique le FMI. L’aide a aussi été fournie en nature sous forme de nourriture, de médicaments ou d’autres produits de première nécessité. « C’est ensemble que nous faisons face à cette crise et il est dans l’intérêt de tous de se mobiliser et de lutter conjointement contre cette pandémie. Et cela signifie se mobiliser aux côtés de l’Afrique », a commenté Kristalina Georgieva. Malgré des contraintes financières souvent très fortes, les dirigeants africains ont agi rapidement, et augmenté les dépenses consacrées à la santé et aux programmes sociaux afin de répondre aux besoins de leur population. Elle cite en particulier trois pays qui ont mis en place des mécanismes de gouvernance remarquables dans ce domaine : le Burkina Faso, la Gambie, et la République centrafricaine.

Besoins de financement

Le rebond économique attendu pour 2021 dépendra en grande partie des moyens dont les États africains vont disposer pour surmonter la crise liée au Covid-19. « Ces pays auraient besoin de 1 200 milliards de dollars de financement jusqu’en 2023 », estime Kristalina Georgieva. L’institution a déjà débloqué près de 26 milliards de dollars cette année, soit 10 fois plus que ce que le FMI accorde en moyenne chaque année pour des prêts. Cela ne sera pas suffisant. Sur la base des promesses faites par les bailleurs internationaux et les créanciers bilatéraux, moins du quart de ce besoin de financement devrait être couvert.

Début octobre, le Fonds a approuvé le versement, sous forme de dons, d’une nouvelle aide d’urgence pour 28 pays, dont 22 africains. Cette somme pourra leur permettre soit d’alléger leurs dettes, soit de contribuer au financement de la lutte contre les effets de la pandémie. Il s’agit du même mécanisme d’urgence enclenché en avril par l’institution, à travers le Fonds fiduciaire d’assistance et de réponse aux catastrophes. Ce fonds alimenté par les pays riches et émergents pourrait recevoir, d’ici avril 2022, un montant global de 959 millions de dollars.

Dette insoutenable

Le FMI allège la dette de ses pays membres les plus pauvres et, avec la Banque mondiale, « nous souscrivons à une prolongation de l’initiative de suspension du service de la dette par le G20 », explique la directrice du FMI. « Nous sommes conscients de la nécessité de renforcer encore l’architecture internationale de restructuration de la dette et nous continuerons de restructurer les dettes au cas par cas si nécessaire », poursuit-elle. La Zambie pourrait devenir le premier pays en défaut de paiement depuis la crise du Covid-19. Endetté à hauteur de 12 milliards de dollars, dont un tiers vis-à-vis de la Chine, le deuxième producteur de cuivre africain a de plus en plus de mal à faire face à ses échéances alors que ses recettes d’exportation s’amenuisent. « Se soutenir les uns les autres, se mobiliser aux côtés de l’Afrique n’est donc pas seulement le meilleur choix, c’est la seule et unique solution », a affirmé la directrice du FMI.

lepoint

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