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Créances douteuses : le nettoyage des bilans bancaires au milieu du gué

Créances douteuses : le nettoyage des bilans bancaires au milieu du gué

La Banque centrale européenne (BCE) et la Commission ont récemment précisé leurs attentes en matière de couverture contre les pertes liées aux futures créances douteuses. Reste à solder l’héritage de la crise.

Les banques européennes ont de quoi être rassurées. Les attentes des autorités de l’Union en matière de gestion des futures créances douteuses ne devraient pas les forcer à renforcer significativement leurs provisions dans l’immédiat.

Mi-mars, les autorités européennes ont pourtant lancé une nouvelle offensive contre ces prêts. L’objectif des Européens est de tirer les leçons de la crise en s’assurant qu’à l’avenir les banques auront toujours une couverture suffisante pour faire face aux pertes qu’elles pourraient subir du fait de ces créances douteuses.

Mais « l’impact immédiat sur les exigences de provisions des banques sera réduit sachant que la formation de nouveaux prêts non performants est faible dans l’environnement favorable actuel », explique Alain Laurin, directeur à l’agence de notation Moody’s dans une note.

Deux dispositifs différents

Dans le détail, la Commission a proposé de fixer un niveau minimum de provisions que toutes les banques de l’Union européenne devront progressivement constituer pour faire face aux pertes sur les créances douteuses. Ce dispositif prudentiel compléterait les exigences de provisions prévues par les normes comptables récemment revues (IFRS 9) .

En parallèle, la Banque centrale européenne (BCE), après de vifs débats , a présenté ses attentes en matière de provisions des créances douteuses pour les grandes banques qui sont soumises à sa supervision. Ces attentes, contrairement aux règles préparées par Bruxelles, ne sont pas contraignantes mais devraient servir de base à la discussion lors de l’évaluation au cas par cas des banques par les superviseurs.

Un faible impact dans l’immédiat

Les autorités européennes n’ont pas tout à fait le même calendrier, le même champ d’application. Cependant, les banques sont d’autant moins fébriles que la constitution des provisions s’étalera sur huit ans maximum. Même les exigences de la BCE, plus strictes que celles de la Commission, apparaissent gérables. « Au bout de quatre ans, le taux de provisions minimal préconisé par la BCE est juste supérieur à 50 %, ce qui ne paraît pas, à première vue, d’une extrême sévérité », commente ainsi Alain Laurin.

Enfin, les exigences de Francfort et de Bruxelles ne s’imposeront pas immédiatement. Les législateurs européens doivent encore débattre et adopter la proposition de la Commission quand la BCE compte appliquer sa nouvelle grille de lecture à partir de 2021.

La BCE très attendue sur le stock de créances

D’ici là, le secteur bancaire européen reste toujours confronté au problème du stock de créances douteuses, notamment en Grèce et en Italie. Et ce, même si, sous la pression des superviseurs, les banques ont avancé dans le nettoyage de leur bilan. Ainsi, l’encours des créances douteuses détenu par les grandes banques européennes a été ramené de quelque 1.000 milliards d’euros au début de 2015 à 760 milliards d’euros au troisième trimestre de 2017.

Dans ce contexte, les actions de la BCE sont surveillées de très près par les investisseurs. « Le sujet qui est plus important c’est la communication que la BCE doit faire sur le stock de créances douteuses », indique Jérôme Legras, directeur de la recherche pour la société de gestion Axiom Alternative Investments. A ses yeux, le superviseur pourrait fixer un taux maximum de créances douteuses acceptable, ce qui forcerait certaines banques à mettre en place des procédés drastiques de cession des créances douteuses.

Dernièrement, la BCE s’est contentée d’indiquer qu’elle pourrait adopter de nouvelles mesures si elle jugeait que les avancées des banques en matière de créances douteuses ne sont pas suffisantes.

SOLENN POULLENNEC
lesechos

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