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Crise grecque: Le rôle trouble du FMI

Crise grecque: Le rôle trouble du FMI

« La dette de la Grèce ne peut désormais être viable qu’avec des mesures d’allégement de la dette qui vont beaucoup plus loin que ce que l’Europe a envisagé de faire jusque-là. » Cette phrase ne sort pas de la bouche d’un parlementaire de Syriza ou d’un économiste de gauche, mais elle est tirée d’un rapport du… FMI. Publié mardi, remis aux autorités européennes dès le 11 juillet – soit avant le vote de l’accord pour la Grèce -, il bat en brèche l’idée selon laquelle l’instance internationale dirigée par Christine Lagarde serait aussi intransigeante qu’elle en a la réputation.

A moins que… « Le FMI est une instance rationnelle et moins soumis à des impératifs politiques que les dirigeants européens, explique Sébastien Villemot, économiste à l’OFCE. Si elle demande un allégement de la dette, c’est qu’elle y voit son intérêt. » En effet, le revirement du FMI est essentiellement pragmatique. « Il a pris conscience que les politiques d’ajustement qu’il imposait, notamment dans les pays sud-américains, étaient loin d’être toujours efficaces », explique l’économiste, faisant notamment référence à un article ayant fait grand bruit en 2013 d’Olivier Blanchard, conseiller économique et directeur des études au Fonds. Celui-ci reconnaissait tout simplement que le FMI s’était trompé. En clair, que l’austérité à tous crins avait des effets négatifs, surtout dans un cadre post-crise économique.

Le FMI veut se faire rembourser

Le cas grec a aussi cela de particulier que c’est la première fois que le FMI a été appelé à la rescousse pour sauver un pays qui n’était ni en développement, ni maître de sa monnaie. « Et il a fallu le faire dans le cadre d’une concertation permanente avec les Européens – la fameuse troïka -, détaille Sébastien Villemot. Or ces derniers n’ont jamais voulu entendre parler d’une remise de dette. C’est pour cela que le FMI a été si dur avec les questions d’austérité. » Appelé à la rescousse par une Europe qui n’était pas encore dotée d’un mécanisme d’aide financier aux Etats, le Fonds a mécaniquement appliqué une politique non adaptée.

Aujourd’hui, le FMI veut se faire rembourser, il a donc tout intérêt à ce que l’économie grecque ne sombre pas… C’est pourquoi il a adressé sous forme d’ultimatum déguisé ce rapport du 11 juillet aux dirigeants européens, qui comptent sur la participation du Fonds à un nouveau programme d’aide de la Grèce : soit vous allégez la dette grecque, soit nous nous retirons des futurs plans.

La balle dans le camp de l’Europe

Et le Fonds peut s’appuyer sur les propres textes qui le régissent et qui contiennent deux règles essentielles pour prêter. Tout d’abord, il ne faut pas que le pays lui doive déjà de l’argent. Or, la Grèce a raté deux échéances, de 1,5 milliard d’euros le 30 juin et de 456 millions lundi. Ensuite, il faut que la dette du pays soit jugée soutenable et qu’il puisse la rembourser sous une dizaine d’années. Ce qui n’est absolument pas le cas aujourd’hui en Grèce, dont la dette est considérée « totalement non-viable » par le rapport du FMI de mardi.

La balle est maintenant dans le camp de l’Europe. « Mais la participation du FMI dans un nouveau plan d’aides n’est pas du tout certain, précise Sébastien Villemot. Le débat fait rage au sein de l’institution. Certains ne veulent plus entendre parler de la crise grecque… »

Victor Point/20minutes.fr

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