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Croissance et risques: perspectives économiques mondiales

Croissance et risques: perspectives économiques mondiales

La Banque mondiale ne voit pas la nécessité de revoir ses prévisions à la baisse pour la première fois en cinq ans.

Il n’est pas facile de faire un état des lieux de l’économie. L’adjectif «catatonique» ne colle pas avec les prévisions de croissance mondiale évaluées à 3,5 % cette année. On n’attend pas de cataclysme mais personne ne devrait non plus compter sur le fait qu’il n’y ait plus de vagues cette année ou l’année prochaine.

Il y a tout de même une bonne nouvelle. Pour la première fois en cinq ans, la Banque mondiale ne voit pas la nécessité de revoir ses prévisions à la baisse. Néanmoins, l’analyse mondiale qui permet d’anticiper les turbulences économiques s’est avérée inégale depuis la crise financière internationale de 2009.

«Nous n’anticipons pas de réel choc, mais il y a un an, personne n’anticipait non plus l’effondrement du prix du pétrole», a déclaré Bertrand Badré, directeur général et directeur financier du groupe de la Banque mondiale à Washington.

Le scénario de base, c’est que la situation dans le monde s’améliore et qu’il y aurait une soi-disant convergence entre d’un côté, un léger fléchissement du côté des Etats-Unis et une légère amélioration du côté de l’Union européenne. Par ailleurs, le monde des affaires pourrait réussir à éviter les points chauds politiques et sécuritaires que constituent la Grèce, le conflit russo-ukrainien et le Yémen.

«Les deux facteurs déterminants, outre les aspects géopolitiques liés à la Grèce, etc., sont le prix du pétrole et la politique monétaire,» a-t-il déclaré en séance plénière lors du Symposium annuel de Saint-Gall, en Suisse.

La question à un milliard de dollars, d’après mon panel d’experts, est la suivante: comment les investisseurs mondiaux vont-ils réagir si et quand la Réserve fédérale américaine décidera d’augmenter les taux d’intérêts, alors que l’Europe conserve des taux historiquement bas?

En ce moment-même, le panel suggère qu’il y aurait une divergence entre les attentes du marché et l’avis de la Banque centrale américaine. Cela contribue à l’incertitude dans laquelle nous vivons aujourd’hui, particulièrement sur les marchés émergents dont le sort est lié à la demande américaine et au dollar.

Martin Richenhagen, président directeur général d’ARCO Corporation, un fabricant mondial de machines agricoles basé à Atlanta, en Géorgie, a brossé le tableau d’un déclin significatif du secteur agricole suite à une variation du prix des matières premières.

«L’Amérique du Sud se porte assez mal. En attendant, j’espère que notre industrie a touché le fond. Cette industrie a perdu 10 % en 2014, puis à nouveau 20 % cette année. C’est donc un choc énorme parce que notre secteur a été passablement abîmé,» a déclaré Richenhagen.

Le panel d’experts a parlé de «régression et non de progression» sur de nombreux marchés émergents tels que le Brésil, l’Indonésie et l’Afrique du Sud, car ils ont remis à plus tard d’importantes réformes structurelles alors qu’ils étaient en pleine croissance.

Une grande part de ce qui se produira dans le monde en développement dépendra du plus gros marché émergent, c’est-à-dire la Chine, qui a considérablement ralenti son rythme de croissance par rapport à la période prospère des deux dernières décennies. Au lieu des 9 % de croissance, souvent considérés comme le point de référence pour la Chine, les investisseurs tels que le GIC, le fonds souverain de Singapour, ont annoncé qu’elle serait plutôt de l’ordre de 6 %.

«Nous savons que l’emploi et la situation sociale sont les plus grandes menaces ou sujets d’inquiétude et ce que nous disons, c’est que la Chine peut descendre jusqu’à 6 % sans que son leadership en soit affecté,» a déclaré S.G. Lim, Président du groupe de GIC Private.

Tout comme ils redoutent la course au marché haussier actuellement en cours à Wall Street et alimentée par des taux d’intérêts historiquement bas aux Etats-Unis, Lim et d’autres ont exprimé leur inquiétude face à l’augmentation de 80 % de la bourse de Shanghai depuis le mois de novembre, alors que le prix de l’immobilier atteint des sommets.

Le directeur général du géant des biens de consommation Unilever a fermement encouragé la communauté internationale à ne faire preuve d’aucune complaisance vis-à-vis d’une croissance artificiellement soutenue par une politique monétaire.

«Quand on regarde les milliards de dollars qui ont à nouveau été injectés dans l’économie, dans le cadre d’un assouplissement quantitatif, et qu’on regarde ce que cela a rapporté, on constate que cela a probablement été l’une des pires décisions qu’un homme d’affaires ait pu prendre,» a déclaré Paul Polman.

La seconde moitié de 2015 est cruciale pour la réflexion stratégique à long terme. Les pays doivent toujours se réunir pour un nouvel accord sur le changement climatique, ce qui s’avère incroyablement difficile à mettre en place, et érige un mur entre le monde développé et le monde en développement.

Les Etats cherchent également à concevoir un nouveau cadre, car les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), établis en 2000, sont arrivés à expiration. Bertrand Badré de la Banque mondiale, a déclaré que l’objectif mondial devrait être d’éradiquer la pauvreté d’ici 2030.

Pour se montrer à la hauteur de cet engagement, des millions d’emplois doivent être créés, particulièrement au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie du Sud, où les taux de natalité sont les plus hauts.

«Nous devons créer 600 millions d’emplois entre aujourd’hui et 2030. Vous pensez réellement que nous allons créer 600 millions d’emplois? La réponse est évidemment non,» a souligné Bertrand Badré, ajoutant: «Nous devons éviter de céder à la tentation de ne pas prendre ce chemin.»

C’est pourquoi Paul Polman a déclaré qu’un nouveau modèle de croissance plus exhaustif devait constituer la priorité – chose que le public, composé de chefs d’entreprise internationaux et d’étudiants, a encouragé de tout cœur par des applaudissements enthousiastes.

Espérons que les décideurs des gouvernements sauront se rallier à cette même cause cette année.

John Defterios (photo) CNN International
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