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Cyrille Nkontchou, le marathonien de la finance africaine

Cyrille Nkontchou, le marathonien de la finance africaine

Dix ans déjà qu’il a tout plaqué pour revenir en Afrique. Cyrille Nkontchou, camerounais de 43 ans, multiplie depuis les initiatives pour dynamiser les marchés financiers africains, dont, selon lui, on sous estime le potentiel.

Dix ans déjà qu’il a tout plaqué. Un boulot bien payé dans la finance chez Andersen Consulting puis chez Merryl Lynch, comme analyste, une vie confortable à Londres, pour retourner sur le continent de son enfance, l’Afrique. Son cheval de bataille : dynamiser les marchés financiers africains. Il s’y attelle méthodiquement.

Avec ses petites lunettes et son perpétuel costume impeccable, Cyrille Nkontchou n’a pourtant rien d’une tête brûlée. Ce Camerounais de 43 ans, fils de diplomates installés en France où il a été élevé et fait Science Po Paris, avant de décrocher un MBA Harvard, ressentait le besoin de ” revenir à ses racines “. Là où il a vécu son enfance.

Cyrille Nkontchou en 5 dates

29 août 1967 Naissance à Yaoundé (Cameroun)

1981S’installe avec ses parents à Paris

1997Décocroche un MBA à Harvard

2000Crée Liquid Africa

2009Lance le fonds Enko Africa Opportunity

Il a longuement hésité, tenté qu’il était de se consacrer à l’Afrique depuis l’Europe…, mais l’avènement de la démocratie en Afrique du Sud, et le boum internet ont chamboulé ses plans. Il a alors ” déjà le sentiment qu’il y a des opportunités à saisir en Afrique “. En 2000, il fait ses valises, destination Johannesburg, où il crée Liquid Africa, une plate-forme d’informations financières. Le retour sur terre est brutal. ” Peu de gens était prêt à payer pour de l’information “, sourit aujourd’hui Cyrille Nkontchou, qui vit dans la banlieue de Johannesburg, à Sandtown. Pas de quoi freiner ce grand gaillard qui prépare le marathon de Soweto, en mai, à raison de 20 kilomètres par semaine, déterminé cette fois à ne pas abandonner comme l’année dernière au kilomètre vingt-et-un.

” Plutôt que de chercher à vendre l’information financière, on s’est dit qu’on allait l’utiliser “, explique-t-il. Du coup, il lance une activité de banques d’affaires et joue les intermédiaires entre les entreprises et avec les fonds d’investissements. A partir de 2007, il franchit une nouvelle étape et investit ses propres fonds, dans des sociétés africaines. Logique et méthodique, ce père de deux enfants, qui après avoir brassé de l’information, joué les passe-plats et risqué son argent, gère celui des autres depuis septembre dernier.

Avec son frère, il a crée une nouvelle structure, Enko Capital, basée à Londres, et lancé le Enko African Opportunity Fund, qui investit dans des sociétés africaines cotées. Cinq millions de dollars, levés auprès de particuliers, ont été investi dans une dizaine d’entreprises africaines. ” Sur les deux derniers mois de 2009, le fonds a fait + 10 % et depuis le début de l’année, il est à + 12 % “, affirme-t-il, regrettant que ” le potentiel des marchés financiers africains soit sous-estimé “. Il reconnaît toutefois qu’il y a ” peu de titres à vendre. A la bourse de Douala, il n’y a que trois sociétés cotées… ” D’où l’idée de son deuxième fonds : le Enko Africa preIPO Fund, premier du genre en Afrique, selon lui. Ce dernier a pour vocation d’investir dans des sociétés non cotées et de les amener sur les marchés dans les quatre à cinq ans qui suivent. Une manière de dynamiser les marchés de capitaux africains afin d’y drainer l’épargne locale, qui a trop tendance à fuir vers les capitales occidentales ” C’est notre cause “, assure celui qui est toujours aussi fier, une décennie après, d’être revenu en Afrique.

Le tour de table auprès d’institutionnels, ayant pris un peu de retard, la période de souscription a été repoussée jusqu’au troisième trimestre 2010. Mais il est confiant. Comme pour le marathon, il compte sur son mental pour l’emmener au bout de la course.

Benjamin Neumann
lexpress.fr

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