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Déflation : le Japon met en garde l’Europe

Déflation : le Japon met en garde l’Europe

Haruhiko Kuroda, le gouverneur de la Banque centrale du Japon, admet sa peine à faire monter les prix.

La planche à billets, cela fait à présent plus de deux ans que Haruhiko Kuroda, le gouverneur de la banque centrale du Japon, la fait tourner dans le but de faire grimper les prix. Mais «après quinze ans de déflation, atteindre notre objectif (d’inflation annuelle) de 2 % est un vrai défi», a reconnu vendredi le banquier central nippon devant la presse étrangère à Tokyo. Depuis la hausse de la TVA de 3 %, il y a près d’un an, qui a freiné la consommation au point de faire reculer le PIB deux trimestres de suite, l’indice des prix est toutefois positif. En janvier, il affichait même 2,4 % sur un an. Un résultat largement dû à la chute du prix du pétrole, car hors alimentation et hors énergie, les prix ont reculé, de 0,2 % sur un an.

Hausse des salaires pour relancer la machine

«Je pense que l’état d’esprit déflationniste n’a pas été complètement éradiqué, nous sommes encore à mi-chemin», a ajouté Haruhiko Kuroda dont la politique d’assouplissement monétaire constitue l’une des «flèches» de la relance économique impulsée par le premier ministre Shinzo Abe depuis la fin 2012 sous le nom d’«Abenomics». En guise d’avertissement amical aux Européens, dont la banque centrale, emmenée par Mario Draghi, vient de lancer sa propre injection massive de liquidités, le fameux «QE» (quantitative easing), Kuroda affirme que «la plus grande leçon à retenir de l’expérience japonaise est qu’il vaut mieux avant tout ne pas tomber en déflation». La déflation se caractérise par une baisse prolongée des prix qui entraîne celle des salaires et freine la croissance. C’est justement ce que la BCE tente d’éviter en lancant, avant que la baisse des prix s’installe, son programme d’achat massif de titres publics.

Je pense que l’état d’esprit déflationniste n’a pas été complètement éradiqué, nous sommes encore à mi-chemin
Haruhiko Kuroda, gouverneur de la banque centrale du Japon

Outre l’injection de liquidités, le premier ministre Shinzo Abe compte sur la hausse des salaires pour relancer la machine économique. Il n’a pas ménagé sa peine, ces deux dernières années, pour convaincre les patrons des grandes entreprises exportatrices d’augmenter leurs employés, alors qu’elles engrangeaient de confortables profits grâce à la baisse du yen et que la Bourse de Tokyo enchaînait les records. Vendredi, l’indice Nikkei a d’ailleurs touché un nouveau sommet inégalé en quinze ans.

Hausse de salaires

Le chef du gouvernement semble avoir cette fois été entendu. Les négociations salariales de printemps, le shunto, battent leur plein. Toyota, le plus grand constructeur automobile national, Honda et Nissan ont accordé des hausses de salaires meilleures que l’an dernier, entre 1 % et 1,4 %. Surtout, la confédération syndicale Rengo fait état d’une hausse moyenne de salaire de 2,4 % dans l’ensemble de l’industrie, selon des résultats encore préliminaires. Soit la plus importante augmentation en dix-sept ans. Plusieurs économistes, dont Marcel Thieliant, de Capital Economics, estiment que ces embellies sur les feuilles de paie ne seront pas suffisantes pour relancer l’inflation. Car la part variable des revenus, une composante importante au Japon, sera moins élevée que l’an dernier. S’agissant de la part fixe, le shunto devrait se solder par une hausse moyenne de 0,6 %, sous le 1 % considéré comme nécessaire par la Banque centrale. Aussi le gouverneur Kuroda n’exclut-il pas de continuer à faire tourner la planche à billets…

Fabrice Nodé-Langlois
lefigaro.fr

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