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Detroit: la renaissance de l’industrie automobile pourrait subir des cahots

Detroit: la renaissance de l’industrie automobile pourrait subir des cahots

Ventes record, marges solides: le coeur de l’industrie automobile américaine bat de nouveau fort, mais le ralentissement du marché chinois et des fantômes du passé pourraient ralentir cette renaissance.

Environ 8,52 millions de véhicules ont été vendus aux États-Unis au premier semestre, soit une hausse de 4,4 % sur un an, selon des données du cabinet Autodata. C’est le meilleur premier semestre depuis 2005, avant la crise financière.

En rythme annualisé et données corrigées des variations saisonnières, 17,16 millions d’automobiles ont été écoulées, un plus haut en dix ans.

Les cortèges de suppressions d’emplois et les faillites en 2009 de General Motors (GM) et de l’ex-Chrysler, rebaptisé Fiat Chrysler Automobiles (FCA) depuis son rachat par l’italien Fiat, ainsi que les difficultés financières de Ford sont désormais de lointains souvenirs.

L’économie américaine va mieux: le marché du travail et la confiance des ménages s’améliorent. Des prix de l’essence et des taux d’intérêt bas – le taux d’un crédit auto a baissé à 3 % en moyenne début juillet selon Bankrate.com – sont autant de facteurs dopant ces ventes dans un pays où la voiture est reine.

Chez les concessionnaires, les «grosses voitures» ont la cote: VUS, camionnettes et multisegments. Leurs importantes marges sont consolidées par une baisse des prix des matières premières (aluminium, cuivre, acier), qui représentent souvent près de la moitié des coûts de production d’une voiture.

Depuis janvier, GM a amélioré ses ventes avec une forte demande pour les grosses camionnettes Chevrolet Colorado et Silverado. Ford résiste aux tribulations liées à la production de son légendaire F-150 grâce aux VUS Edge et Explorer, tandis que Fiat Chrysler a repris des couleurs, requinqué par son joyau Jeep et les camionnettes RAM.

Malgré les promotions, le prix moyen d’un véhicule neuf a augmenté en juin de 2,5 % sur un an à 33 340 dollars, selon le cabinet Kelley Blue Book.

Mais la route reste semée de cahots comme le ralentissement économique en Chine, premier marché automobile mondial, et des millions de rappels de véhicules pour des défauts ou en liaison avec les airbags défectueux de l’équipementier Takata.

«Ça va être négatif à court terme», estime l’analyste Karl Brauer chez Kelley Blue Book.

GM et Ford ont beaucoup investi en Chine, en y introduisant leurs marques premium Cadillac et Lincoln respectivement.

Ce marché est désormais en surcapacités, selon M. Brauer, forçant les grands constructeurs automobiles à se livrer une guerre des prix dommageable pour leurs marges. À ceci s’ajoute le dollar fort qui pénalise les groupes américains face aux rivaux nippons et allemands.

En 2014, les ventes de Cadillac avaient flambé de 47 % en Chine. Depuis le début de l’année, elles n’ont augmenté que de 14 %.

Morosité à Wall Street

Le «Big Three» doit également faire face à une image écornée par la multiplication des rappels de véhicules, alimentée par une sévérité accrue de l’agence américaine de la sécurité routière, la NHTSA, qui veut un code de «bonnes pratiques».

Fiat Chrysler, qui est dans la ligne de mire, pourrait en payer le prix fort. Le régulateur lui reproche d’avoir traîné les pieds par le passé pour faire revenir ou réparer des véhicules défectueux.

Outre le coût des réparations, le groupe dirigé par l’Italo-Canadien Sergio Marchionne pourrait écoper d’une grosse pénalité financière.

GM n’en a toujours pas fini avec l’affaire du commutateur d’allumage défectueux mis en cause dans un grand nombre d’accidents mortels (121 morts). Le groupe risque des poursuites au pénal du département de la Justice (DoJ) et ne pourrait y échapper qu’en s’acquittant d’une grosse amende, selon des sources proches du dossier. GM ne peut faire d’estimations pour l’instant, indique à l’AFP James Cain, un porte-parole.

Toyota a dû payer 1,2 milliard de dollars en 2014 pour clore une enquête des autorités américaines sur un problème d’accélérateur.

À défaut de plomber les ventes, les rappels ont conduit le «Big Three» à déployer de nombreuses ressources (argent et personnes) pour gérer de nouvelles procédures de sécurité exigées par les régulateurs.

Les investisseurs, eux, s’en tiennent éloignés: le titre GM est en baisse de 12 % depuis janvier à Wall Street, tandis que l’action Ford est en recul de 8 %, alors que le marché est stable.

Luc OLINGA
AFP/lapresse.ca

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