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Dette des entreprises : forte croissance de la composante extérieure

Dette des entreprises : forte croissance de la composante extérieure

Le stock de la dette des entreprises non financière représente 71% du PIB. Baisse de la dette des entreprises privées et hausse de la dette des entités publiques. L’endettement bancaire, principale source de financement, recule, tandis que l’obligataire monte.

Les entreprises (non financières s’entend) sont-elles trop, moyennement ou peu endettées ?

Et d’abord, comment apprécier leur niveau d’endettement ? Dans son rapport sur la stabilité financière publié fin juillet 2016, Bank Al-Maghrib (BAM) a abordé ce sujet, mais, probablement pour des raisons de disponibilité des données ou de comparabilité internationale, s’est contenté de rapporter la dette des entreprises non financière (ENF) au PIB. En outre, la dette dont il est ici question est financière, soit le gros de l’endettement des entreprises. La dette commerciale, elle, n’a été abordée que pour un échantillon d’entreprises.

Selon le document de BAM, la dette financière des ENF s’est établie à 696 milliards de DH en 2015, soit 71% du PIB. Cet encours est en augmentation de 2,8% par rapport à 2014. Toutefois, ce rythme de croissance de l’endettement est en fort ralentissement comparé à son niveau de 2014 (+6,1%). Une telle évolution ne surprend pas quand on sait que le crédit bancaire, de manière générale, s’est beaucoup contracté ces dernières années. Il en a résulté que la dette des entreprises privées a baissé de 2% en 2015, tandis que celle des entreprises publiques, tout en poursuivant une croissance vigoureuse, notamment à l’international, a accusé un ralentissement dans sa progression.

La dette de marché recule de 10,6%

Dans le détail, BAM explique que la dette financière des ENF privées, suite à une baisse de 2,4% de leur dette bancaire (laquelle représente 89% de leur dette financière totale) retombe à 48% du PIB, soit 471,5 milliards de DH, contre 52% en 2014. Leur dette de marché (11% du total de la dette financière privée) a quant à elle reculé de 10,6%.

Quand une entreprise ne s’endette pas, deux explications sont possibles : ou bien sa situation financière est tellement dégradée qu’elle devient inéligible au crédit bancaire, ou alors elle se trouve dans l’expectative en raison d’une conjoncture qui n’incite pas à l’investissement. Tout indique que les ENF privées, ces dernières années, se trouvaient dans l’une et l’autre de ces situations.

Ce n’est pas le cas pour les ENF publiques. Leur endettement financier continue de croître à un rythme vigoureux, même s’il a accusé un ralentissement en 2015, à 14,5% de hausse. Ces entités cumulent une dette financière de 227 milliards de DH, soit 23% du PIB. La croissance de l’endettement des ENF publiques est soutenue principalement par sa composante extérieure. Celle-ci a progressé de 17% en 2015, à près de 160 milliards de DH. Ce bond significatif de l’endettement extérieur est évidemment en lien avec les énormes investissements opérés par ces entités, notamment MASEN, l’OCP et l’ONCF. Et cet “appétit” pour l’endettement, si l’on peut dire, a aussi concerné la dette du marché et la dette bancaire qui ont augmenté respectivement de 11% et 8%. Et cependant, il y a peut-être lieu de relativiser un peu ces niveaux de hausse de l’endettement des ENF publiques, sachant que le stock de leur dette financière représente moins du tiers (32,6%) de celle de l’ensemble des ENF.

Malgré tout, les ENF, indépendamment de leur statut public ou privé, s’endettent pour près de deux tiers auprès des établissements bancaires, soit 453 milliards de DH. Ce montant est en baisse de 1,6% par rapport à 2014. Idem pour la dette obligataire qui s’est repliée de 1,8% en 2015, représentant 9% du stock de la dette financière des ENF.

Toutefois, l’étude réalisée par BAM sur un échantillon de 1 684 ENF totalisant une dette financière de 198 milliards de DH et où les PME représentent 63%, les TPE 32% et les GE (grandes entreprises) 5%, montre que l’endettement de long terme des entreprises de l’échantillon a progressé pour atteindre 39% de leurs capitaux permanents au lieu de 36% un an auparavant. Cette hausse, précise BAM, est le fait principalement des entreprises opérant dans les industries extractives, et, à un degré moindre, de celles relevant de la promotion immobilière et du BTP. Bien que la dette bancaire reste la principale source de financement des entreprises de l’échantillon (quoique en recul à 72% au lieu de 76% en 2013 et 77% en 2010), on constate que l’endettement obligataire à ce niveau est sur une tendance haussière : 28% en 2014, contre 24% en 2013 et 23% en 2010. Mais dans la mesure où les entreprises de cet échantillon ont été choisies sur le seul critère de la disponibilité des données pour la période étudiée (2010-2014), on peut se poser la question de leur représentativité. Autrement dit, la montée tendancielle de la dette obligataire et la baisse concomitante de la dette bancaire observée dans cet échantillon reflètent-elles une évolution générale de l’endettement des ENF ? Une chose paraît à peu près sûre, le financement désintermédié n’est pas pour demain…

lavieeco

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