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Deutsche Bank : « Nous allons redevenir la première banque d’investissement en Europe »

Deutsche Bank : « Nous allons redevenir la première banque d’investissement en Europe »

Alasdair Warren, co-responsable de la banque d’investissement de Deutsche Bank en Europe, au Moyen Orient et en Afrique, explique aux Echos comment la première banque allemande compte reprendre des parts de marché sur ses grands concurrents américains.

 

Deutsche Bank veut tourner la page de six mois de crise de confiance et reprendre position face à ses grands rivaux américains. Le premier groupe allemand a enregistré un début d’année plutôt satisfaisant avec un bénéfice net en hausse de 143 % sur un an . Sa banque d’investissement, première source de revenus et foyer de 14,8 milliards d’euros de litiges depuis 2012, a fait l’objet d’une restructuration en profondeur, et se trouve désormais dégagée de 20 milliards d’euros d’actifs douteux. John Cryan, le patron de Deutsche Bank s’est félicité d’une hausse de 40 % du volume de dette et de capital levés pour ses grands clients comme Novartis, Nokia, BMW au premier trimestre, et d’une progression de 17 % des montants de transactions conseillés en fusions-acquisitions. Cependant les investisseurs restent déçus par ses performances en trading actions et obligataires face à ses concurrents nord-américains.

Dans une interview aux Echos, Alasdair Warren, le co-responsable de la banque de financement et d’investissement (BFI) en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique de Deutsche Bank explique comment son groupe compte maintenant reconquérir des parts de marché. Le Brexit , estime le banquier britannique et ancien patron de la banque d’investissement de Goldman Sachs en Grande-Bretagne, offre une opportunité pour les banques européennes face à la suprématie des banques américaines.

Comment le Brexit va-t- il redessiner le paysage de la banque d’investissement en Europe ?

C’est un sujet complexe dont la résolution nécessitera du temps. Les négociations de fond entre Theresa May et les Européens ne pourront pas véritablement s’amorcer avant que la France et l’Allemagne n’aient élu leurs dirigeants. Cela étant, le Brexit pourrait présenter une opportunité pour les banques européennes. Des règles du jeu plus équitables avec les groupes bancaires américains s’imposeront. Ces derniers, qui recourent au passeport pour intervenir en Europe, devront être plus capitalisés, établir des holdings locales et se plier à de nouvelles contraintes réglementaires sous la supervision de la BCE. A contrario, les banques européennes sont, elles, dans une situation relativement confortable. Grâce à notre présence forte des deux côtés de la Manche, nous sommes mieux protégés que de nombreuses autres banques.

Londres va-t- il perdre son statut de centre financier européen au profit de Francfort, donné favori, Paris ou Dublin ?

Londres, il y a trente ans, ne comptait que quelques petites banques d’affaires et des courtiers. A l’époque, personne n’aurait imaginé qu’elle deviendrait le centre de la finance européenne et mondiale. Pour les places du continent européen, une chance similaire semble se présenter. Mais aucune ne dispose du même écosystème, en particulier en matière de réglementation du travail et d’infrastructure d’accueil. Je ne m’attends pas à des transferts massifs à court terme, car nous ne connaîtrons pas les nouvelles règles avant un moment et quoiqu’il en soit, cela nécessitera une période de transition étendue.

Deutsche Bank vient de traverser des mois difficiles après son litige aux Etats-Unis. Prétendez-vous toujours devenir l’équivalent de JP Morgan en Europe?

Aujourd’hui, environ les deux tiers de nos activités de corporate finance sont centrés sur le financement des activités d’entreprises, telles que les taux, les financements structurés, les marchés des changes, dettes. Nous sommes déjà leader dans ces domaines. Certes, nous avons perdu des parts de marché en fusions-acquisitions et sur les marchés actions. Ce sont des activités où les relations stratégiques de long terme et la confiance sont aussi importantes que la seule capacité d’exécution et les événements de l’année écoulée ont affecté notre réputation. Mais nous avons depuis renforcé nos relations avec nos grands clients corporates et tout ceci est maintenant derrière nous. Je suis convaincu que nous allons redevenir la première banque d’investissement en Europe.

Vous venez d’annoncer un nouveau plan stratégique. Quelle est sa visée ?

Nous voulons être plus efficaces, plus recentrés et plus agiles. Réunir nos activités de marché, de corporate finance et la banque transactionnelle nous permettra d’accroître nos synergies de revenus. Par ailleurs, nous nous recentrons sur nos principaux clients entreprises. Nous en avons 4.000 en Europe, dont 1.200 génèrent la plus grosse part de nos revenus. Seul un tiers néanmoins, travaille avec nos trois principales lignes de métiers. Si nous parvenons à augmenter cette proportion, nous pourrons à la fois mieux les servir et accroître de manière significative notre rentabilité et nos revenus.

Vous prévoyez 700 millions d’euros de réductions de coûts d’ici un an. Où vont-elles être menées ?

Au sein des banques, la complexité engendre des coûts. En simplifiant nos activités et en améliorant notre efficacité, nous réduirons nos coûts. Cela se fera principalement au niveau de l’infrastructure qui soutient nos activités commerciales.

La France peut-elle être affectée ?

Nos trois pays coeur en Europe sont l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France. Ces trois pays représentent environ 60% des revenus en corporate finance dans la zone EMEA. Nous allons continuer à y investir et nous efforcer d’augmenter nos parts de marché. Le marché français est très concurrentiel, car les banques domestiques captent 40% de part de marché, beaucoup plus que dans les autres pays d’Europe. Cependant, il est aussi très profond. Les perspectives de M&A stratégique et transfrontière, d’activités de financement, de cash management et de trade finance avec les grands groupes français sont positives. Nous allons donc concentrer nos forces en France et procéder à un certain nombre de recrutements.

Vous avez cependant annoncé une réduction de 80% des bonus. Ne risquez-vous pas de manquer votre objectif en laissant partir vos talents ?

Nous sommes dans une année de transition. Ces réductions concernent des postes essentiellement seniors, et la vaste majorité de nos employés ne sont pas concernés. Les bonus sont il est vrai, un facteur important de rétention de nos talents. Mais souvent il ne s’agit pas du facteur principal d’un départ. Nos banquiers seniors sont restés car ils apprécient notre institution, ils sont bien respectés et Deutsche Bank offre des opportunités d’évolution et de promotion attractives. Pour autant, ces efforts que nous imposons doivent être momentanés. Dès cette année, nous allons rétablir des bonus compétitifs, pour ne pas démotiver nos équipes.

Créer un véritable champion européen en fusionnant avec un concurrent peut-il faire sens ?

Le marché européen est très disputé entre de multiples acteurs, alors qu’il est concentré dans les mains de quelques banques d’investissement aux Etats-Unis. Participer à la consolidation européenne peut, dans une certaine mesure, faire sens. Mais dans quelques années, pas aujourd’hui.

ANNE DRIF
lesechos

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