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Deutsche Bank et Lehman Brothers : même causes, mêmes effets ?

Deutsche Bank et Lehman Brothers : même causes, mêmes effets ?

La tourmente que traverse actuellement la Deutsche Bank pourrait-elle provoquer une tempête financière internationale comparable à la crise qui a suivi la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, en septembre 2008 ?
Certains observateurs font le parallèle, en redoutant des conséquences plus graves encore, dans la mesure où les États n’ont plus forcément les moyens de secourir le secteur financier. Explications.

. Les établissements Deutsche Bank et Lehman Brothers sont-ils comparables ?

Deutsche Bank est une des plus grosses banques européennes, mais aussi à l’échelle mondiale, par la taille de son bilan, qui pèse « 1 600 milliards d’euros, soit 80 % du PIB allemand », souligne Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste à l’Université Paris 1. La banque allemande est présente dans toutes les activités : banque de financement et d’investissement, banque de détail, émission de dette et introductions en Bourse… En outre, elle est présente dans de très nombreux pays.

Le FMI a d’ailleurs classé en juin 2016 la Deutsche Bank parmi les établissements bancaires jugés systémiques. Autrement dit, ceux dont la faillite pourrait entraîner le secteur financier dans sa chute.

Les activités de Lehman Brothers étaient plus circonscrites. Il s’agissait d’une banque d’investissement qui n’entretenait aucun lien avec les particuliers, et dont le volume d’affaires était par conséquent plus limité.

Le contexte a-t-il changé entre la crise de 2008 et 2016 ?

Qu’y a-t-il de commun entre 2008 et 2016 ? Les experts n’apportent pas la même réponse. Pour certains, le système financier international a été assaini et davantage réglementé dans la foulée de la crise financière de 2007-2008, provoquée par la faillite de Lehman Brothers. Il serait donc aujourd’hui plus résilient en cas de difficultés. De ce fait, la Deutsche Bank est aujourd’hui assise sur une réserve de trésorerie de 200 milliards d’euros qui doit lui permettre d’affronter les difficultés, sans oublier le plan de restructuration dans lequel elle s’est engagée depuis plusieurs mois afin de redresser ses comptes.

Pour d’autres au contraire, des fragilités demeurent, en particulier dans le système financier européen. « Les réformes menées en Europe sont allées dans le bon sens mais pas assez loin », constate Jézabel Couppey-Soubeyran. La capacité de résistance du système financier à un nouveau choc paraît donc amoindrie, estime cette chercheuse. Et les finances des États européens ne sont pas assez solides pour voler une nouvelle fois au secours des banques.

3. Qui peut sauver la Deutsche Bank ?

« Trop grosse pour faire faillite » (too big to fail), la Deutsche Bank ? Certes, Angela Merkel refuse publiquement d’envisager que son gouvernement sauve la Deutsche Bank. Elle a promis à ses concitoyens que plus jamais un euro public irait aider des intérêts privés. Difficile de revenir en arrière, à un an des élections générales allemandes. En outre, l’Allemagne s’est montrée très offensive pour imprimer ce point de vue dans les règles européennes, et ferraille toujours pour empêcher le gouvernement italien d’apporter son aide à ses banques nationales en difficultés.

Il n’empêche. L’épisode Lehman Brothers a montré que ne pas intervenir comportait des risques plus grands encore que de laisser faire les marchés. Angela Merkel le sait, même si elle temporise au maximum et continue à démentir toute rumeur de plan de sauvetage public en préparation. La révélation par l’AFP, vendredi 30 septembre au soir, que le montant de l’amende infligée à la DB passerait finalement de 14 à 5 milliards de dollars, a permis d’apaiser les tensions. Et de gagner du temps.

Marie Dancer / la-croix.com

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