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Deutsche Bank limite les dégâts mais n’en a pas fini des litiges

Deutsche Bank limite les dégâts mais n’en a pas fini des litiges

L’amende de 7,2 milliards de dollars à payer outre-Atlantique dans l’affaire des crédits « subprime » éloigne le spectre d’un renflouement en capital ou d’un sauvetage public. La banque dispose d’un matelas de 4 milliards pour les autres affaires en suspens.

Deutsche Bank a limité la casse financière au vu de l’accord passé avec la justice américaine dans l’affaire des crédits hypothécaires ou « subprime ». Alors qu’il était question qu’elle coûte 14 milliards de dollars, celle-ci aurait eu de quoi faire vaciller la première banque allemande , de nombreux foyers judiciaires – mais de moindre ampleur – restant à éteindre. Si elle est confirmée, l’amende de 7,2 milliards de dollars (6,9 milliards d’euros) à payer outre-Atlantique éloigne le spectre d’un renflouement en capital ou d’un sauvetage public, selon plusieurs analystes.

Dans le détail, Deutsche Bank, va verser 3,1 milliards de dollars (2,97 milliards d’euros) à la justice américaine. S’ajoutent 4,1 milliards de dollars (3,9 milliards d’euros) de mesures destinées aux clients telles que la révision des conditions de prêts déjà accordés. Cette dépense supplémentaire sera étalée sur au moins cinq années à compter de 2017. Par conséquent elle « n’aura pas d’influence substantielle » sur ses comptes de 2016, conclut la banque. Celle-ci a par ailleurs indiqué dans une note interne citée par l’agence Bloomberg que cet accord n’allait affecter ni sa notation financière ni son habilité à poursuivre les affaires aux Etats-Unis, et qu’elle serait toujours en mesure d’honorer ses échéances en termes de dettes.

La banque sera encore en perte en 2016

Sur l’exercice écoulé, la banque va toutefois afficher une perte après impôt, la seconde d’affilée après le trou de 6,8 milliards d’euros laissé en 2015 . Ses comptes du dernier trimestre vont en effet être grevés de 1,17 milliards de dollars (1,12 milliards d’euros) car elle n’a pas assez provisionné le risque judiciaire dans ses comptes. C’est sans compter 800 millions d’euros de pertes liées à la vente de Abbey Life.

Depuis 2012, les multiples affaires judiciaires ont pesé sur les comptes de Deutsche Bank à hauteur de 13,2 milliards d’euros, dont un bloc de 5,9 milliards d’euros représentant les provisions pour risques. Le présent accord n’ayant été provisionné qu’à hauteur de 2 milliards, la facture grimpe ainsi à 18,1 milliards d’euros. Pour mémoire, la banque aura levé près de 20 milliards d’euros en Bourse depuis 2010…

Le matelas de provisions suffira-t-il pour l’avenir ?

Mais ce n’est pas fini. Après les crédits hypothécaires américains, l’affaire russe, où la banque est accusée d’avoir aidé à blanchir une somme estimé à 10 milliards de dollars via le négoce d’actions, peut encore lui valoir de lourdes sanctions. La banque allemande est encore visée par des poursuites entamées par des régulateurs ou autorités pénales sur des soupçons de manipulations de devises ou de taux de référence entre banques. Sur ce dossier, Deutsche Bank a déjà payé de lourdes amendes civiles en 2013 et 2015, mais il subsiste un volet pénal de l’affaire qui occupe les justices américaine et de divers pays européens. S’ajoutent des accusations de viol d’embargo américain ou de corruption liée à l’embauche de collaborateurs en Chine… Deutsche Bank fait enfin l’objet d’une kyrielle de plaintes civiles dans le monde, souvent menées de concert par des investisseurs floués par ses conseils.

Reste à savoir si le matelas de provisions pour litiges qu’elle a mis de côté pour ces différentes affaires, soit 4 milliards d’euros, sera suffisant.

Jean-Philippe Lacour
lesechos

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