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Deutsche Bank va (nettement) mieux

Deutsche Bank va (nettement) mieux

La banque allemande est dans le vert au premier trimestre, avec un bénéfice en hausse de 143%, reflétant la baisse des litiges et le rebond des transactions sur les marchés de taux et de devises. Fraîchement recapitalisée à hauteur de 8 milliards d’euros, Deutsche Bank veut repartir vers “une croissance prudente” après les excès de la crise financière et renforcer ses contrôles.

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« Nous pouvons regarder le reste de l’année 2017 avec un bon degré d’optimisme », écrit le directeur général John Cryan, dans une lettre aux salariés de Deutsche Bank. La première banque allemande a démarré l’année en bien meilleure posture que l’an passé : ses résultats du premier trimestre sont bénéficiaires, de 575 millions d’euros, en hausse de 143% par rapport à un trimestre 2016 plombé par les provisions pour litiges hérités de la crise financière. Et Deutsche Bank vient de réussir début avril une vaste augmentation de capital de 8 milliards d’euros qui lui permet d’envisager l’avenir plus sereinement.

« Nous pouvons désormais dissiper tous les doutes sur notre situation de fonds propres », ajoute John Cryan.

En décembre dernier, Deutsche Bank a accepté de payer une amende de 7,2 milliards de dollars aux autorités américaines, qui la menaçaient en septembre d’une sanction de 14 milliards pour son rôle dans la crise des subprimes : elle était accusée d’avoir vendu des crédits immobiliers toxiques en toute connaissance de cause.

Le cours de Deutsche Bank avait plongé à un plus bas historique à l’automne sous les 10 euros, les investisseurs craignant une faillite et une contagion au système financier allemand voire mondial, tandis que circulaient des rumeurs de plan de sauvetage par l’Etat allemand. La confiance est revenue, « les clients reviennent, on le voit dans tous les domaines » : les flux d’encours sont positifs dans la gestion d’actifs et de fortune par exemple.

« Restructuration disciplinée »

Fraîchement recapitalisée, Deutsche Bank « peut enfin se concentrer sur sa restructuration disciplinée » et se préparer à « une croissance prudente » explique le dirigeant britannique arrivé aux commandes en juillet 2015 en « nettoyeur » des excès de la crise financière. Après l’énorme perte de 7 milliards d’euros en 2015, la banque allemande a encore accusé un résultat déficitaire de 1,4 milliard l’an dernier.

Dans les activités de marchés, Deutsche Bank a abandonné les produits titrisés et réduit la voilure : elle est sortie de 18 des 20 pays où elle était présente. La banque allemande a aussi gardé la confiance de grandes entreprises européennes comme BMW, Nokia, Novartis, Roche et Siemens pour le placement d’obligations corporate. Ses activités sur les marchés de taux, de matières premières et de change, sa première source de revenus, ont rebondi de 11% au premier trimestre. C’est cependant moins bien que les grandes banques américaines. Dans ce domaine du « fixed income », Deutsche Bank a perdu trois places au classement mondial en trois ans, tombant à la sixième, selon les données du cabinet spécialisé Coalition. En revanche, elle se maintient sur les marchés actions :

« Au niveau mondial, nous sommes n°2 des IPO ([es introductions en Bourse, ndlr] tandis qu’aux Etats-Unis nous sommes n°1 », souligne le patron de Deutsche Bank, qui se félicite aussi des gains de parts de marché dans le conseil en fusions et acquisitions.

Renforcement des contrôles et digitalisation

John Cryan est cependant conscient qu’il reste du chemin à parcourir.

« Nous devons encore travailler pour se mettre au niveau des attentes des régulateurs et les nôtres en matière de gestion du risque et d’environnement de contrôle. Nous devons renforcer nos systèmes et nos processus plus encore afin de détecter et empêcher les infractions financières », insiste-t-il.

Début avril, la Réserve fédérale américaine lui a infligé une amende de 156 millions de dollars pour violation des règles encadrant le marché des changes et non-respect de la “règle Volcker” qui interdit aux banques le trading pour compte propre.

Dans la banque de détail aussi, où l’environnement de taux ultra-bas lui « rend la vie difficile », (particulièrement chez sa filiale Postbank qu’il a renoncé à vendre ou introduire en Bourse), Deutsche Bank poursuit sa réorganisation. Elle a fermé 130 agences en Allemagne et 58 autres suivront avant la fin juin. Huit « centres de conseil » ont ouvert avec des horaires élargis soir et week-end. Le conseil par visioconférence a été mis en place dans plus de 500 agences. La banque veut en effet poursuivre ses investissements de transformation numérique.

« Nous sommes la première banque à permettre à nos clients de payer sans contact avec leur smartphone. Nos clients de banque privée peuvent ouvrir un compte en ligne en seulement sept minutes », détaille John Cryan.

La banque allemande a ouvert son quatrième « Innovation Lab », à New York. Ses centres de R&D ont développé un logiciel d’évaluation des risques clients pour le crédit. Elle a également lancé un nouveau robot-conseiller, Wise, chez sa filiale de gestion d’actifs, Deutsche Bank Asset Management, dont il a toujours prévu d’introduire en Bourse une partie du capital.

A Francfort, l’action baisse de 2,6%, subissant des prises de bénéfices après la hausse des derniers jours dans des marchés euphoriques pour les valeurs bancaires après le premier tour de l’élection présidentielle française. Depuis son plus bas de septembre, Deutsche Bank a rebondi de 83%.

Delphine Cuny
latribune

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