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Deux ans de récession pour le Brésil

Deux ans de récession pour le Brésil

Le PIB brésilien a reculé de 0,8% par rapport au trimestre précédent. Tous les indicateurs sont dans le rouge malgré les réformes engagées par le gouvernement de Michel Temer.

Plongé dans la pire récession depuis plus d’un siècle, le Brésil n’entrevoit toujours pas le bout du tunnel. Si les résultats sont un peu moins négatifs qu’attendu, le PIB a encore reculé de 0,8% entre juillet et septembre par rapport au deuxième trimestre, et de 2,9% en glissement annuel. Il s’agit du septième repli consécutif. Après une baisse du PIB de 3,8% en 2015, l’ancienne locomotive du continent sud-américain devrait encore, selon les dernières enquêtes, accuser un recul de 3,5% cette année. Et les économistes se montrent très prudents pour 2017, espérant au mieux un rebond de 1%.

De quoi doucher les espoirs du président de transition Michel Temer qui tablait, grâce aux réformes engagées, sur un regain de confiance des ménages et des entreprises. Tous les indicateurs sont dans le rouge: consommation, investissement, production industrielle. La spirale négative touche l’ensemble de l’économie, agriculture, services… Les exportations ne sauvent pas plus la mise, accusant un repli de 2,8% contre une baisse de 3,1% des importations.

Crise politique et institutionnelle

«On ne voit pas de rebond à court terme, confirme Jean-Louis Martin, expert des pays émergents du Crédit agricole. D’autant que l’économie brésilienne dépend surtout de son marché interne. La demande des partenaires commerciaux traditionnels, comme l’Argentine et les pays andins, est peu dynamique.» La consommation, qui a dopé la croissance pendant des années alimentée par le crédit, est au point mort depuis des mois, plombée par l’inflation et le chômage à plus de 11%. Nombre de Brésiliens s’inquiètent aussi du tour de vis amorcé par Michel Temer pour redresser les finances publiques.

Le marasme est lié à la profonde crise politique et institutionnelle que traverse le pays, marquée par le scandale historique de Petrobras – le mastodonte public pétrolier – et la destitution de l’ancien président Dilma Rousseff. Si l’arrivée de Michel Temer et le choix de Henrique Meirelles, ancien gouverneur de la banque centrale, au ministère des Finances ont rassuré les milieux d’affaires et les marchés, le gouvernement reste très fragile. En témoignent les démissions de six ministres en six mois, liées à des affaires de corruption. «On risque la sortie de route à tout moment», ponctue Jean-Louis Martin. «C’est le Brésil!, lance un zeste fataliste, Juan-Carlos Rodado de Natixis, le risque politique ne va pas disparaître de sitôt.»

Mesures «pro-business»

Pour autant, l’économiste, spécialiste d’Amérique latine, croit au redressement du pays à moyen terme, saluant les différentes mesures «pro-business» de la nouvelle majorité. Il met en avant le gel des dépenses fédérales qui vient d’être adopté par le Sénat et le volet privatisation dans l’énergie, qui va faciliter les investissements. «Les résultats sont déjà tangibles pour les producteurs d’électricité», illustre l’économiste de Natixis.
Surtout, le gouvernement devrait prochainement s’attaquer à la réforme clé de la sécurité sociale, dont le coût pèse 8% du PIB, en relevant l’âge de départ à la retraite, et en désindexant les pensions de l’inflation. «La nouveauté, insiste Juan-Carlos Rodado, c’est que le gouvernement dispose d’une plus grande marge de manœuvre au Congrès».

Il y a aussi un changement de paradigme de la politique commerciale. «Le Brésil veut rompre avec le modèle précédent très protectionniste» précise l’économiste. Lors d’une récente conférence à New York, Henrique Meirelles a affiché les ambitions de Brasilia de négocier des accords de libre-échange, bilatéraux et multilatéraux, visant à la fois la Grande-Bretagne et l’Union européenne. Une démarche à contre-courant de la vague nationaliste qui ne cesse de monter dans le monde, à l’image de l’élection de Donald Trump aux États-Unis qui n’a cessé pendant la campagne de fustiger le libre-échange.

lefigaro.fr

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