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Diaspora africaine: un potentiel d’investissements qui peine à trouver des fonds

Diaspora africaine: un potentiel d’investissements qui peine à trouver des fonds

La diaspora africaine a envoyé près de 32,5 milliards d’euros de fonds vers l’Afrique en 2016, d’après la Banque mondiale. C’est dix fois le montant de l’aide internationale au développement. La diaspora représente donc aujourd’hui un investisseur incontournable pour l’Afrique. En France, beaucoup de ses membres essaient de créer des entreprises qui ont des intérêts sur les deux continents, mais il leur est difficile de trouver des financements. Alors c’est tout un système de débrouille qui se développe.

Dans un grand espace d’expo-vente, près de la place de la Bastille à Paris, Khadi Sy organise son stand avec méticulosité. Sur une table devant elle, des objets d’artisanat, décorations, bijoux… Khadi a créé, il y a plus d’un an, son enseigne : Mia dreams. La confection de ses créations se fait au Sénégal.

C’est grâce à un collectif de jeunes femmes entrepreneurs, Fusion’elles, qu’elle a réussie à développer son affaire. Ensemble, ces 18 femmes partagent beaucoup, mais surtout leurs défis financiers. « On organise ensemble des pop-up stores en mutualisant les coûts pour louer des salles et promouvoir nos marques, explique la jeune créatrice. Idem pour des work shops. On loue des salles en commun pour faire des boutiques éphémères. Un magasin coûte 1500 euros la semaine alors on essaie d’être au moins 10 pour partager les frais. Parfois on achète aussi en gros certaines matières premières. Même pour faire un shooting photo on mutualise les coûts. »

Financements participatifs

Un peu plus loin, dans une tunique aux couleurs flamboyantes, Camara Alidiatou expose des tenues en bazin, ce tissu de coton malien. Son entreprise Muslima chic fait travailler plusieurs dizaines de teinturières à Bamako.
Camara reçoit ses clientes chez elle, en région parisienne. Aujourd’hui elle souhaite ouvrir une boutique. Elle refuse de contracter un emprunt avec intérêt. « C’est contraire à ma religion, explique Camara. Aucune banque en France n’offre une solution conforme aux lois de la finance islamique. »
Alors accompagnée par Résonances Nord-Sud, un incubateur d’entreprises installé en France qui travaille aussi sur le continent africain, elle est allée chercher les fonds ailleurs. « J’ai commencé une campagne de crowdfunding car j’ai besoin de 5 000 euros. Je commence par demander le soutien de mes proches. Je suis très suivie sur les réseaux sociaux. C’est comme ça que j’ai démarré mon activité et que j’ai fait mon étude de marché. J’ai déjà plus de 1 000 clientes. Pour le moment je ne vends que sur les réseaux sociaux mais mon site internet est en cours pour le lancement de ma nouvelle marque. »

Offrir du temps

A défaut d’obtenir des financements, les jeunes entrepreneurs peuvent solliciter un accompagnement technique. C’est, en tout cas, l’objet de Jamaa funding. Un site de crowdtiming, une plateforme collaborative, où les gens peuvent offrir de leur temps.
« La plupart des entrepreneurs n’ont pas seulement besoin d’argent, mais aussi d’un accompagnement technique pour la comptabilité par exemple, le digital ou même l’agriculture, explique Alpha Nury son fondateur. Au Cameroun, nous avons soutenu l’entreprise Energy for people qui fait de l’énergie solaire. Ils avaient besoin d’une personne pour les aider à construire leur stratégie et leur plan financier. Nous avons trouvé cette personne. Côté financier, ils avaient lancé un crowdfunding pour obtenir 1 000 euros mais n’en ont levé que 300. Grâce à notre plateforme, ils ont trouvé le reste. Energy for people avait tout pour réussir mais ils étaient isolés. Il leur manquait une communauté forte pour les soutenir. C’est ce que nous leur avons apporté. »

D’après la Banque africaine de développement, 140 millions d’Africains vivent en dehors du continent. Autant d’investisseurs potentiels.

Gaëlle Laleix / rfi.fr

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