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Dix jours pour sauver Alstom Belfort

Dix jours pour sauver Alstom Belfort

Alstom a déclaré le 13 septembre en fin de journée “s’être engagé dans des discussions avec le gouvernement français sur l’avenir de son site de Belfort”. Le gouvernement s’est donné dix jours pour apporter des réponses aux salariés du site.

Une ouverture dans le dossier Alstom-Belfort ? Le constructeur ferroviaire a publié le 13 septembre en fin de journée une déclaration qui peut être interprétée comme un signe d’espoir pour le site de Belfort, dont Alstom avait annoncé le 7 septembre dernier que l’activité d’ingénierie-production serait transférée sur son site alsacien de Reichshoffen d’ici à 2018. “Alstom confirme s’être engagé dans des discussions avec le gouvernement français sur l’avenir de son site de Belfort. Aucune décision ne sera prise avant leurs conclusions.”

Voilà qui ressemble fort à une tentative d’apaisement après le couac de ce 13 septembre au matin et l’envoi d’une lettre d’Henri Poupart-Lafarge aux salariés du groupe. Le PDG d’Alstom y écrivait : “Il apparaît aujourd’hui impossible d’assurer un avenir pérenne pour les activités du site de Belfort” alors que le secrétaire d’Etat aux Transports Alain Vidalies, ce matin même, détaillait les réponses du gouvernement – des commandes à débloquer ou accélérer – au problème de baisse de charge du site du Territoire-de-Belfort.

Place désormais à une phase de discussion avec le gouvernement. Par la voix de son secrétaire d’Etat à l’Industrie, Christophe Sirugue, celui-ci s’est donné “dix jours pour apporter des réponses” aux salariés d’Alstom-Belfort, selon les différents syndicats qui ont rencontré le secrétaire d’Etat à Bercy le 13 dans l’après-midi. Les différents acteurs du système ferroviaire, de la SNCF au Syndicat des transports d’Ile-de-France en passant par la RATP devraient y participer.

12 motrices TGV et 12 locos de maintenance

L’objectif affiché du gouvernement est de donner suffisamment de travail à Belfort pour qu’Alstom y maintienne son activité. Les trois principaux leviers actionnables à court terme sont ceux qu’a énumérés ce matin Alain Vidalies, le secrétaire d’Etat aux Transports. Le premier concerne la commande de six rames de TGV Euroduplex par la SNCF pour la ligne Paris-Turin-Milan. Selon Alstom, les négociations avec la compagnie ferroviaire achoppent depuis des mois sur le surcoût associé à l’adaptation de ces trains aux normes italiennes. “Je m’occupe de ça aujourd’hui”, a déclaré Alain Vidalies. La fabrication des 12 motrices (ou locomotive) de ces 6 TGV pourrait donner quelque six mois d’activité au plus à Belfort selon un observateur du secteur.

Deuxième piste évoquée par le secrétaire d’Etat : la commande de 12 locomotives de manoeuvre – destinées à la maintenance – pour la RATP. L’appel d’offres est en cours et la signature est prévue pour la fin de l’année. A supposer qu’Alstom remporte cet appel d’offres – ce qui serait un petit événement sachant que la dernière commande de la RATP réalisée à Belfort remonte aux années 1980 – il est difficile d’envisager plus de quelques mois d’activité pour Belfort pour exécuter ce contrat. La dernière option du secrétaire d’Etat est la commande de 33 trains Régiolis à Alstom pour les lignes Intercités. Attendue depuis des mois et confirmée par le gouvernement pour avant la fin de l’année, cette commande ne devrait guère profiter à Belfort puisque c’est le site de Reichshoffen, lui-même en manque de commandes, qui conçoit et produit les trains régionaux.

Toujours un trou d’air de 2 à 3 ans pour Belfort

Au final, c’est moins d’une année d’activité pour Belfort qui pourrait au mieux découler des pistes évoquées par le gouvernement. Or à partir de mi-2018, la charge du site belfortain se résume à l’exécution, démarrée en 2010 et courant jusqu’en 2021, d’un contrat portant sur 47 locomotives à destination des chemins de fer suisse. Seule la commande espérée de TGV de nouvelle génération pourrait regarnir les chaînes d’assemblage, mais pas avant 2021-2022. Au mieux, donc, le trou d’air dans l’activité prévue de Belfort pourrait se réduire à 2 ou 3 ans, entre mi 2019 et 2021-2022.

Les autres contrats que fait miroiter le secrétaire d’Etat, notamment un appel d’offres pour de nouveaux trains d’équilibre du territoire (1 milliard d’euros) et un autre pour les RER de nouvelle génération (3,5 milliards d’euros), restent à gagner pour Alstom et ne chargeraient en rien Belfort. A moins que le constructeur réorganise son dispositif industriel français pour intégrer sur le site belfortain des activités normalement dévolues à d’autres sites. Il va falloir être créatif durant ces dix jours pour sauver Belfort.

 

 

 

 

Manuel Moragues / usinenouvelle.com

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