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Donald Trump met Wall Street au pas en 140 caractères

Donald Trump met Wall Street au pas en 140 caractères

Aucun président n’avait jusqu’à ce jour autant utilisé le réseau social Twitter pour communiquer ses messages.
Certains de ses messages sur des sociétés et devises ont déjà provoqué des drames boursiers et de la volatilité.

Le repli de l’euro (mardi à 1,0360 dollar) sous la barre symbolique du dollar sera-t-il commenté par Donald Trump ? Pour l’instant, et depuis son élection, le candidat républicain, pourtant un accro au réseau social, ne s’est pas exprimé sur les marchés ou devises, à l’exception du renminbi, en repli de 0,4 % contre le dollar après ce tweet aux relents de « guerre des changes » (course aux dévaluations compétitives) : « Est-ce que la Chine nous a demandé s’il était acceptable de dévaluer leur monnaie ? » s’est-il interrogé en décembre en faisant allusion à la dévaluation de la devise chinoise à l’été 2015. A cette époque, il s’était plaint sur Twitter : « Nous sommes tellement liés à la Chine et à l’Asie que leurs marchés financiers nous tirent vers le bas. » La dévaluation surprise chinoise avait en effet créé une onde de choc sur les places internationales.

Depuis son élection, Donald Trump s’est abstenu de prononcer certains mots – « Wall Street », « Goldman Sachs », « hedge funds » – dans ses messages sur le réseau Twitter. Ce dernier est pour lui un moyen de s’adresser aux Américains, sans passer par les médias, qu’il déteste, qu’il juge trop partiaux et hostiles. Ses tweets sont moins polémiques qu’avant l’élection et concernent peu la finance ou l’économie. Toutefois, sur les actions de quelques groupes cotés, la parole présidentielle a déjà produit ses effets. Le 11 décembre, il laisse entendre que Rex Tillerson, le directeur général du groupe Exxon, ferait un très bon secrétaire d’Etat, entraînant une hausse de 2,2 % du cours du géant du pétrole. Quand il confirmera son choix deux jours plus tard, l’action aura encore progressé de 1,7 %. De même, le président a félicité, le 6 décembre, le groupe SoftBank, qui s’engage à investir 50 milliards de dollars aux Etats-Unis dans les années à venir et à créer 50.000 emplois. Bilan : le cours de la société a bondi de 12 % en trois séances.

4 milliards de capitalisation évaporés

Donald Trump souffle aussi le froid. Il avait donné le ton le 7 janvier en appelant au boycott de la chaîne de magasins Macy’s, un groupe « très déloyal » qui avait retiré de ses rayons les vêtements de la marque du milliardaire. A cette époque, il était un « outsider » de la présidentielle, mais son tweet fit déjà chuter de 2,8 % l’action de Macy’s. Ses récentes critiques, il les a adressées à deux fleurons de Wall Street, généralement épargnés par les républicains. Il juge ainsi trop élevé le coût du programme F-35, un projet d’avion multirôle conçu par Lockheed Martin, et le titre de ce dernier plonge de 3 %, soit 4 milliards de dollars de capitalisation boursière évaporée. Une semaine plus tôt, c’est le groupe Boeing qui avait subi le courroux boursier de Donald Trump. Le programme de renouvellement de « Air Force One », l’avion présidentiel, est lui aussi jugé trop onéreux. Le cours flanche avant de finir à l’équilibre.

Avant d’être candidat à la présidentielle, Donald Trump n’hésitait pas à faire part de son mécontentement à l’égard de certains groupes. Fin janvier 2014, il posta sur Twitter un message où il déclara qu’il avait vendu toutes ses actions Apple, la société n’ayant pas, selon lui, pris la mesure de la concurrence de Samsung, qui offrait un écran plus grand pour ses téléphones. Cela s’avérera une mauvaise affaire puisque le titre Apple bondit de 63 % en un an.

Guettant les « flash crashs » ou les envolées des titres, les traders et algorithmes s’efforcent de percer les arrière-pensées et autres déclarations du président, qui ne sont pas toujours d’une grande limpidité. Ainsi, dans un discours devant ses sympathisants à Burlington, dans le Vermont, début janvier, il lâcha, mystérieux : « Si l’Iran était une action, vous l’acheteriez, o.k. ? »

Les marchés pourront en tout cas acheter les actions des sociétés cotées bien connectées et introduites auprès de la nouvelle administration, dans l’espoir qu’elles bénéficieront de retombées (des contacts, des contrats…) ou, au contraire, rester à l’écart de celles qui risquent d’être persona non grata à la Maison-Blanche.

Nessim Aït-Kacimi, Les Echos

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