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Dossier: Economie: La Banque Africaine de Développement (BAD)…

Dossier: Economie: La Banque Africaine de Développement (BAD)…

Dossier: Economie: La Banque Africaine de Développement (BAD): 50 ème anniversaire en beauté.

L’affirmation de sa souveraineté est devenue une question existentielle pour l’Afrique. Son crédo : l’indépendance économique passe par un développement autocentré. A quand une BAD 100% africaine ?

La Banque Africaine de Développement (BAD) a aujourd’hui atteint l’âge de raison. Du haut de son demi-siècle, elle peut se prévaloir de faire partie des institutions continentales stables. Et pourtant, sa gestation ne fut pas une sinécure ; tout comme son parcours, tout au long des premières décennies, jalonné de quelques zones de turbulence qui auraient pu mettre son existence en danger.

Acte I : la création
La fin de la décennie 1950 et les premières années d’indépendance furent, pour nos Chefs d’Etat, une période de foisonnement d’idées. Deux grands paradigmes se sont affrontés : d’un côté, les partisans d’une rupture totale avec les colonisateurs et de l’autre, le courant réformiste. D’abord, le premier dit groupe « de Casablanca » dont la figure de proue fut le ghanéen Kwame Nkrumah prônait un panafricanisme plein et entier c’est-à-dire politique, économique voire militaire. L’autre entité dénommée groupe de « Monrovia » revendiquait au préalable une souveraineté nationale, tremplin pour la création d’une communauté de destin. Les organisations et les institutions créées au lendemain de nos indépendances ont été le fruit d’un compromis entre ces deux courants d’idées antagonistes. L’OUA (1963) n’a pas survécu à cet accouchement aux forceps. Tout en changeant de nom, elle en a profité pour modifier son logiciel en 1999.
La Banque Africaine de Développement (BAD), elle, naquît officiellement à Khartoum en août 1963. 27 ministres des Finances ont paraphé son acte de naissance. Après ratification de chaque Etat, l’assemblée constitutive s’est tenue en novembre 1964 à Lagos. « Contribuer au progrès social et au développement économique des pays membres », tels étaient ses objectifs. Mais sa faible capitalisation – environ 350 millions $ – ne lui avait pas permis de réaliser son grand dessein c’est-à-dire un développement endogène de l’Afrique. Les premières années furent laborieuses : installation de son siège à Abidjan, structuration administrative. Seules deux opérations d’envergure en faveur du Kenya et de la Sierra-Leone ont pu être financées en 1967. Les crédits octroyés plafonnait autour de 20 millions $ en 1970. Pourquoi ? Les capitaux étrangers nécessaires au développement économique étaient quasiment corsetés par les accords de coopération bilatéraux. Pour le reste, les ressources financières de la BAD dépendaient essentiellement de la souscription des Etats membres.
En 1968, la Banque Mondiale dirigée par Mc Namara (ex-Secrétaire d’Etat à la Défense américain) ouvrît les vannes du crédit pour mieux arrimer les pays en voie de développement au commerce mondial. A la même époque, la BAD s’orienta curieusement vers des opérations de « prêts d’ajustement structurel et de différentes formes d’assistance technique ». C’était le début de l’engrenage. Le venin de la dette publique s’est répandu dans les veines de l’économie des pays nouvellement indépendants. Ces derniers se sont lourdement endettés pour des investissements en matière d’infrastructures, lesquels étaient orientés le plus souvent au gré des intérêts de l’ancienne puissance coloniale : construction de barrages hydroélectriques, de routes, de terminaux portuaires destinés à l’extraction, l’acheminement et l’exportation des matières premières.

Acte II : l’âge ingrat
Le problème principal des Etats était le suivant : financer des projets de long terme (> à 15 ans) tels que les routes, les hôpitaux et les écoles, lesquels n’obéissaient pas à des critères de rentabilité. Face à cette difficulté, la BAD, avec le concours de 16 souscripteurs non-régionaux, ont alors crée le Fonds Africain de Développement (FAD) en 1972. Un tonneau de Danaïdes qui devait être reconstitué tous les trois ans. Aujourd’hui l’allocation consolidée du FAD n°13 est estimée à environ 10 milliards $ soit 10% du capital de la BAD. Le FAD est un guichet de prêts concessionnels – par opposition aux conditions du marché financier – calculés en fonction de la solvabilité du pays. Plus tard en 1976, une ressource additionnelle – le Fonds Spécial du Nigéria (FSN) – est venue en complément pour les pays africains à faible revenu.
Arriva alors le premier choc pétrolier de 1973 qui a eu un double effet pour les pays en voie de développement : le quadruplement des factures pétrolières ; mais en même temps l’abondance de pétro- dollars. Les banques privées occidentales, excédentaires en dépôts, ont alors ouvert le robinet des prêts à faible taux d’intérêts en direction du tiers-monde. Elles ont également octroyé des crédits d’exportation – une forme insidieuse de dettes – utilisés pour l’achat de leurs marchandises mais avec une majoration au moment du remboursement des intérêts.
Quant à la BAD, même si elle pouvait se ressourcer par le biais des emprunts sur les marchés des capitaux internationaux, elle est devenue, aux yeux des Etats membres, un établissement de crédits comme les autres. Par effet d’aubaine, nos dirigeants ont alors massivement emprunté sans oublier au passage de ponctionner une petite dîme personnelle.
Dès 1977 lors de l’assemblée générale de l’Ile Maurice, les 16 souscripteurs appelés Pays Non-Régionaux (PNR) exigèrent un droit de regard en contrepartie de leur participation financière. Ce qui déboucha sur le débat épique – 1978 à Libreville – pour le maintien d’un actionnariat 100% africain. L’ouverture du capital aux pays hors du continent fut alors actée, pendant que les Pays Membres Régionaux (PMR) font de la résistance. La décision unilatérale de Paul Volcker Directeur de la FED (Banque Centrale des Etats-Unis) a fini par faire plier les pays en développement dont les PMR. Pour des raisons de politique économique interne, celui-ci a en effet décidé de relever les taux d’intérêts du dollar. Du jour au lendemain, les services de la dette (annuités de remboursement) des pays du tiers-monde ont été multipliés par trois.
En 1982, les PMR ratifièrent une augmentation de capital et par la même, l’entrée de 17 actionnaires non-régionaux. Aujourd’hui les 53 PMR détiennent toujours 50,48% du capital, une majorité contrecarrée par le droit de veto des 26 PNR. Malgré les augmentations de capital, la situation de la BAD était devenue catastrophique. Elle était alors au bord de l’asphyxie du fait qu’elle avait prêté à des taux non-concessionnels (condition du marché) à des pays devenus insolvables. L’agence de notation Standard & Poors finît par la sanctionner en lui ôtant son rating de AAA (degré de solvabilité maximale).
Pendant la décennie 1990, à cette difficulté financière se greffait une gestion chaotique de la BAD : une mise en cause du management, l’approbation arbitraire des projets sans contrôle en amont ni en aval. N’oublions pas le népotisme de nos chefs d’Etat – exemple : faire siéger un proche au Conseil d’Administration – qui a fini par exaspérer les PNR. L’arrivée du marocain Omar Kabbaj à sa tête en 1995 a permis d’assainir la situation.

Acte III : l’âge de raison
Aujourd’hui la BAD intervient dans tous les secteurs d’activité pour des projets privés ou publics comme ses sœurs d’Asie, d’Amérique latine ou d’Europe. Elle calque son agenda sur les grandes décisions du système des Nations-Unies : réduction des IPPTE, Objectif Du Millénaire 2015, le développement durable, la bonne gouvernance… Est-elle devenue pour autant une agence de la Banque Mondiale ou du FMI ? Les guichets FAD et FSN sont des sources d’allocation sur lesquels les pays à faible revenu peuvent y accéder à moindre de frais. Par ailleurs la BAD joue pleinement son rôle de soupape de sécurité lors des crises des subprimes de 2008, ou plus récemment en cas d’urgence lors de l’épidémie du virus Ebola. Le bémol ? Il lui est parfois difficile d’outrepasser les directives des cinq PNR (Japon, Etats-Unis, France, Allemagne, Canada) qui disposent du droit de veto. Ces derniers préfèrent souvent arbitrer en faveur de projets profitables pour leurs entreprises au détriment des priorités du continent. Les pays africains, toujours en quête de financement de leurs économies, prennent prétexte des injonctions des PNR pour trouver d’autres sources de financement : les fonds souverains, les « cadeaux » empoisonnés de la Chine, la finance islamique, l’émission d’obligations d’Etat. Pourquoi des pays disposant de ressources suffisantes (Afrique du Sud, Angola) ne veulent-ils pas s’impliquer davantage pour le continent, à l’instar du Nigéria (10,3% de part) ? Ce qui renforcera le pouvoir des PMR au sein de la BAD!

Alex ZAKA
Paru dans le Diasporas-News n°64 de Juin 2015
diasporas-news.com

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