samedi 19 septembre 2020
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Elcia Grandcourt : «Le tourisme africain se remettra de la crise liée au Covid-19»

Elcia Grandcourt : «Le tourisme africain se remettra de la crise liée au Covid-19»
Elcia Grandcourt, directrice du département Afrique de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT). (Crédits : DR)
Les entreprises touristiques figurent en première ligne de la riposte des Etats en soutien au secteur privé à travers le Continent. L’élan du tourisme ainsi court-circuité par la pandémie, notamment en Afrique de l’Ouest, Elcia Grandcourt, directrice du département Afrique de l’Organisation mondiale du Tourisme (OMT), estime qu’au-delà des contre-performances qui feront le bilan d’après-crise, le secteur refera surface. Entretien.

La Tribune Afrique – Le tourisme est l’un des secteurs les plus affectés par le Covid-19. Les entreprises sont à l’arrêt. Quel pourrait être selon vous l’impact de cette pandémie sur le secteur en Afrique ?

Elcia Grandcourt – En tant que secteur principalement de services à la personne, le tourisme est particulièrement vulnérable aux urgences de santé publique qui traversent les frontières, et la pandémie de Covid-19 en cours a un impact significatif sur le tourisme dans le monde entier. L’OMT souligne toutefois qu’étant donné la nature en constante évolution de cette situation, il est trop tôt pour prédire son impact probable sur le nombre et les revenus du tourisme.

Ce dont nous pouvons être sûrs, c’est que, tout comme dans le sillage des crises précédentes, le tourisme se remettra de la crise causée par le Covid-19. De plus, en tant que secteur qui touche tous les segments de la société, le tourisme est idéalement placé pour favoriser une reprise plus large. C’est pour cette raison que l’OMT a demandé que le tourisme soit inclus dans tous les plans de riposte et de relèvement et compte tenu du soutien financier et politique nécessaire pour faire une réelle différence dans la vie de millions de personnes en ces temps difficiles.

Le tourisme était pourtant bien parti, surtout en Afrique francophone où les pays tentent de rattraper leur retard sur leurs homologues anglophones. L’Afrique de l’Ouest s’est particulièrement démarquée avec des stratégies nationales telles que « Sublime Côte d’Ivoire » ou « Bénin Révélé »…

En Afrique, le tourisme est de plus en plus reconnu comme un pilier important du développement durable. La capacité unique du secteur à créer des opportunités, y compris des emplois, non seulement dans les grandes villes mais aussi dans les communautés rurales, signifie que la croissance du tourisme est désormais une priorité pour de nombreux pays, à la fois en Afrique francophone et anglophone.

Certes, nous sommes encouragés par la manière dont les gouvernements adoptent le tourisme et incluent le secteur dans leurs plans nationaux de développement. La campagne « Sublime Côte d’Ivoire » en est un excellent exemple et montre à quel point de telles initiatives coordonnées peuvent être efficaces. Si on considère l’exemple ivoirien, le nombre d’arrivées de touristes internationaux dans le pays est passé à près de 2 millions en 2018, cette croissance soutenant de nombreux moyens de subsistance.

Bien sûr, à la lumière du bilan économique après Covid-19, toutes les stratégies nationales devront être revues et adaptées.

Le manque de routes et d’infrastructures hôtelières et le manque de formation sont souvent mentionnés comme un obstacle au développement du tourisme de masse dans ces pays. Comment répondre à cette urgence ?

Le plus grand atout du tourisme, ce sont les gens. Si le secteur du tourisme en Afrique doit continuer de croître et de s’imposer comme moteur du développement durable et de l’inclusion, nous devons nous assurer que nous exploitons les talents disponibles à travers le continent. Environ 80% de la population africaine a moins de 25 ans. De plus, l’Afrique est en train de devenir un véritable pôle d’innovation et d’esprit d’entreprise. L’OMT encourage cela, par exemple par le biais de concours de démarrage de tourisme qui identifient et récompensent les meilleurs innovateurs du secteur.

Parallèlement, l’OMT reconnaît l’importance de développer les infrastructures. Pour cette raison, nos membres ont identifié et inclus la promotion de l’investissement dans le secteur comme l’un des piliers clés du Programme de l’OMT pour l’Afrique, et cette année, nous avons accueilli le premier Forum mondial sur l’investissement en Afrique, un événement historique qui, nous en sommes convaincus, sera le premier de nombreux.

Les investissements touristiques en Afrique ont atteint 28,2 milliards de dollars en 2017. Mais la majorité de ces fonds étaient destinés à l’Afrique anglophone. Comment dynamiser davantage les investisseurs autour de l’Afrique francophone, qui regorge d’un potentiel touristique avéré ?

L’Afrique a pris les bonnes mesures pour attirer davantage d’investissements dans le tourisme, et cela s’est déjà avéré être un succès. Les destinations à travers l’Afrique subsaharienne placent de plus en plus le tourisme au cœur de leurs programmes de développement nationaux et introduisent également des réformes qui les rendent plus attrayantes pour les investisseurs.

Par exemple, l’Afrique subsaharienne est devenue la région avec le plus grand nombre de réformes liées au tourisme adoptées chaque année depuis 2012. 4 des 10 meilleurs améliorateurs enregistrés par Doing Business 2019 provenaient d’Afrique subsaharienne, dont trois d’Afrique francophone  : Djibouti, Togo, Côte d’Ivoire. Ces efforts se traduisent par une croissance du tourisme, les arrivées internationales globales en Afrique ayant augmenté de 4% l’an dernier.

Au-delà de la crise, quel est finalement l’ultime défi des pays qui veulent renforcer le tourisme en tant que pilier de leur économie ?

Le défi majeur auquel sont confrontés les gouvernements à travers le continent n’est pas seulement de développer leurs secteurs touristiques, mais aussi de veiller à ce que cette croissance soit gérée de manière responsable et que les bénéfices soient répartis aussi largement que possible. Tel est l’objectif de l’Agenda de l’OMT pour l’Afrique et sera particulièrement important à mesure que les plans et les actions de relance seront exécutés en réponse à l’impact de la pandémie de coronavirus. L’Agenda restera une feuille de route pour le tourisme africain au cours de la prochaine décennie et soulignera le rôle important que les secteurs public et privé doivent jouer, la collaboration étant plus que jamais essentielle. En effet, cette coopération sera essentielle pour faire du tourisme un pilier des économies francophones, et à l’OMT, nous sommes extrêmement encouragés par le soutien que l’Agenda pour l’Afrique a parmi les gouvernements à travers le continent.

afrique.latribune

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