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Elizabeth II, cette riche assistée ?

Elizabeth II, cette riche assistée ?

A l’occasion du 90e anniversaire de la reine ce jeudi, la Tribune s’intéresse au coût de la monarchie britannique. La Couronne perçoit chaque année plusieurs millions de livres de subventions publiques. De l’argent qui provient de la gestion des propriétés du domaine royal, lequel n’appartient en réalité pas à la famille d’Elizabeth II.

C’est l’éternel débat, outre-Manche, entre républicains et pro-monarchie. Trop chère pour les premiers, source de revenus indéniable selon les seconds, que coûte vraiment la famille d’Elizabeth II au contribuable britannique ?

Depuis 1760 et un petit écart financier de George III, qui avait accumulé 3 millions de livres de dette, soit 605 millions d’euros aujourd’hui, l’essentiel du domaine royal, à la demande du souverain de l’époque, est propriété de la nation. Buckingham Palace et le château de Windsor, par exemple, n’appartiennent pas à la reine en tant qu’individu mais à la royauté en tant qu’incarnation de l’Etat. Ces biens sont donc gérés par les services du gouvernement et les recettes qui en découlent sont reversés intégralement au Trésor. En échange, le gouvernement accorde une subvention à la famille royale afin de couvrir la majeure partie de ses frais de fonctionnement.

56 pence par personne et par an

Entre 1760 et 2012, cette subvention émanait de trois sources différentes : la Civil List, le ministère du Transport et le ministère de la Culture. Depuis le Sovereign Grant Act de 2011, les trois ont été rassemblées pour former la « subvention de soutien au souverain ». Celle-ci est calculée en fonction des revenus issus de la gestion des biens du domaine royal. Chaque année, 15% des bénéfices engrangés deux ans plus tôt (comme pour le calcul des APL, en fait) sont accordés à la famille royale. Exemple : pour l’exercice 2012-2013, les recettes atteignaient 252,6 millions de livres (320,9 millions d’euros). En 2014-2015, la Couronne a donc perçu 37,9 millions de livres (48,1 millions d’euros). Un montant qui devrait être encore plus élevé pour l’exercice 2015-2016, à hauteur de 40,1 millions de livres (les chiffres officiels sont dévoilés au début de l’été).

Rapporté à la population du Royaume-Uni, cela représente 56 à 69 pence (87 centimes d’euros) par personne selon les années, soit « moins que le prix d’un litre de lait ou du téléchargement d’une chanson pour son Ipod », peut-on lire sur le rapport financier annuel 2008 publié par les services de la famille royale. Pour les militants d’une démocratie parlementaire, ce sont toujours 87 centimes de trop, qui viennent s’ajouter au caractère anachronique d’une monarchie héréditaire, au XXIe siècle.

D’autres revenus liés aux héritages

Dans le détail, la subvention sert avant tout à rémunérer le personnel, à entretenir le domaine et à transporter les membres de la famille d’un bout à l’autre du globe dans le cadre de visites officielles. Et il arrive, certaines années, que la famille vive au-dessus de ses moyens. En 2012-2013 (graphique ci-dessous), par exemple, la Couronne a perçu 31 millions de livres mais en a dépensé 2 millions de plus. Il a donc fallu piocher dans la réserve royale, alimentée les années excédentaires.

Rien d’alarmant car, outre le financement public, la reine dispose de ses propres revenus. Elle touche, entre autres, 12,5 millions de livres (15,8 millions d’euros) par an pour l’exploitation des 18.433 hectares du duché de Lancaster, dont elle a l’usufruit. Au total, elle vaudrait quelque 340 millions de livres (431 millions d’euros), selon la Sunday Times Rich List 2015.

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En 2012-2013, sur l’enveloppe allouée par le gouvernement, les coûts liés au personnel ont atteint 24 millions d’euros, devant l’entretien des propriétés du domaine royal (11,5 millions) et les déplacements (5,7 millions). Source : National Audit Office

Pour les pro-monarchie, 68% des Britanniques selon un sondage Yougov publié en 2015, la pérennité de la royauté est indispensable dans la mesure où elle contribue au rayonnement du Royaume-Uni dans le monde. Sans parler de l’effet bénéfique sur l’économie de la vente de produits dérivés et du nombre de touristes qu’Elizabeth II attire chaque année.

Sur ce second point, pourtant, le doute est permis, étant donné qu’il est impossible de l’évaluer. Si la monarchie venait à être abolie, y aurait-il moins de personnes aux abords de Buckingham Palace ? Moins de visiteurs pour admirer le château de Windsor et les joyaux de la Couronne ? Pas si sûr. Et surtout, chaque année, plusieurs millions de livres seraient économisés. Mais quand on aime, 87 centimes, ce n’est pas grand-chose…

Sasha Mitchell
latribune.fr

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