dimanche 18 août 2019
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En Afrique, la demande croissante en médicaments peut faire émerger une importante industrie pharmaceutique

En Afrique, la demande croissante en médicaments peut faire émerger une importante industrie pharmaceutique

Dans les prévisions les plus optimistes, des analystes estiment que la consommation africaine de médicaments pourrait atteindre les 66,5 milliards $ à l’horizon 2020. Mais il y a de forts risques que cette opportunité ne soit accessible qu’aux grands groupes pharmaceutiques internationaux qui dominent actuellement le marché continental. On en vient donc à se demander s’il est pas possible de développer une véritable industrie du médicament en Afrique.

De plusieurs rapports d’institutions, publiques comme privées, il ressort un consensus selon lequel la valeur de l’industrie pharmaceutique africaine a été multipliée par 5 entre 2003 et 2013, année où elle pesait 20,8 milliards $. Des indicateurs plus récents démontrent que cette croissance se poursuit à un rythme encore plus rapide et que ce marché atteindra entre 40 et 66,5 milliards de dollars d’ici 2020.

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En Afrique, les dépenses de santé peuvent représentent jusqu’à 60% des revenus.

 

C’est une bonne nouvelle pour des centaines des millions d’Africains, pour qui les dépenses de santé représentent parfois jusqu’à 60% de leurs revenus, selon la Banque mondiale, et qui ont du mal à accéder à des médicaments de qualité. Mais c’est aussi une bonne nouvelle pour les industriels du médicament qui peuvent y voir une opportunité de croissance de leurs revenus.

 

L’Afrique, un marché du médicament tiré par plusieurs facteurs de croissance

Plusieurs facteurs justifient ces grandes attentes vis-à-vis du marché des produits pharmaceutiques en Afrique. Le premier est la hausse des dépenses d’investissement dans le secteur de la santé. En plus des gouvernements qui forment un nombre important de médecins, le secteur privé créé de plus en plus d’hôpitaux qui jouent sur la qualité et l’efficacité de leurs offres pour attirer des malades qui, bien souvent, se faisaient soigner à l’étranger.

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L’Afrique ne pèse que 0,7% du marché (Secteur Privé & Développement)

 

La hausse des investissements dans la santé publique a elle-même été tirée par une urbanisation croissante, qui réduit le recours aux traitements traditionnels à base de plantes naturelles. On peut aussi mentionner la découverte de nouvelles maladies, en rapport à l’amélioration des diagnostics et au changement de modes de vie des populations.

La hausse des investissements dans la santé publique a elle-même été tirée par une urbanisation croissante, qui réduit le recours aux traitements traditionnels à base de plantes naturelles.

Un autre facteur positif pour l’industrie du médicament en Afrique, a été la maturation de l’environnement des affaires. Grâce à des formations offertes par des grands groupes, les gouvernements parviennent désormais à adopter des régulations incitatives et proactives, qui ouvrent la porte à de nouveaux médicaments. Cette amélioration des règlementations a eu pour effet indirect de réduire les possibilités de contrefaçon. Aujourd’hui, des observateurs considèrent même que la persistance des médicaments vendus dans la rue, est le signe d’une demande non satisfaite

Le dernier facteur de la croissance du marché africain du médicament est la confiance grandissante dans les produits génériques, qui a elle-même été soutenue par la baisse des prix et l’entrée dans la chaine de valeur de productions locales.

Le dernier facteur de croissance du marché africain du médicament est la confiance grandissante dans les produits génériques, qui a elle-même été soutenue par la baisse des prix et l’entrée dans la chaine de valeur de productions locales.

 

Comment se libérer d’une dépendance extérieure

Si les malades et les producteurs peuvent se frotter les mains, il n’en est pas de même pour les gouvernements, notamment d’Afrique subsaharienne, qui peinent à respecter leurs engagements politiques de « couverture maladie universelle » en raison des coûts que peut induire le processus. En effet, le défi du continent, c’est que 70% à 90% des médicaments qui y sont vendus (originaux ou contrefaits) sont importés.

Le défi du continent, c’est que 70% à 90% des médicaments qui y sont vendus (originaux ou contrefaits) sont importés.

La situation actuelle n’est pas des plus enviables. L’Afrique dépend encore de grands groupes pharmaceutiques, même pour des maladies qui sont essentiellement tropicales, comme le paludisme. Selon des statistiques convergentes, le continent compte environ 375 producteurs de médicaments, situés pour la plupart en Afrique du Nord, et qui doivent satisfaire les besoins d’environ 1,2 milliard de personnes. À titre de comparaison, la Chine et l’Inde, qui comptent chacun environ 1,4 milliard d’habitants en moyenne, abritaient respectivement 5000 et 10 500 producteurs de médicaments à la fin 2017, selon une analyse de McKinsey. Ceux d’Afrique subsaharienne sont en grande partie concentrés dans seulement neuf des 46 pays. Ils sont généralement petits et leurs productions ne respectent toujours pas les normes internationales.

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Le groupe indien Africure, installé au Cameroun et en Côte d’Ivoire, entre autres.

 

Parmi ces producteurs basés en Afrique, on en compte une centaine qui se limitent à l’emballage, c’est-à-dire à l’achat en vrac des pilules et autres médicaments finis et à leur reconditionnement dans des emballages destinés aux consommateurs locaux. Le développement d’une industrie locale devient ainsi un impératif. Mais la question est désormais celle de savoir, si cela est faisable de manière optimale.

Les conditions d’une autosuffisance du médicament en Afrique

On retrouve actuellement une vingtaine de sociétés de production de médicaments, qui sont cotées sur des marchés financiers africains. Le sud-africain Aspen Pharmacare, coté sur le Johannesburg Stock Exchange, est le plus valorisé, avec une capitalisation de plus de 5 milliards $. En plus d’autres entreprises comme Ascendis Healthcare, on retrouve des sociétés pharmaceutiques cotées dans plusieurs autres pays de la région (Nigéria, Ghana, Tunisie, Maroc).

Mais avoir des entreprises ne suffit pas et les producteurs africains devront prendre en compte plusieurs paramètres, pour satisfaire efficacement la demande locale. Il s’agit avant tout de travailler sur la qualité. Jusqu’à présent, seulement 6 pays africains possèdent les certifications requises par l’OMS.

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 Seulement 6 pays africains possèdent les certifications requises par l’OMS.

 

Au-delà de la certification, il faudra que les entreprises soient en mesure de répondre à la forte demande. La majeure partie de la production de la région se fait dans de petites usines de faibles capacités alors que les sites de production devraient être suffisamment grands pour tirer profit des économies d’échelle. Mais ils ont besoin, pour cela, que les gouvernements améliorent l’offre en énergie et en logistique.

Les sites de production devraient être suffisamment grands pour tirer profit des économies d’échelle. Mais ils ont besoin, pour grandir, que les gouvernements améliorent l’offre en énergie et en logistique.

Le troisième défi à surmonter sera celui de la compétitivité. Un avantage dont dispose les grandes firmes internationales, c’est qu’elles investissent dans la recherche et le développement, un volet qui reste le parent pauvre, d’une manière générale, en Afrique.

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Assurer la mise en place d’une chaîne de distribution efficace.

 

Le dernier point essentiel sera de travailler sur l’environnement du médicament. Des experts estiment en effet que si l’accent doit être mis sur la production, les pays doivent aussi envisager de renforcer la chaîne de valeur, notamment en rendant possible la mise en place de chaînes de distribution efficaces.

Les pays doivent aussi envisager de renforcer la chaîne de valeur, notamment en rendant possible la mise en place de chaînes de distribution efficaces.

De nombreux pays d’Afrique subsaharienne ont un paysage très fragmenté entre les distributeurs, les grossistes et les détaillants, qui sont parfois contraints d’ajouter des marges individuelles, soit sur les prix, soit sur la qualité des produits. Une des conséquences est que, fréquemment, on voit un médicament atteindre le double du prix entre sa production et son utilisation finale par un malade.

Idriss Linge

agenceecofin

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