mercredi 21 octobre 2020
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En Afrique, la fabuleuse croissance des télécoms subit encore ses freins

En Afrique, la fabuleuse croissance des télécoms subit encore ses freins

Le secteur des télécoms en Afrique subsaharienne poursuit, depuis plusieurs années, une croissance soutenue. Selon les données fournies par l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA), le marché a connu une croissance de 4,39 % en 2018, correspondant à un gain de 20 millions d’abonnés. Le taux de pénétration mobile, quant à lui, frise désormais les 45 %. Une croissance en apparence parfaite, qui cache tout de même des freins notables à son accélération.

Une croissance puissante, cependant cloisonnée au mobile

Par rapport au reste du monde, le secteur des télécommunications a, historiquement, suivi un chemin de développement différent sur le continent africain. L’acculturation des populations s’est en effet directement tournée vers les modes de téléphonie mobile, sans passer par l’étape « téléphone fixe ». « Le taux de pénétration de la téléphonie fixe n’outrepasse pas les 3 ou 4 % », confie un consultant très actif en Afrique de l’Ouest, joint par Tribune Ouest, qui ajoute que le téléphone fixe est « surtout utilisé par les administrations centrales et les entreprises, grandes et moyennes, mais ne rencontre aucun succès auprès des populations ».

Cette tendance s’explique par deux facteurs. Déjà la croissance économique du continent qui, si elle n’est que modérément inclusive, permet tout de même l’émergence d’une classe moyenne, pour qui l’usage du mobile s’impose comme une ressource obligée. Cette classe moyenne, dont le revenu équivaut peu ou prou à une quinzaine de dollars quotidiens, représenterait entre 15 et 20 % de la population continentale.

Ensuite, le fort taux de natalité entraîne une surreprésentation des jeunes qui, comme les Occidentaux ou les Asiatiques, souhaitent posséder un téléphone portable. Selon les données de l’Agence française de développement, la moitié de la population africaine aura moins de 25 ans en 2050. Le développement des applications, comme WhatsApp, dont la croissance fulgurante est symptomatique du développement du mobile sur le continent, offre en outre la perspective de communications vocales ou SMS gratuites. « N’oublions pas non plus que le mobile est le principal point d’accès à Internet en Afrique, où l’ordinateur est finalement assez peu présent », confie notre source.

Acteurs privés contre opérateurs historiques. : une ouverture croissante à la concurrence

Le succès du mobile explique le positionnement de nombreux acteurs sur le segment de la téléphonie mobile, dont l’ouverture progressive à la concurrence se dessine depuis plusieurs années. L’Éthiopie a ainsi amorcé la libéralisation de son secteur, brisant de facto le monopole détenu jusqu’alors par Ethio Telecom, alors seule compagnie de téléphonie du pays. Les géants mondiaux ou continentaux du secteur, comme Orange ou Vodacom, se sont d’ores et déjà positionnés sur le marché éthiopien.

Une privatisation du secteur qui s’accélère dans les pays du continent, sans interdire aux acteurs traditionnels de conserver un rôle clé. Congo Telecom par exemple, sous l’influence de son nouveau Président Yves Castanou, qui s’est octroyé la lourde charge d’en redresser les finances, tente de dominer à nouveau le marché domestique en diversifiant l’offre de l’entreprise, qui cherche à se positionner sur les segments très prometteurs des produits Internet à faibles coûts d’entrée, tout en remettant à niveau son réseau de fibre optique.

Le manque d’infrastructures viables pénalise encore le continent

Si le secteur poursuit sa croissance, que la crise sanitaire ne devrait pas durablement entamer, plusieurs freins continuent de miner le potentiel de développement continental. Le manque d’infrastructures viables déjà, dont les impacts sur la productivité du continent sont d’ores et déjà connus. Surtout, il constitue un frein à l’implantation d’entreprises étrangères.

L’accès au très haut débit représente l’un des défis majeurs. La 4G connaît, par exemple, une croissance soutenue. Si le pays ne comptait que 11 réseaux 4G en 2013, il en dénombrait 101 en 2017. La plupart des pays abritent au moins un opérateur 4 G. Rares sont désormais ceux chez qui la 4G n’est pas accessible, comme le Soudan du Sud, la Mauritanie, la Centrafrique, Djibouti et, bien évidemment, la Somalie. Mais, à l’échelle continentale, seuls 5 % des utilisateurs mobiles ont un accès 4 G.

Avec, là encore, des contrastes géographiques prégnants. En 2017, 95 % de la population était couverte par un réseau 4G au Rwanda, pays qui fait figure de fer-de-lance de la connectivité sur le continent. En revanche, ils ne sont que 7 % en Ouganda, 11 % en Tanzanie et 13 % au Nigéria. « Sans très haut débit généralisé sur l’ensemble du continent, pas de transition numérique, d’amélioration significative des services numériques et surtout, de gains pour les entreprises et les entreprises », prévient notre source.

Des investissements d’infrastructure qui, demain, permettront aussi la transition vers la 5G. Qui pourrait arriver plus rapidement que prévu. Car, avec un passage bien plus rapide entre la 3G et la 4G que dans le reste du monde, le continent est un habitué du développement en « saut de grenouille ». Sachant que de premiers projets pilotes ont débuté et que l’avènement des premiers réseaux 5G a d’ores et déjà été annoncé pour l’année 2020…

tribuneouest.com

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