Accueil / Développement / En Afrique, l’économie circulaire avance à trop petits pas

En Afrique, l’économie circulaire avance à trop petits pas

En Afrique, l’économie circulaire avance à trop petits pas

La hausse de la production et de la consommation suscite des inquiétudes pour l’environnement. Le continent saura-t-il maîtriser les coûts de la transition et éviter les éventuels écueils ?

Des centres commerciaux de luxe de Johannesbourg aux petites boutiques chinoises du Sénégal, le consommateur africain a de plus en plus accès à des produits qui ont longtemps été réservés aux pays développés.

Cependant, plus vulnérable que tout autre à la hausse mondiale des températures, le continent africain fait face à un avenir environnemental précaire. Des critiques s’élèvent donc pour s’inquiéter des ravages que l’essor soudain de la production et de la consommation pourrait causer sur les fragiles écosystèmes de l’Afrique.

Elles soulignent que la transition vers une économie moderne impliquera probablement d’importantes ruptures. L’impact environnemental ira de l’augmentation accélérée des déchets à l’empreinte laissée par les nouvelles usines, les réseaux de transport et les infrastructures énergétiques.

Un antidote possible est de franchir le pas entre l’économie linéaire actuelle, selon laquelle on prélève des matières pour les transformer en produits qui finissent dans des décharges, et l’économie circulaire, qui veut que les produits soient réutilisés ou recyclés plutôt que jetés.

Redisa, une leçon d’économie circulaire

Certaines expériences d’économie circulaire progressent. L’un des projets les plus en vue, l’Initiative sud-africaine de recyclage et développement (Redisa), a mis en lumière les défis et obstacles à surmonter pour adopter ce modèle. Redisa a été fondée en 2012 pour résoudre le problème grandissant des pneus usagés, dont 11 millions sont jetés sur des décharges et autres dépotoirs disgracieux.

L’organisation a ouvert des centres de traitement qui ont permis, au cours des dix-huit premiers mois du projet, d’élever le taux de récupération des pneus de 3 % à 70 %. Redisa prévoyait de recycler la plupart de ces pneus selon un procédé à haute valeur d’ici à 2020, et déclarait pouvoir ainsi créer jusqu’à 10 emplois à temps plein pour chaque millier de tonne métrique de pneus récupérés.

Bien que l’organisation ait été acclamée comme le plus bel exemple d’économie circulaire mis en oeuvre en Afrique, elle s’est avérée fort mal gérée. Fin septembre 2017, Redisa et l’entreprise privée qui la pilote, Kusaga Taka Consulting, ont été mis en liquidation judiciaire par la Cour suprême du Cap-Occidental après la découverte de l’implication des directeurs dans des détournements de deniers publics.

La grande ambition du projet – et son stupéfiant échec – fait figure de leçon sur les opportunités mais aussi les dangers de l’économie circulaire en Afrique. Si les gouvernements planifient et concentrent leurs ressources sur des initiatives efficaces et durables, l’économie circulaire peut néanmoins représenter une réponse encourageante aux immenses défis environnementaux et de développement du continent.

lesechos

Aller en haut