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Ethiopie : inauguration du controversé barrage Gibe III

Ethiopie : inauguration du controversé barrage Gibe III
Le nouveau barrage de Gibe III aura nécessité un investissement de 1,5 milliard de dollars et près de 9 ans de travaux pour voir le jour (Crédits : Reuters)

Addis-Abeba vient de mettre en service le barrage de « Gibe III ». Un ouvrage d’art pharaonique qui devrait produire 1.870 MW d’électricité et rapprocher le pays de son rêve d’autosuffisance électrique. Il n’empêche que ce barrage est vivement critiqué pour son impact sur le lac Turkana situé au Kenya voisin et classé patrimoine mondial de l’humanité. Addis-Abeba est également accusée de déplacer les petits agriculteurs de l’aval du barrage pour favoriser les plantations géantes de canne à sucre et de coton.

L’Ethiopie vient d’inaugurer le barrage « Gibe III » qui a pour particularité d’être le plus haut d’Afrique. Le projet est stratégique pour Addis-Abeba qui compte doubler sa capacité énergétique grâce à lui. Situé à quelques 350 km au Sud-Ouest de la capitale, le site de « Gibe III » devrait atteindre une capacité de 1.870 mégawatts. Ce qui fait de lui, le troisième barrage hydroélectrique le plus puissant du continent et porte la capacité énergétique de l’Ethiopie à 4.200 MW.

Objectif autosuffisance

Érigé le long de la rivière Omo qui traverse le pays du Nord au Sud, le site affiche une hauteur de 243 mètres et représente l’unité la plus importante d’une série de barrage qu’Addis-Abeba construit sur la même rivière. La construction de « Gibe III » a démarré en 2007 et a connu une série de retards. Ce projet pharaonique a nécessité un montant d’investissement de 1,5 milliard d’euros, financés à 40% par l’Etat et à 60% par un prêt de la banque chinoise, China Exim Bank.

Privé de ressources hydrocarbures, l’Ethiopie a décidé de miser sur les énergies renouvelables pour alimenter son développement économique avec l’ambition d’atteindre l’autosuffisance en électricité, voire de se positionner en tant qu’exportateur vers les pays limitrophes. Pour y arriver, Addis-Abeba ambitionne d’installer une capacité de production hydroélectrique de 40.000 MW à l’horizon 2035, principalement grâce aux eaux du Nil. C’est sur ce même fleuve que l’Ethiopie construit actuellement le barrage de la « Grande Renaissance », qui doit atteindre une capacité annoncée de 6.000 MW, équivalent à la production de 6 réacteurs nucléaires. Un projet qui fait grincer des dents du côté du Caire, dont le gouvernement a même étudié la possibilité de bombarder le barrage.

Critiques tout azimut

Ce dernier barrage n’est pas le seul à attiser la polémique, le site de « Gibe III » est également fortement critiqué. Pour les détracteurs du projet, ce projet devrait bouleverser la vie de centaines de milliers de personnes vivant en aval du barrage, jusqu’au lac Turkana au Kenya voisin. Un lac qui tire 80% de ses ressources du fleuve Omo et qui devrait voir son niveau baissé drastiquement selon des écologistes kényans.

Le comité du patrimoine mondial de l’Unesco est également monté au créneau, vu que la partie méridionale des vallées de l’Omo et du Turkana (plus grand lac désertique au monde), sont tous deux classés au patrimoine mondial de l’Humanité. En 2011, l’agence des Nations unies pour la culture et l’éducation, avait appelé l’Ethiopie à « arrêter immédiatement tous travaux de construction » de Gibe III. Des critiques balayés par d’un revers de la main par Addis-Abeba, pour qui le barrage permettra de réguler le cours de l’Omo qui s’étend sur 700 km.

Le gouvernement dément également que le barrage ne bénéficiera qu’aux plantations industrielles de canne à sucre et de coton détenues à proximité du site par des opérateurs étrangers. Selon Addis-Abeba, le site de Gibe III devrait également bénéficier aux populations locales, notamment les petits agriculteurs qui disposeront dorénavant d’un débit régulier tout au long de l’année. Ce qui devrait favoriser la reprise de la culture sur limon délaissées suite aux décrues du fleuve. Il n’empêche que l’ONG Human Rights Watch, accuse le gouvernement éthiopien, depuis 2014, de déplacer des centaines de milliers de personnes de la vallée de l’Omo pour libérer des terres au profit d’installations étatiques de cannes à sucres.

Amine Ater
la tribune afrique

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