dimanche 09 août 2020
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Etudier à Harvard ou Oxford ? Edbridg indexe la dette étudiante sur les futurs salaires

Etudier à Harvard ou Oxford ? Edbridg indexe la dette étudiante sur les futurs salaires
Financer la formation d’une élite mondiale désargentée, tel est le pari ambitieux que cherchent à relever Walid Behar et Amine Bounoughaz, les fondateurs de la startup Edbridg, en indexant la dette des étudiants sur leurs futurs revenus. Cette solution « sans frontière » proposée par deux jeunes entrepreneurs algériens pourrait bien profiter aux cerveaux africains.

Edbridg est une start-up fondée en avril 2019, spécialisée dans le financement des frais de scolarité, à travers les accords innovants de partage des revenus (ou Income Sharing Agreement, « ISA »). Basée à la Station F, elle compte aujourd’hui 10 salariés qui se sont donné pour mission d’ouvrir les portes des grandes écoles, aux étudiants sans le sou.

L’initiative des startupers est née de leurs expériences respectives. « J’ai rencontré de grandes difficultés pour financer mes études, car je rêvais de travailler dans la fusion-acquisition. Pour mon associé qui a décroché une bourse à l’université de Duke au Etats Unis [Amine Bounoughaz, ancien Associé chez McKinsey & Company, expert en Fintechs et Edtechs, ndlr], la situation était pire encore, car ses parents n’avaient même pas les moyens de lui payer le billet d’avion pour les Etats-Unis », se souvient Walid Behar, le co-fondateur d’Edbridg, qui a dû contracter un prêt de 20 000 euros pour financer ses études.

Il reconnaît volontiers que, sans l’aide de ses parents pour rembourser son prêt pendant sa recherche d’emploi, il n’aurait jamais poursuivi des études comme celles-ci (Toulouse Business School). Ancien Associé Senior en fusions et acquisitions chez FTI Consulting, analyste chez Delta Partners et la Société Générale, il est désormais spécialiste des fusions et acquisitions.

Plusieurs fois récompensés, les fondateurs de la startup ont été classés parmi les 30 entrepreneurs âgés de moins de 30 ans du dernier classement Forbes, dans la catégorie « Social Entrepreneurs ». Edbridg a levé 1,5 million de dollars auprès des fonds de capital-risque Plug and Play, et 500 startups, mais aussi auprès de Business Angels. Elle peut par ailleurs, se targuer du soutien de personnalités telles qu’Olivier Giscard d’Estaing, le doyen de l’INSEAD (Institut Européen d’Administration des Affaires).

Income Sharing Agreement (ISA) : un taux fixe et sans garantie

Le principe développé par la startup repose sur les accords de partage des revenus (ISA), à travers deux produits principaux. Le premier s’inscrit dans une logique B to C pour financer l’étudiant directement, tandis que le second consiste à convaincre l’Université, d’accepter le remboursement des frais de scolarité, en pourcentage sur le futur revenu de l’étudiant. Se lancer dans la dette non sécurisée : un pari risqué ? Pas vraiment selon Walid Behar qui se rassure à travers plusieurs précédents outre-Atlantique. « Né aux Etats-Unis en 2015, le principe de l’ISA a déjà été accepté par plus d’une vingtaine d’universités américaines. Par ailleurs, en 10 ans d’historique, les lending tech spécialisées dans ce secteur, n’ont pas enregistré plus de 3% de défaut », ajoute-t-il confiant.

Il faut dire qu’il est difficile de trouver mieux que l’élite universitaire mondiale sur le marché de l’emploi. Aussi, de Cambridge à Berkeley en passant par Oxford ou Princeton, la guerre des talents bat son plein au sein des universités anglo-saxonnes bousculées par les challengers asiatiques, qui tiennent coûte que coûte à se maintenir en haut des classements internationaux, en sélectionnant les cerveaux du monde entier, quel que soit leur niveau de revenus… En dépit des frais d’inscription souvent astronomiques, en particulier pour les budgets des ménages africains, la solution d’Edbridg est exsangue de tout risque de surendettement, car « si vous ne travaillez pas, vous ne remboursez pas » précise Walid Behar. Une situation jusqu’à présent, suffisamment exceptionnelle, pour ne pas menacer le modèle économique d’Edbridg, qui prélève un pourcentage sur le salaire compris entre 3% et 12%, sur une durée de 5 à 15 ans.

« Les rendements des investisseurs atteignent 5% à 7% par an en moyenne », ajoute-t-il. Enfin, ce principe peut permettre de répondre à des besoins en ressources humaines pénuriques, en particulier dans le secteur des technologies. « Un client privé était prêt à financer une vingtaine d’étudiants à Cambridge, faute de personnel qualifié disponible » explique le jeune entrepreneur…

Désamorcer la dette étudiante…

« L’Afrique ne se développera pas sans un transfert de savoir. J’en ai fait l’expérience en quittant mon pays pour apprendre davantage à l’extérieur, avant de revenir avec un projet concret » explique Walid Behar. Si la solution proposée par les deux startupers ne se limite pas au continent, ils ont tenu à ce que l’équipe technique d’Edbridg soit basée en Algérie.

Actuellement, les étudiants africains admis dans les meilleures universités mondiales sont priés de s’expatrier, car elles sont toutes situées « out of Africa ». « Dans notre sélection actuelle pour la rentrée de 2020, nous avons présélectionné une cinquantaine de candidatures africaines, dont l’essentiel au Maghreb », précise-t-il.

Avec des frais d’inscription qui s’élèvent à 100 000 dollars par an en moyenne, pour un MBA aux Etats-Unis et 70.000 dollars en Angleterre ou encore, 20.000 dollars l’inscription annuelle dans les Masters of Science britanniques, la sélection financière des cerveaux africains est drastique, d’autant que s’ajoutent les frais de vie aux inscriptions universitaires qui, atteignent parfois des sommets, comme c’est le cas autour de l’Université de Stanford à Palo Alto.

D’ailleurs, avec l’augmentation sans discontinue des frais de scolarité, la dette étudiante n’est pas un problème africain, mais mondial. Aux Etats-Unis, elle a quasiment triplé en 12 ans pour atteindre près 1 600 milliards de dollars et représente une véritable bombe à retardement… « Nous voulons ouvrir le système des grandes écoles à ceux qui n’en ont pas les moyens et, dès la rentrée 2020, une vingtaine d’étudiants bénéficieront de cet accord de partage de revenus », se félicite Walid Behar qui prévient néanmoins que « cette initiative doit s’accompagner d’une volonté institutionnelle, car la demande existe à tous les niveaux, mais il faut mobiliser davantage de fonds ».

afrique.latribune

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