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Face à l’essoufflement de l’économie, Pékin prépare un plan de relance

Face à l’essoufflement de l’économie, Pékin prépare un plan de relance

La consommation peine à prendre le relais des exportations comme moteur de la croissance.

Pékin s’apprête à dégainer de nouveau l’artillerie lourde pour enrayer le ralentissement plus fort que prévu de sa machine économique. Un chiffre, publié lundi, symbolise cet essoufflement de la Chine: les ventes de voitures ont reculé de 0,5 % en avril, sur un an.

Les autorités chinoises préparent un nouveau plan de relance basé sur les vieilles recettes de l’investissement massif et des incitations fiscales afin de sauver son objectif de croissance annuel de 7 %, déjà en péril, selon l’agence Reuters. Des mesures traditionnelles de dopage en porte-à-faux avec les ambitions de réforme et de montée en gamme de la seconde économie mondiale espérée par le président Xi Jinping et le premier ministre Li Keqiang, à leur arrivée au pouvoir en 2013. L’heure est jugée suffisamment grave au politburo, qui a annoncé des «ajustements» politiques lors d’une réunion fin avril.

Parmi les signaux inquiétants, les exportations ont encore plongé de 6,4 % en avril, selon les chiffres dévoilés le 8 mai. Pire, les importations s’effondrent de 16,2 % confirmant la crise de confiance des consommateurs chinois. Un échec pour le pouvoir qui misait sur la consommation intérieure pour prendre le relais des exportations, principal moteur du décollage chinois lors des trois dernières décennies. «L’économie ralentit à cause de la faiblesse de la demande. L’argent reste dormir à la banque», analyse Yin Xingmin, professeur à l’Université Fudan, à Shanghaï, qui prédit lui aussi un plan de relance. Car, en dépit de deux baisses des taux de la banque centrale depuis novembre, la courbe du PIB ne se stabilise pas. Dimanche, pour la troisième fois, la Banque populaire de Chine a abaissé de 25 points son taux d’emprunt à un an, à 5,1 %.

«L’économie ralentit à cause de la faiblesse de la demande. L’argent reste dormir à la banque»
Yin Xingmin, professeur à l’Université Fudan, à Shanghaï

«Le second trimestre sera capital pour tenir l’objectif annuel», juge le cabinet CLSA, basé à Hongkong qui calcule même que la croissance réelle serait tombée à 4,2 %! Plombée par la hausse des coûts de production, l’industrie patine, comme l’illustre la chute de la production énergétique de 3,7 % en mars, la plus forte depuis la crise financière de 2009. «L’industrie est en forte surcapacité et trop d’entreprises d’État sont protégées, accumulant des mauvaises dettes», juge Ye Tan, économiste indépendante, à Shanghaï.

Réaction en chaîne

Même verdict pour la production de ciment, baromètre de la construction, frappée de plein fouet par les difficultés de l’immobilier. Les perspectives du secteur locomotive de la croissance chinoise restent sombres, après avoir enregistré une baisse des prix de 5,4 % depuis un an. D’autant que le repli immobilier déclenche une réaction en chaîne conduisant à une explosion de la dette des gouvernements provinciaux (40 % du PIB), dont la vente des terrains est la principale source de revenus. Confronté aux mauvais chiffres du PIB, le pouvoir central s’apprête à lâcher la bride à l’endettement pour relancer les investissements publics. Certains analystes évoquent un mécanisme de refinancement des dettes provinciales, rappelant le plan de rachat de dette de la BCE, pour donner de l’oxygène aux finances provinciales, au risque d’armer un peu plus cette bombe à retardement de l’endettement.

Ces mesures de relance par l’investissement et le crédit rappellent, dans une moindre ampleur, le plan géant de 645 milliards de dollars lancé après le krach de Wall Street en 2008. Il avait soutenu l’économie mondiale en créant une montagne de dettes sans pour autant stimuler la compétitivité des entreprises. «Ils veulent s’appuyer sur le marché, plutôt que de faire tourner la planche à billets comme par le passé. Le problème c’est que les investisseurs n’ont pas confiance», résume Ye Tan.

Croissance chine

Sébastien Falletti
lefigaro.fr

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