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Facebook 13’000 salariés, Nestlé 335’000 employés

Facebook 13’000 salariés, Nestlé 335’000 employés

Top des bourses: Les firmes basées sur la technologie écartent les industries classiques. Sauf les Suisses.

Le classement des 30 premières entreprises mondiales en termes de valeur boursière est édifiant. En dix ans, les géants d’Internet ont chassé les titans du pétrole ou de la banque. Alors que des compagnies aussi mythiques que la britannique BP ou la hollandaise Shell faisaient encore partie des dix plus puissantes firmes mondiales en 2006, la chute du prix du pétrole les a fait dégringoler dans le classement. Les trois multinationales suisses Nestlé, Roche et Novartis progressent alors que des géants européens comme HSBC, GlaxoSmithKline, Sanofi ou Total ont été évincés. La branche automobile a aussi cédé la place aux Apple, Google et autres Facebook.

En 1955, General Motors brillait alors au firmament de la Bourse, en première place, alors que son rival de Detroit, Chrysler, occupait le sixième rang (lire ci-dessous). Aujourd’hui, seule la marque japonaise Toyota, s’accrochant au 29e rang, figure dans le club des 30 plus importantes firmes mondiales, perdant seize places en dix ans.

Le critère de la capitalisation boursière n’est évidemment pas le seul possible pour composer ces classements. Mercredi, le consultant Ernst Young a publié le palmarès des 300 plus grandes firmes européennes classées par rapport à leur chiffre d’affaires. Avec ce critère, les fabricants d’automobiles pèsent toujours très lourd au sein de l’économie. De janvier à juin 2016, c’est le constructeur allemand Volkswagen qui, malgré ses déboires, sort en tête avec des revenus d’environ 108 milliards d’euros (120 milliards de francs). Daimler-Benz, Fiat-Chrysler et BMW font aussi partie des dix premiers européens, alors que General Motors et Ford, côté américain, se hissent aussi dans le haut du classement.

25 fois plus d’employés

D’autres critères, plus sociaux, existent aussi à l’exemple du nombre d’emplois de ces géants: Facebook occupe 13’000 salariés, vingt-cinq fois moins que Nestlé (335 000 personnes). Sous l’angle de la pure rentabilité, des météorites américaines flambent parfois le ciel boursier; certaines se transforment en soleils, d’autres s’écrasent sur le sol.

Mais c’est surtout l’irruption des firmes technologiques américaines qui saute aux yeux. Selon Clayton Erwin, qui règne sur le marché des actions au sein de JP Morgan Private Bank, «l’innovation est une clé pour comprendre la croissance boursière de ces groupes. Il y a dix ans, ces technologies n’existaient pas. Dans ce classement, les géants européens ont été remplacés par ces autres géants guidés par la technologie».

Son collègue Davide Lombardo, en charge des investissements pour l’entité suisse du géant bancaire américain, ajoute qu’«aux Etats-Unis, la croissance du Nasdaq (la bourse électronique américaine ndlr) reflète aussi très bien celle de la technologie et de l’innovation. Les neuf premiers rangs sont occupés par des sociétés américaines. C’est aussi parce que, contrairement à certains pays européens, aux Etats-Unis on peut plus facilement engager ou licencier des collaborateurs. Le marché du travail y est plus flexible».

La valeur insolente atteinte par ces groupes pourrait-elle se transformer en bulle prête à éclater? Le mois d’octobre est historiquement marqué par de gros soubresauts boursiers… «Même si ces montants sont impressionnants, nous sommes loin des valorisations connues en l’an 2000, au moment de l’éclatement de la bulle Internet, opine Samy Chaar, chef économiste chez Lombard Odier & Cie SA. Plutôt que de «bulle», je préfère parler de «cherté», s’agissant de ces valeurs. Ces capitalisations sont sans doute exagérées. Mais, dans un environnement caractérisé par une croissance faible et des taux négatifs, des investisseurs cherchent tout de même ces valeurs car ils pensent que ces sociétés vont encore se développer et verser des dividendes.»

Pas de spectre boursier

Le Texan Clayton Erwin écarte aussi de sa main le spectre d’un «octobre noir»: «non, notre scénario principal est celui d’un marché stagnant, jusqu’aux élections américaines de novembre. Pour l’expert de JP Morgan, «nos attentes sont moins fortes aux États-Unis qu’en Europe ou en Asie. Nous observons attentivement trois choses: les bénéfices des entreprises, la question de savoir si la Réserve fédérale va augmenter ses taux d’ici à la fin de l’année, et les élections américaines. Dans les 12 à 18 mois qui viennent, l’évolution des marchés sera fortement influencée par ces trois variables».

Affinant son analyse, le Texan apporte aussi des nuances sur ces valeurs dites technologiques, ces Apple, Google et autre Facebook qui squattent désormais les premiers rangs. «Ces entreprises sont généralement classées dans le secteur de la technologie, même si on peut se poser la question de savoir si Facebook est une entreprise technologique. Ou si Amazon n’est pas plus influencé par les facteurs liés au commerce de détail. Nous pourrions allonger la liste: Uber doit-il être considérée comme une compagnie de taxis ou de location de voitures? Airbnb est-il à analyser dans la branche de l’hôtellerie?»

L’attrait des valeurs suisses

Ce classement révèle aussi la glissade des géants européens mais aussi l’étonnant maintien, et même le renforcement, des trois géants industriels helvétiques. Pourquoi? Samy Chaar livre son explication: «mis à part la technologie, l’autre grande tendance du moment est le vieillissement de la population dans les pays occidentaux, mais aussi dans les pays émergents. C’est ce qui explique notamment le succès de valeurs comme Nestlé, présente dans la nutrition mais aussi dans les pays émergents». Un diagnostic similaire peut être posé s’agissant des deux groupes pharmaceutiques bâlois, ajoute le chef économiste de la banque privée genevoise.

Les investisseurs qui placent leurs billes dans du papier Nestlé ou Roche ne cherchent-ils pas aussi la sécurité d’un placement en francs, monnaie refuge par excellence? Ce n’est pas vraiment l’avis de Samy Chaar: «les investisseurs qui veulent placer leurs avoirs en francs choisissent plutôt des fonds monétaires ou obligataires.» Clayton Erwin abonde dans son sens. «La question de la domiciliation est secondaire. Ces trois entreprises sont très mondialisées. Comme en Espagne, où les cinq plus gros groupes représentent 50% de la capitalisation boursière de l’indice espagnol IBEX, et 15% des investisseurs sont originaires de Grande-Bretagne», détaille le Texan.

Davide Lombardo considère, de son côté, que ces trois groupes «sont clairement des leaders dans leurs marchés respectifs». Le cours de Bourse de ces géants ne reflète pas l’état de santé de l’économie suisse. «Plus de 40% des revenus de Nestlé proviennent par exemple des marchés émergents, ajoute l’expert de JP Morgan. A côté de ces trois groupes suisses, nous essayons de trouver des alternatives de placement pour les portefeuilles de nos clients, en particulier au sein du SMI». Quant au seul autre groupe européen présent dans ce classement, le brasseur belge Anheuser-Busch Inbev, il continue de caracoler en tête en raison de sa forte présence dans le monde. Et notamment… aux Etats-Unis, patrie historique de la marque Anheuser-Busch, née en 1852 à Saint-Louis, Missouri. (TDG)

tdg.ch

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