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Fatou Bensouda : « La dame » de fer de la CPI

Fatou  Bensouda : « La dame » de fer de la CPI

Connue pour sa discrétion absolue, Fatou Bensouda fait partie du cercle restreint de femme que l’on serait tenté de qualifier Femmes au caractère d’acier. Très discrète, elle s’affiche très rarement sur les scènes médiatiques au-delà de sa cour de juridiction à la Haye constate-t-on. Elue Procureure générale de la Cour Pénale Internationale en décembre 2011, elle serait un cauchemar pour les chefs d’Etats dictateurs et un ange gardien pour les populations brimées. Portrait d’une des plus grandes fiertés de la gente féminine africaine.

D’origine gambienne, Fatou Bensouda a vécu une enfance ordinaire comme toutes les petites filles de son âge. Née à Banjul en 1961, Mme Bensouda va grandir dans une famille polygame avec de nombreux enfants. Femme de loi souvent crainte, les langues bien pendues peuvent dire ce qu’elles veulent. Mariée à un homme d’affaire marocain installé en Gambie et qui a prospéré dans la pêche, Mme Bensouda est mère de deux fils. Des anecdotes sur sa tendre enfance, il y en a très peu car Fatou reste une dame très réservée comme tout bon juriste.
Belle, forte et intelligente Fatou Bensouda possède une riche formation. Diplômée de la faculté de droit de Lagos (Nigeria) grâce à une bourse d’études qu’elle a obtenu dans son pays, Mme Bensouda entre en 1987 au ministère de la Justice où elle gravira tous les échelons. Substitut du Procureur, avocate générale, secrétaire juridique de la République, puis procureure générale. La compétence et la rigueur de cette magistrate hors pair, doublée d’une grande élégance, vont la propulser rapidement ministre de la Justice. Une charge des plus complexes, de surcroît dans un pays comme la Gambie. Elle quitte ensuite le ministère de la Justice pour ouvrir son propre cabinet d’avocat puis devient directrice générale d’une grande banque à Banjul. Sa vie professionnelle prendra un tournant en 2002, lorsqu’elle sera élue conseillère juridique et substitut du Procureur au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à Arusha, en Tanzanie, où elle est promue conseillère juridique principale et chef de la Section des avis juridiques. C’est là qu’elle s’est familiarisée aux rouages de la justice internationale. En 2004, cette fine connaisseuse des institutions judiciaires internationales et des grands dossiers a fini par convaincre les États membres de la CPI de la nommer procureure générale adjointe de cette juridiction, chargée de juger les auteurs de génocides, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. A la Haye, elle travaillera sous l’autorité de Moreno-Ocampo dont elle prendra la relève en juin 2012, devenant ainsi la première femme africaine à occuper ce poste. Elle a été choisie par les 120 États membres du tribunal, au terme d’un processus de sélection auquel participaient 52 candidats. Dès sa prise de fonction, pour ce qui concerne son emploi du temps, l’on peut dire qu’elle ne s’ennuie pas car ayant beaucoup de dossier sous la main : dossier Laurent Gbagbo, le dossier irakien, les négociations au traité instituant la CEDEAO, le dossier sur le Darfour, entre autres.

Au regard de ces apports et son travail bien fait, des distinctions, il n’en manque pas non plus à son arc. En effet, Fatou Bensouda a été déléguée lors des conférences des Nations Unies sur la prévention du crime et des réunions ministérielles de l’Organisation de l’unité africaine consacrées aux droits de l’homme. Elle a également été membre de la délégation de Gambie aux réunions de la Commission préparatoire de la Cour pénale internationale. La persévérance et la perspicacité de dame Bensouda ne sont plus à être démontrées surtout dans un monde dominé par les hommes dans tous les domaines et toujours un monde toujours dominé par toutes formes de discriminations criardes envers les femmes surtout celles occupant certains postes de responsabilité. Pour sa bravoure, nous concluons en espérant que de ses actes, Fatou Bensouda soit l’expression même de la révolution au féminin maintenant et pour les générations futures en Afrique et partout ailleurs.

Balguissa Sawadogo
ecodafrik.com

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