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Fiat-Chrysler : Sergio Marchionne, le magicien du clan Agnelli est décédé

Fiat-Chrysler : Sergio Marchionne, le magicien du clan Agnelli est décédé

En quatorze ans, le natif des Abruzzes a révolutionné Fiat avec des méthodes iconoclastes. Sergio Marchionne est décédé ce mercredi à l’âge de 66 ans.

Sergio Marchionne, patron emblématique de Fiat Chrysler Automobiles (FCA) est décédé ce lundi, à l’âge de 66 ans, a annoncé la famille Agnelli, principal actionnaire du constructeur italien. L’état de santé de Sergio Marchionne s’était brusquement dégradé samedi à la suite de complications opératoires dans un hôpital de Zurich.

Le dirigeant avait alors été contraint de céder sa place à Mike Manley, le responsable de la division Jeep de FCA. « Malheureusement, ce que nous redoutions est arrivé. Sergio Marchionne, l’homme et l’ami, s’en est allé », a déclaré aujourd’hui John Elkann, président de Fiat Chrysler et représentant de la famille Agnelli.

Alors que FCA doit présenter ses résultats semestriels ce lundi, retour sur l’histoire d’un grand capitaine d’industrie qui a su redresser et imposer Fiat sur la scène internationale.

Sous le poids de la dette

Quand il arrive au siège de l’entreprise à Turin, il y a quatorze ans, Sergio Marchionne découvre un constructeur moribond et des usines « pires que les romans de Dickens ». Loin, très loin des gratte-ciel de Toronto, où il émigre en famille à l’adolescence, ou de la quiétude bourgeoise de Genève, où le multidiplômé en droit, commerce, économie et philosophie gérait le géant de la certification SGS pour le compte du clan Agnelli.

Repéré par la famille milliardaire, Sergio Marchionne est appelé à la rescousse chez Fiat à la mort d’Umberto Agnelli. Etouffée par une dette de 14 milliards d’euros , la Fabbrica venait d’essuyer une perte annuelle de 1,6 milliard. Moribond, on disait…

Deux tours de magie

Illustre inconnu dans le patronat italien, la Cofindustria commence même par le surnommer le « martien », l’homme au pull-over noir se fait vite un nom. Enchaînant cigarettes sur cigarettes, expresso sur expresso, le nouveau patron relance rapidement le constructeur en renégociant la dette du groupe et en secouant les moeurs de l’autre vieille Dame de Turin. « J’évalue en continu mes collaborateurs. Je leur donne des notes et je leur dis : attention, à celui qui s’assoit, je lui retire la chaise », dira-t-il plus tard. Luca de Montezemolo, l’historique patron de Ferrari débarqué sans ménagement en 2014, ne le sait que trop bien.

Le premier véritable tour de magie de Sergio Marchionne ? Obtenir 2 milliards de dollars de General Motors pour l’abandon du rachat de Fiat par le géant de Detroit, en 2005. Son deuxième tour de passe-passe ? Parvenir dans les années suivantes à revoir les conditions sociales dans les usines italiennes d’un groupe rétabli financièrement. Sans provoquer de révolution. « C’est un bon bourgeois, nous en avons besoin des comme lui », jugera même un jour Fausto Bertinnotti, figure de la gauche transalpine.

Créer de la valeur

La fermeture de l’usine sicilienne de Termini, en 2010, reste cependant en travers de nombreuses gorges, tout comme son désir de conditionner les investissements en Italie à des accords d’entreprise. « Ce n’est pas à Fiat de résoudre les problèmes de l’Italie », se défend-il alors. Mais le clou du spectacle Marchionne restera la reprise de Chrysler, à partir de 2009, pour zéro dollar. Fiat devient dès lors un groupe italo-américain, coté à Wall Street et Milan depuis 2014, piloté entre Detroit et Turin, en passant par les sièges d’Amsterdam et de Londres.

Le fils du carabinier (un père qui ne voulait pas le voir finir « vendeur de glaces ») a toujours choyé ses actionnaires. Après le holp-up Chrysler, la division camions et tracteurs CNH est mise en Bourse en 2011, comme Ferrari en 2015. Aujourd’hui, Fiat, Ferrari et CNH valent ensemble plus de 60 milliards d’euros, dix fois plus que le Fiat de 2004. « Je ne suis pas le Bon Samaritain, je suis là pour créer de la valeur », avoue Sergio Marchionne, qui engrange des gros salaires dans les trois groupes, tandis que les Agnelli récupèrent désormais trois dividendes pour le prix d’un. « C’est un mentor, et un vrai ami, a écrit samedi John Elkann, le représentant de la famille italienne. Il nous a appris à penser différemment et à avoir le courage de changer, parfois de façon non conventionnelle ».

Courir le plus vite possible

Ces dernières années, le natif des Abruzzes les a passé à nettoyer le bilan de Fiat-Chrysler, pour faciliter une vente ou un mariage. Le vibrionnant patron en expliquait les raisons il y a quelques années, dans ses « confessions d’un capital junkie » : l’auto est un métier avec une marge inférieure à 10 % où il faut investir son poids en Bourse tous les quatre ans. C’est comme dans « Alice au pays des merveilles », s’agace-t-il. « Ici, il faut courir le plus vite possible pour rester au même endroit. Si vous voulez aller ailleurs, il faut courir deux fois plus vite ! ».

Pour ne pas reculer, le groupe s’est concentré sous la houlette de Sergio Marchionne sur ses métiers les plus rentables – les pick-up et les SUV de Jeep et RAM, le premium et le marché américain. Tant pis pour Fiat, l’Europe ou l’Italie. Les investissements ont été réduits au strict nécessaire. Résultat, « FCA » n’a plus de dette depuis le mois de juin, mais sa technologie est à bout de souffle et le constructeur n’a toujours pas trouvé de bras accueillants. Le dirigeant a pourtant multiplié les oeillades à General Motors, Ford voire PSA, vainement. Reste que grâce à son Martien, Fiat a réussi à remonter la pente pour se hisser au rang des plus grands constructeurs mondiaux.

Julien Dupont-Calbo
lesechos

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