lundi 21 septembre 2020
Accueil / Finances / FIN DU F CFA :« Cette annonce était prévisible (…) la France a perdu et continue de perdre ses parts de marché en Afrique » Dixit Pr. Jacques G. Ouédraogo

FIN DU F CFA :« Cette annonce était prévisible (…) la France a perdu et continue de perdre ses parts de marché en Afrique » Dixit Pr. Jacques G. Ouédraogo

FIN DU F CFA :« Cette annonce était prévisible (…) la France a perdu et continue de perdre ses parts de marché en Afrique » Dixit Pr. Jacques G. Ouédraogo
Pr Jacques Guéda Ouédraogo

Annoncée le samedi 21 décembre 2019, la décision d’abandon du FCFA au profit de l’Eco ou EC dès janvier 2020 par le Président ivoirien Alassane Dramane Ouattara et qualifiée d’historique par une certaine opinion a soulevé un grand débat au sein du milieu intellectuel africain. Pour le Professeur Jacques Guéda Ouédraogo, Economiste-Monétariste et Enseignant, cette annonce était prévisible. Lisez plutôt !

Cette annonce était prévisible. Non pas seulement à cause de cette pression de l’opinion publique africaine, mais aussi et surtout parce que le système qui a été mis en place a échoué.

Que visait en effet la France avec le FCFA ?

Le mécanisme qui a été mis en place visait à procurer ou à conserver à la France une longueur d’avance sur ses concurrents sur le sol de ses anciennes colonies africaines. Cette stratégie a trois volets : d’abord la réduction du pouvoir d’achat des pays africains en des devises autres que le franc français et, depuis l’avènement de l’euro, autres que l’euro ; ensuite l’orientation de la demande et de l’offre des pays africains en faveur de l’économie française par la suppression du risque de change dans les transactions avec la France à travers la fixité du taux de change ; enfin, la participation de la France aux instances de décision de la BCEAO. De cette manière, la France dispose de la primeur et de l’exhaustivité des informations d’intérêt stratégique pour elle. Tout ceci a été obtenu par la ruse et en profitant de la pauvreté en ressources humaines qualifiées en économie des pays africains au moment de la signature des accords.

Ce mécanisme a échoué. La France a perdu et continue de perdre ses parts de marché en Afrique. Par exemple, en 2007 la France avait 15% du marché burkinabè. En 2017, elle n’en prenait plus que 8%. A l’inverse la Chine, les Etats Unis, l’Italie et même la Russie, qui n’est pas notre partenaire commercial habituel, sont entrain de progresser. Je parie que dans les autres pays africains de l’UEMOA, on doit observer la même tendance. Il en est ainsi parce que la compétitivité ne dépend uniquement de facteurs exogènes comme le taux de change mais aussi de facteurs intérieurs comme les prix, l’avance technologique, la qualité, etc.

Quel impact cela pourrait jouer sur l’économie des Etats de l’UEMOA ?

D’après ce que j’ai entendu, le taux de change fixe est maintenu jusqu’à la monnaie CEDEAO, dont la monnaie UEMOA décrochée du compte d’opérations prend déjà la dénomination. Je prévois à très court terme, je veux dire dans les huit mois à venir, une accélération de l’hémorragie de devises déjà observable depuis un certain temps. En effet, ceux qui ont des paiements en devises dans cet intervalle de temps et surtout au-delà, auront tendance à les anticiper par crainte de la forte dépréciation annoncée. Il faut y ajouter les spéculateurs qui vont essayer de sortir le maximum de ce qu’ils peuvent pour tirer profit du même phénomène.

Après juillet 2020, si c’est le change fixe qui est maintenu, qu’il soit assuré par la France ou qu’il le soit par les pays de l’UEMOA à travers leurs interventions sur le marché des changes, le même phénomène de pertes de devises se produira.  Donc, première conséquence immédiate, importantes pertes de devises pour anticiper les paiements ou pour spéculer, donc augmentation des stocks de biens et aussi spéculation sur les prix des biens.

Si, en revanche, c’est le régime de change flexible qui est mis en place, il est à prévoir d’autres conséquences. Et je pense d’ailleurs que les pays de l’UEMOA n’auront de choix que de mettre en place un régime de change flexible. Ils ne peuvent pas soutenir un régime de change de fixe et la France n’accepterait pas de garantir le change fixe sans contrepartie. En outre, l’instauration du change flexible faciliterait l’avènement de l’ECO CEDEAO. Si donc, comme je le pense, c’est le régime de change flexible qui est instauré en juillet 2020, l’on assistera à une forte dépréciation du l’ECO qui va se répercuter sur les prix des biens importés, y compris ceux qui sont déjà en stocks et les biens produits localement.

Les conséquences à craindre sont la baisse du pouvoir d’achat des ménages et ses répercussions sur leur bien-être. Mais toute indépendance a un prix qu’il faut accepter de payer. Je prévois que les classes moyennes seront particulièrement affectées ; elles dont les habitudes de consommation sont à fortes composantes en importations. Les ménages urbains aussi. Les paysans et les ménages ruraux le seront moins : ils produisent l’essentiel des biens qu’ils consomment. Mais, à quelque chose, malheur est bon, comme on le dit couramment. Cette inflation rendra compétitives certaines de nos productions nationales, par exemple le riz, orientera notre demande vers les biens produits localement et créera des débouchés extérieurs. Cela encouragera les transformations locales de nos matières premières. Je prévois que dans les cinq années à venir, si des bonnes politiques incitatives sont mise en place dans ce contexte, le Burkina deviendra un grand producteur et exportateur de produits agro-alimentaires, de produits à base de cuirs et peaux et de textile.

Autrement et pour me résumer, ça va nous coûter certainement cher, nous allons devoir nous adapter, mais, à terme, nous en tirerons un plus grand bénéfice qu’actuellement.

Propos recueillis par Balguissa Sawadogo

Ecodafrik

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Champs obligatoires marqués par *

*

Aller en haut