mercredi 23 septembre 2020
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Financial Development Corporation, le nouveau bras armé des investissements américains en Afrique

Financial Development Corporation, le nouveau bras armé des investissements américains en Afrique

Créée à partir des dispositions du Build Act, la Financial Development Corporation (FDC) sera mise sur orbite d’ici à la fin de l’année.

Exit l’USAID, voici la Financial Development Corporation (FDC). Dix mois après la signature par Donald Trump de la loi Build, les États-Unis se dotent d’une nouvelle agence pour l’investissement. La FDC est en fait le résultat d’une fusion entre l’Overseas Private Investment Corporation (OPIC), un fonds gouvernemental américain, et certaines compétences clés de capital privé de l’agence étatique USAID, comme le crédit de développement. Principale mission de la FDC : « Soutenir les investissements dans les pays en développement pour accompagner leur croissance, leur stabilité, et améliorer les moyens de subsistance grâce au développement du secteur privé », a confié le directeur de l’OPIC David Bohigian lors d’un point de presse.

Si l’agence consacrera ses efforts aux pays en développement du monde entier, focus sera mis sur l’Afrique. Objectif : faire passer le continent d’une économie non marchande à une économie de marché. Et avec la création de la FDC, la capacité de prêt de l’OPIC sera multipliée par deux. Près de 60 milliards de dollars de prêts, de garanties de prêts et d’assurances aux entreprises américaines désireuses d’investir sur le continent seront alloués. La nouvelle agence garantira également « une assistance technique, des prêts en monnaie locale, des garanties de premières pertes, et une coopération plus fluide avec des investisseurs non américains », a fait savoir David Bohigian.

Une démarche « Trump-compatible »

Si l’annonce est bienvenue pour l’économie du continent, elle peut surprendre. Car ni le président américain ni son gouvernement ne sont réputés pour leur politique d’ouverture à l’Afrique. « Trois ans après son investiture, Trump n’a toujours pas fait de déplacement sur le continent, confirme Jeff Hawkins, chercheur à l’Iris et ancien diplomate américain. Globalement, le président américain n’apprécie pas l’assistance aux pays en voie de développement et a plusieurs fois essayé de réduire sensiblement le budget de l’USAID. Dans ce contexte, la création de cette nouvelle agence peut déconcerter. Mais la FDC passera par le secteur privé, et elle soutiendra des projets américains non seulement en Afrique, mais aussi ailleurs dans le monde. C’est donc plus Trump-compatible ».

En outre, la démarche de la FDC ne tranchera pas vraiment avec les habitudes de la précédente, l’OPIC. Pour Jeff Hawkins, « cette nouvelle agence ne changera pas sensiblement le format des investissements américains en Afrique. Les projets de l’OPIC, l’agence prédécesseur de la FDC, étaient plutôt concentrés dans quelques pays – notamment le Ghana, l’Ouganda, le Kenya et le Nigeria, et aussi le Sénégal – pour la plupart anglophones. L’intérêt des investisseurs américains sera toujours attiré par ces pays “leaders” de la région ».

Concurrencer le rival chinois

La vraie nouveauté se situe donc plutôt du côté des secteurs d’activité concernés par la FDC. « Énergie », « soins de santé », « logements abordables », « éducation » et « nouvelles technologies »… Pour le directeur de l’OPIC, les domaines couverts par la FDC seront multiples. Mais il en est un qui concentrera certainement une bonne partie des investissements américains : celui des infrastructures. Car, dans le domaine, le concurrent chinois a de l’avance. Et en pleine guerre commerciale – à laquelle se livrent les deux grandes puissances –, la FDC devient donc un allié de poids.

« Beijing a habilement augmenté la taille de ses investissements économiques dans les pays en développement, notamment en signant des mégaprojets à valeur symbolique, explique le chercheur Daniel Kliman dans un article publié dans le journal The Hill […]. Un petit nombre de projets d’infrastructure de grande envergure soutenus par les États-Unis dans l’Indo-Pacifique, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Amérique latine pourraient constituer le noyau d’une stratégie allant dans le sens opposé de la stratégie de la Chine. » Une inititaive également encouragée par des analystes du think tank Center for Strategic and International Studies (CSIS) basé à Washington. « Il existe des milliards de besoins de financement d’infrastructures pour lesquels le secteur privé pourrait devenir un investisseur important », écrivent-ils.

Une stratégie subtilement dévoilée dans la loi Build. Le texte précise en effet que la nouvelle agence fournira une alternative « aux investissements d’État commandés par des gouvernements autoritaires ». Ray W. Washburne, directeur de l’OPIC jusqu’au 1er mars dernier, est en revanche beaucoup plus direct. La FDC est « une alternative financièrement saine aux initiatives dirigées par la Chine qui ont laissé de nombreux pays en développement profondément endettés », a estimé l’homme d’affaires dans un communiqué daté du 3 octobre.

Marlène Panara

lepoint

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