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FMI : la croissance mondiale est de plus en plus faible

FMI : la croissance mondiale est de plus en plus faible
Les dirigeants politiques doivent se préparer à de possibles crises affirme Maurice Obstfeld, le chef économiste du FMI

Le FMI a de nouveau abaissé – à +3,2 % – ses prévisions de croissance mondiale pour 2016. Une timide reprise est repoussée à l’an prochain sans une action énergique des dirigeants politiques.

« Une croissance trop faible pendant trop longtemps ». Le sous-titre des perspectives économiques mondiales du Fonds monétaire international (FMI), publié ce mardi, en dit long. Si la croissance se reprend légèrement, le rythme de plus en plus décevant expose l’économie mondiale à des risques majeurs.

Pour l’année en cours, l’institution multilatérale a ramené à 3,2% la hausse du produit intérieur brut (PIB) mondial. C’est deux dixièmes de point de moins que les prévisions faites en janvier dernier . Même l’an prochain, le FMI reste prudent. Il avance un chiffre de 3,5% si les pays émergents et en développement parviennent à surmonter leurs difficultés. A ce stade, ce groupe de pays représente l’essentiel de la croissance mondiale.

+1,9 % pour les pays développés

Les pays développés, estime les économistes du Fonds, ne connaîtront pas une envolée de leur croissance. Loin de là. Elle est évaluée à 1,9% cette année, comme l’an passé et à 2% en 2017. Aux Etats-Unis, la hausse du PIB est affichée à 2,4 %, puis 2,5% grâce notamment à la bonne tenue de la demande interne. Mais, la hausse du dollar va peser sur les exportations, d’autant plus que les partenaires commerciaux des Etats-Unis subissent un ralentissement de leur économie. Le recul des investissements dans le secteur de l’énergie, la faiblesse de l’activité manufacturière et à plus long terme, le vieillissement de la population ainsi que la faible croissance des facteurs de production empêchent toute reprise supérieure.

1,1% de croissance pour la France

La zone euro, quant à elle, verra sa croissance à 1,5% cette année, soit un dixième de point de moins qu’en 2015. « La faiblesse de l’investissement, le haut niveau du taux de chômage et la faiblesse des bilans pèsent sur la croissance », estime Maurice Obstfeld, le chef économiste du Fonds. L’Allemagne est créditée de 1,5 % tandis que la France est à 1,1%. Seule l’Espagne peut s’enorgueillir d’un 2,6%, après 3,2 % l’an dernier.

Là encore, le FMI retrouve les mêmes stigmates qu’aux Etats-Unis en pointant le faible potentiel de croissance, le vieillissement de la population. S’y ajoute l’endettement public et privé élevé, et une certaine déqualification de personnes au chômage depuis trop longtemps.

L’Inde et l’Asean les mieux lotis

Dans cet environnement morose, seuls les pays en développement et certains pays émergents affichent des performances plus élevées. L’Inde (7,5%), les pays de l’Asean (4,8%) et les pays à faible revenu (4,7%), sans compter la Chine (6,5 %) sont des poches de croissance. Mais leur croissance potentielle sera, l’an prochain, encore inférieure de deux points de pourcentage à la moyenne constatée au cours des dix dernières années. Avec un bémol sur les grands pays émergents.

Le Brésil et la Russie resteront en récession cette année et l’activité chinoise va ralentir encore cette année et l’an prochain. Pour cette dernière, deuxième économie mondiale, le FMI compte sur une transition maîtrisée d’un modèle fondé sur l’investissement et l’exportation vers un modèle basé sur le développement des services et la hausse de la consommation interne. Mais, tout dérapage incontrôlé aurait des répercussions globales. Une récession mondiale, à l’avenir, n’est pas exclue.

En attendant, l’inflation tant recherchée par les banques centrales ne sera pas non plus au rendez-vous. Elle serait de 0,4 % en zone euro, loin des 2 % recherché par la Banque centrale européenne. Avec 0,8 %, les Etats-Unis feront à peine mieux. Aussi est-il urgent d’agir.

Réformes structurelles

Pour le FMI, trois actions combinées sont à mettre en oeuvre : poursuivre des politiques monétaires accommodantes, utiliser les marges de manoeuvre budgétaire de relance pour les pays qui en disposent en construisant des infrastructures, par exemple, et surtout mettre en place des réformes structurelles.

Ces dernières passent par une baisse des cotisations sur les salaires, l’investissement dans la formation des chômeurs, la libéralisation des secteurs de l’économie trop protégés pour y instiller plus de concurrence au bénéfice des consommateurs. Et là où c’est possible, faire en sorte que l’emploi soit moins protégé – en clair faciliter les procédures de licenciement- et réduire le montant de l’indemnisation des chômeurs, le tout devant être accompagné par « d’autres politiques pour contrebalancer le coût à court terme supporté par les groupes les plus vulnérables », indique le FMI sans plus de précision.

Pas sûr qu’un tel discours passe alors que Maurice Obstfeld souligne que « dans bon nombre de pays, le manque de croissance des salaires et l’inégalité croissante ont créé un sentiment largement partagé que la croissance économique a bénéficié aux élites et aux détenteurs du capital de manière disproportionnée, laissant trop de personnes loin derrière ».

Richard Hiault / Grand reporter
lesechos.fr

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