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Football : le fair-play financier est-il anticoncurrentiel ?

Football : le fair-play financier est-il anticoncurrentiel ?

Un groupe de supporteurs assigne l’UEFA devant le TGI de Paris pour dénoncer ce principe institué par Platini, selon eux contraire à la libre concurrence.

Et si le fair-play financier était une erreur ? Pire, et si les conséquences de sa mise en place étaient diamétralement opposées à son objectif premier, à savoir limiter l’omnipotence des clubs les plus riches d’Europe face aux plus modestes ? C’est là toute la réflexion de l’Association des supporteurs en colère contre le fair-play financier (ASCFPF) qui assigne avec une centaine de supporteurs du PSG l’UEFA devant le tribunal de grande instance (TGI) de Paris, révèle Le Parisien-Aujourd’hui en France. En cause, le fair-play financier (FPF), mis en place en 2010 – dont les premières sanctions ont été prononcées en mai 2014 -, et qui impose aux clubs européens de ne pas dépenser plus qu’ils ne gagnent.

Sur le fond, tout le monde – y compris les plaignants – s’accorde sur la légitimité de ce principe et sur la bonne foi de Michel Platini, président de l’UEFA, à l’initiative de cette règle. Sauf que dans la réalité, le FPF s’avère bien plus inégalitaire que prévu. Anticoncurrentiel même, si on en juge l’assignation de 58 pages conduite par le cabinet Cleary Gottlieb Steen & Hamilton LLP que Le Point.fr s’est procuré. “L’UEFA ne se contente pas d’exiger que les clubs aient un résultat à l’équilibre : elle sélectionne les revenus et dépenses à prendre en compte dans l’analyse du budget des clubs, et exclut le recours à l’endettement ainsi que les injections de capitaux par les actionnaires”, explique le collectif.
“Qui est-ce qui trinque ? Les supporteurs !”

Concrètement, il s’agit d’une violation manifeste du droit à la concurrence et à la liberté d’investissement, selon eux. “Avec le fair-play financier, c’est toute la stratégie de développement d’un club qui est freiné. Le recours à l’endettement est très limité, le montant de certains contrats est remis en cause, etc. C’est un comble quand il s’agit d’actionnaires privés ! Et qui est-ce qui trinque ? Ce sont les supporteurs”, souligne Frédéric Q., un des fondateurs de l’ASCFPF. En effet, l’article 61 du règlement de l’UEFA sur l’octroi des licences et le fair-play financier précise que les actionnaires des clubs ne peuvent couvrir des pertes au-delà de 45 millions d’euros pour les saisons 2012-2013, 2013-2014 et 2014-2015. Désormais, le propriétaire d’un club de foot n’est donc pas autorisé à combler les “trous” dans les finances de son club, comme c’est la règle depuis des décennies dans le football, et comme ont pu le faire avant lui Roman Abrahamovic à Chelsea, Silvio Berlusconi au Milan AC ou encore Massimo Moratti à l’Inter.

En outre, l’UEFA a décoté le contrat qui liait le PSG à son sponsor principal, Qatar Tourism Authority (QTA), pour l’établir à 100 millions d’euros au lieu des 200 initialement conclus entre les deux parties. La conclusion est double et préoccupante. D’abord, ce système profite aux “anciens” clubs – appelés “clubs établis” dans l’assignation -, qui ont pu investir à tout-va et combler leurs pertes comme bon leur semblait pendant des années, avant l’instauration du fair-play financier. Aujourd’hui, ils ont leur rythme de croisière, structurellement et financièrement, et n’ont pas besoin d’investir massivement pour rejoindre le gotha européen, à l’inverse d’un club comme le PSG. Ainsi, les gros restent gros tandis que les “petits” n’ont pas les moyens de grossir. L’objectif central du FPF n’est donc pas du tout atteint.

Dans le même temps, le public est une victime collatérale. “Puisque le fair-play limite l’investissement et l’endettement, les clubs n’ont plus qu’une seule source de revenus sur laquelle ils peuvent jouer : la billetterie. On observe alors une flambée du prix des billets et des abonnements. À Paris, l’abonnement au Parc a presque doublé en quatre ans”, rappelle Frédéric Q. Du coup, les supporteurs subissent un préjudice d’agrément et financier. À travers leur action, l’ASCFPF et la centaine de supporteurs du PSG demandent donc réparation. Mais pas seulement. Le collectif invite également le TGI à saisir l’Autorité de la concurrence d’une demande d’avis. Un avis qui pourrait faire boule de neige s’il va dans le sens de l’ASCFPF…

Alexandre Ferret
lepoint.fr

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