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Forum des dirigeants de banque d’Afrique francophone : Entretien exclusif avec M. Thierno S. SY, Vice-Président

Forum des dirigeants de banque d’Afrique francophone : Entretien exclusif avec M. Thierno S. SY, Vice-Président
M. Thierno Sy, DG BNDE et Vice-Président du Club des dirigeants de banques et établissements de crédits d’Afrique francophone

M. Thierno S. SY, Vice-Président : « Le développement d’une bonne synergie entre les banques de l’Afrique francophone, est une nécessité »

 

La 28ème édition tenue à Maurice s’est intéressée aux opportunités en termes de partenariat entre les banques mauriciennes et leurs homologues africains. M. Thierno S. SY, Vice-Président du Club des dirigeants de banques et établissements de crédits d’Afrique francophone dresse le bilan du forum. Interview exclusive !

Ecodafrik : Monsieur le Vice-président, le rideau vient de tomber sur l’édition 2017 du Forum d’été des Dirigeants de Banques et Etablissements de Crédits d’Afrique francophone. Quelles sont les principaux enseignements à tirer de cette 28ème édition ?

M. Thierno S. Sy : Cette 28ème édition du Forum d’été des Dirigeants de Banques et Etablissements de Crédits d’Afrique francophone, qui s’est tenue à Maurice a été un grand succès aussi bien dans son organisation que dans le contenu des thèmes qui ont été traités.

Il faut rappeler que ce forum s’est tenu à l’Ile Maurice, à la demande conjointe des dirigeants de banques et établissements de crédits et du Groupe MCB, qui est classé 1ère banque en Afrique de l’Est et 17ème en Afrique.

Nous rappelons aussi que nous avons eu l’honneur de recevoir le Gouverneur de la Banque Centrale de Maurice, ainsi que des personnalités de haut niveau qui nous ont permis de parcourir et de traiter des thèmes importants , en rapport direct avec le secteur bancaire africain et son évolution dans les années à venir.

Ce forum, a été aussi l’occasion pour le Club des dirigeants de banque, d’appréhender de manière beaucoup plus correcte les opportunités en termes de partenariat que nous pourrons développer entre les acteurs financiers mauriciens et les banques, membres de notre club.

Enfin, il a été pour nous une bonne occasion de mieux comprendre la pertinence des axes stratégiques retenus par les autorités mauriciennes pour faire de leur pays l’une des économies les plus performantes d’Afrique.

Les perspectives de développement des banques d’Afrique francophone étaient l’une des préoccupations du forum. Comment le Forum appréhende cet horizon ?

Dans sa quête permanente d’ouverture, le club des dirigeants de banques et établissements de crédits, a mis l’accent sur le développement d’une bonne synergie entre les banques de l’Afrique francophone. C’est dans ce cadre que l’île Maurice, en tant que pays pratiquant la langue française, a été retenue pour abriter ce 28ème forum. C’est aussi dans cet esprit que nous cherchons à créer un cadre d’échange entre banques francophones.

Cet échange, va au-delà de l’Afrique et concerne aussi les partenaires dans les autres continents, comme l’Europe et l’Asie. Notre objectif, c’est de favoriser à travers la langue française, une coopération Win-Win.

En termes de perspectives, nous allons renforcer cette coopération entre banques africaines, tout en assurant le développement dans le partenariat de grands groupes français notamment la BPI France et la Banque du Vietnam.

Le forum de Dakar qui se tiendra en février 2018, sera une occasion de réfléchir sur l’avenir de la banque africaine, face aux grandes mutations.

 

Au regard des “rigidités” au financement des entreprises que constituent, entre autres, la structure de leurs ressources, les exigences prudentielles et la cherté du financement par crédit bancaire, comment les banques et établissements de crédit d’Afrique francophone pourraient-elles dynamiser les économies nationales et sous régionale ?

“Bâle II et Bâle III inclinent à la prudence au détriment du développement du finance-ment de l’éco-nomie…”

En effet, nous avons noté dans nos économies respectives, un accompagnement très timide du secteur bancaire, dans le financement de l’économie, dû entre autre, aux raisons que vous avez évoquées, mais il faut y ajouter aussi une méconnaissance des acteurs économiques, une offre commerciale pas du tout adéquate et une stratégie de financement plus motivée par une gestion des risques qui sera davantage exacerbée par le dispositif Bâle II, Bâle III, qui va privilégier l’approche risques, au détriment du développement du financement de l’économie.

Nous pensons que les banques et établissements de crédits des banques d’Afrique francophones, ont leur rôle à jouer dans le financement de nos économies.

Tout d’abord, en appréciant autrement la notion de risques, et en favorisant une forte complémentarité pour une bonne optimisation des ressources dédiées au financement de nos économies.

Le club des dirigeants doit avoir comme préoccupation, la recherche de ressources concessionnelles adaptées au financement de nos économies et disponibles sur le marché international.

Dans quelles mesures, la désintermédiation bancaire, en essor à Maurice, pourrait-elle être une solution au problème de financement adéquat des entreprises ?

Maurice a pu mettre en place une stratégie de développement de son secteur financier, en créant un Ministère, dédié particulièrement à cette activité. Aujourd’hui, ce secteur financier participe très fortement au financement de son économie, mais aussi a permis à l’économie Mauricienne, d’avoir une ouverture très forte à l’international, qui lui a permis d’intégrer les marchés financiers internationaux. Ceci a été possible grâce à une bonne cotation internationale forte délivrée par les grandes sociétés de Rating.

Nous rappelons que Maurice a été le 1er pays en Afrique, selon l’indice Mo Ibrahim de la gouvernance, c’est le 21ème pays classé, selon Liberté Economique, c’est le 49ème pays dans le rapport Doing Business, c’est le 45ème pays en termes de compétitivité mondiale et c’est le 49ème pays en termes de Net Working. Tous ces atouts ont favorisé une désintermédiation progressive et ont donné à Maurice les atouts pour résoudre les problèmes de financement de ses entreprises.

Quels seraient, in concreto, les formes de contributions décisives que le groupe MCB, qui s’est engagé à soutenir les banques africaines, pourraient leur apporter dans cette perspective ?

Il faut rappeler que le forum organisé en partenariat avec le groupe MCB a constitué un 1er jalon dans la recherche de synergie entre MCB et les banques d’Afrique francophone.

 

“… Avec MCB, les premiers axes de partenariat auront trait à son accompagnement sur les opérations internationales…”

Les premiers axes de coopération qui ont été identifiés ont trait à l’accompagner sur les opérations à l’internationale, partage d’expérience dans les opérations structurées, partage de leur expertise dans le domaine du financement de l’énergie, de l’hôtellerie, des BTP et enfin de la possibilité d’inviter MCB dans la prise en charge de financement de grosses infrastructures dans le cadre de partenariat public-privé de nos pays respectifs.

 

Le développement du mobile money et son corollaire la prise de pied des opérateurs de téléphonie mobile dans l’activité financière, charrient des défis pour l’activité bancaire traditionnelle. Comment les dirigeants de banques et établissements de crédits d’Afrique appréhendent cette évolution ?

Le Mobile Money a surpris le secteur bancaire qui a laissé du champ aux opérateurs de télécom pour s’introduire dans les activités dédiées initialement aux banques. Ce statut d’émetteur de monnaie électronique, leur est octroyé par la banque centrale, pour leur permettre d’entrer dans une légalité institutionnelle. Ces opérateurs télécom, font de la banque avec comme avantage, leur plateforme technique propriétaire qui leur permet d’être autonomes. Les banques doivent réagir, soit en développant des partenariats avec les sociétés télécom ou en anticipant sur les platform Web. Le Club des dirigeants a déjà mis en place un laboratoire d’idées dans lequel il a déjà engagé une réflexion pour préparer l’avènement du Web Banking qui va révolutionner les transactions financières de demain.

 

                                                                  Interview réalisée par

                                                                   La rédaction Ecodafrik

 

 

 

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