Accueil / Tic & Telecoms / Google Mobile, nouvel opérateur prêt à casser le marché américain ?

Google Mobile, nouvel opérateur prêt à casser le marché américain ?

Google Mobile, nouvel opérateur prêt à casser le marché américain ?

Avec Project Fi, le géant de l’Internet devient opérateur mobile virtuel aux Etats-Unis, sur les réseaux de Sprint et T-Mobile. Son offre à prix cassé permet de ne payer qu’à l’usage mais reste réservée aux propriétaires de smartphones Nexus 6. Une expérimentation semblable à Google Fiber l’aidant à mieux comprendre ce business.

« Pas un opérateur à grande échelle » avait prévenu Sundar Pichai, le directeur produits de Google, en confirmant le projet du groupe de devenir opérateur mobile virtuel (MVNO) le mois dernier au Mobile World Congress de Barcelone. Sous le nom de Project Fi, Google a officiellement lancé ce mercredi soir son service mobile aux Etats-Unis, dont la portée sera effectivement limitée dans un premier temps (il est d’ailleurs sur invitation et un seul smartphone est compatible), mais qui pourrait tout de même bouleverser les pratiques du très lucratif marché américain du mobile, vu son agressivité tarifaire. Comme l’avait révélé le Wall Street Journal, Google, qui a signé un accord de MVNO avec les numéros 3 et quatre du marché, Sprint et T-Mobile, propose de payer l’Internet mobile à l’usage, uniquement les Gigaoctets consommés, et non une enveloppe fixe pas forcément utilisée.

Google vient casser une pratique généralisée dans la téléphonie mobile, consistant à proposer quelques forfaits en taille unique et à faire payer les petits consommateurs pour les plus gourmands.

Concrètement, le forfait Project Fi – sans engagement – commence à 20 dollars par mois hors taxes (compter entre 4 et 8 dollars de plus TTC selon les Etats) et inclut appels et SMS illimités aux Etats-Unis (SMS à l’international aussi). Selon une grille tarifaire très simple, il faut ensuite ajouter 10 dollars pour 1 Go, 20 dollars pour 2 Go et 30 dollars pour 3 Go, et ce jusqu’à 10 Go, soit 50 dollars hors taxes pour le forfait 3 Go devenu standard en France à 20 euros TTC ! Cependant, les Mégaoctets non utilisés sont directement crédités : par exemple, si l’abonné n’a consommé que 2,2 Go à la fin du mois sur 3 Go, il récupère 8 dollars de crédit en plus le mois suivant. En outre, l’Internet mobile à l’étranger est facturé au tarif local, sans surcoût d’itinérance (roaming). La formule de Project Fi est jugée très compétitive et novatrice sur le marché américain.

Remboursement ou report de la « data » non consommée

Le sujet de la « data » non consommée monte depuis quelques temps aux Etats-Unis. La startup Republic Wireless, petit opérateur hybride Wifi et MVNO sur le réseau mobile de Sprint, aux tarifs agressifs et comptant quelques centaines de milliers de clients sur plus de 180 millions d’utilisateurs de smartphones aux Etats-Unis, vient d’annoncer lundi qu’il va expérimenter le remboursement aux clients des Gigas non utilisés.

« Chaque propriétaire de smartphone paie en moyenne 16 dollars par mois de plus qu’il n’utilise en réalité » avance Republic Wireless.

Ce serait même en moyenne 28 dollars par mois de “gâchis”, de surcoût, selon une étude de la société d’analyse du marché mobile Validas, citée par le Wall Street Journal. En fin d’année, le trublion T-Mobile, le Free américain, a lancé le report automatique des Mégoctets non consommés, stocké sur une réserve utilisable pendant un an. Quelques jours plus tard, le poids lourd AT&T l’a imité mais en restreignant le report à un mois.

L’offre de Google s’inscrit donc dans cette récente préoccupation des Américains de ne pas surpayer leur forfait mobile. Le revenu moyen par abonné (ARPU) aux Etats-Unis est de l’ordre de 49 dollars par mois, mais plutôt de 70 dollars pour les utilisateurs de smartphones, contre 31 dollars en moyenne en Europe et seulement 16,20 euros en France ! Plutôt que le paiement à l’usage, plusieurs opérateurs mobiles virtuels français ont lancé des forfaits modulables, s’adaptant d’un mois sur l’autre à la consommation effective, comme Modulo de Prixtel ou Joe Mobile que Numericable-SFR vient d’arrêter.

Seulement les propriétaires de Nexus 6

Google ne réserve cependant son offre mobile qu’aux propriétaires du smartphone Nexus 6, le dernier-né de sa gamme maison d’appareils, conçu en l’occurrence par Motorola, le constructeur que Google avait acquis puis revendu au Chinois Lenovo l’an dernier. Sorti à l’automne dernier, le Nexus 6 est un grand format de type « phablette » haut de gamme, vendu 650 dollars, tournant sous le système d’exploitation Android Lollipop. Il aurait été en rupture de stock très rapidement à la sortie, mais ses ventes seraient restées assez confidentielles. La firme indique qu’il s’agit du premier appareil compatible, laissant entendre qu’il pourrait y en avoir d’autres.

Selon le Wall Street, Google se serait engagé à limiter les volumes de son offre de service mobile auprès de Sprint. Comme Republic Wireless, il veut délester dès que possible le trafic sur du WiFi, tant pour les appels que pour l’Internet mobile, afin de réduire la facture des abonnés – et la sienne aussi en tant qu’acheteur en gros de minutes et de Gigas auprès de Sprint et T-Mobile. L’activité de gros aux MVNO génère de fortes marges et de faibles coûts pour les opérateurs de réseau. La technologie de Project Fi permettra de basculer automatiquement, sans coupure, sur le meilleur réseau 4G, de Sprint ou T-Mobile, ou en WiFi. Le numéro est virtuel, dans le cloud : il sera donc possible d’appeler, d’envoyer des SMS et d’écouter sa messagerie sur n’importe quel écran (sous Android, iOS, Windows, Mac, ou un Chromebook) en utilisant le service de messagerie instantanée Google Hangouts (qui a remplacé Google Talk et Google + Messenger).

Pour le géant de Mountain View, cette première incursion dans la téléphonie mobile comme opérateur sans réseau lui permettra de mieux comprendre l’économie du secteur et les moyens de le bousculer, et tout simplement de faire pression sur les opérateurs établis pour qu’ils baissent les prix et donnent ainsi accès au surf sur mobile au plus grand nombre. Et ce tout en alimentant son propre écosystème, puisqu’il s’agit de smartphones Android, son système d’exploitation, où ses services sont préinstallés (Gmail, Google Maps, etc). Une démarche qui rappelle celle de Google Fiber, le déploiement d’un réseau à très haut débit en fibre optique dans quelques villes américaines (Kansas City, Austin, etc). Pas de quoi pour l’instant ébranler les positions des géants du câble et des télécoms. Mais là aussi un poste d’observation fantastique sur la consommation de contenus et les usages des foyers, et un moyen d’élargir la diffusion de produits maison tels que les ordinateurs Chrome Book ou les clés Chromecast. Google peut se permettre d’être patient…

Delphine Cuny
latribune.fr

Aller en haut