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Grandes écoles : l’eldorado australien a du plomb dans l’aile

Grandes écoles : l’eldorado australien a du plomb dans l’aile

Malgré une cote de popularité au beau fixe, l’Australie n’est pas la meilleure destination que peuvent choisir les jeunes étudiants français. Explications.

L’Australie ? Rien à signaler. “On ne le voit pas, le fameux engouement”, affirme d’entrée Yves Poilane, président de la commission relations internationales de la conférence des grandes écoles. Fichtre. “Le pays est magnifique, son côté dernière nouvelle frontière fait rêver. Mais le poids du symbole est très supérieur à la réalité des choix de nos étudiants.” Sur les 47 000 élèves qui ont séjourné à l’étranger en 2012, seuls 1 300 ont choisi l’Australie – après la Grande-Bretagne, les États-Unis, le Canada, l’Espagne, l’Allemagne, la Chine, l’Irlande… et le Mexique. “Beaucoup partent en stage de fin d’études, et préfèrent faire de la finance à Londres ou New York plutôt qu’à Melbourne, du marketing à San Francisco plutôt qu’à Sydney”, poursuit Yves Poilane. D’autant que les écoles de management européennes et américaines arrivent loin devant les formations australiennes : la meilleure d’entre elles, dispensée par la Macquarie Graduate School of Management, n’occupe que la 68e place dans le classement des meilleurs masters du Financial Times.

L’Australie, sa nature sauvage et son confort de vie attirent pourtant un nombre toujours croissant d’étudiants et de “PVtistes” (titulaires du”permis vacances travail”, un visa réservé aux moins de 30 ans). Ils étaient 20 000 en 2012, 25 000 en 2013, et les chiffres de 2014 devraient être encore supérieurs. “Beaucoup cherchent à retarder leur arrivée sur un marché du travail français peu engageant, et essaient de compléter leur C. V. par une première expérience professionnelle ou un diplôme supplémentaire dans un pays anglo-saxon”, commente Aude Pelamourgues, de l’agence Études Australie.

Le pays le plus cher au monde ?

Symétriquement, l’Australie est très preneuse d’étudiants français – quelque 200 accords existent entre les établissements des deux pays qui pâtissent toutefois, selon Yves Poilane, de ce que les cours en France soient presque exclusivement dispensés en français. “Les universités australiennes comptent beaucoup d’élèves étrangers, asiatiques et latino-américains surtout, souligne Aude Pelamourgues, et cherchent à faire venir des Européens pour accroître encore leur diversité de recrutement.” Celle-ci, bénéfique à la qualité de la recherche et, partant, aux classements internationaux, représente aussi une véritable manne financière : les frais d’inscription des étudiants étrangers, supérieurs de 10 % à ceux des nationaux, rapporteraient à eux seuls chaque année quelque 15 milliards d’euros au pays.

Contrepartie : selon une étude de HSBC publiée en septembre 2014, l’Australie serait le pays plus cher au monde pour ce qui est des études. “On atteint facilement 30 ou 40 000 dollars australiens l’année” (entre 20 et 27 000 euros environ), souligne Yves Poilane. Le demi-million d’étudiants internationaux en Australie se sont d’ailleurs réunis en une organisation, le “Council of International Students Australia”, qui s’efforce de défendre leurs intérêts devant les autorités et réclame, notamment, un plus large accès à l’emploi : le visa étudiant permet, aujourd’hui, de travailler 40 heures par quinzaine.

Parer le risque de l’impréparation

Victor, 24 ans, a lui sauté la case petit boulot. Grâce à un accord exceptionnel conclu entre son école, l’EM-Lyon, et l’université de Melbourne, il n’a pas eu à payer son semestre. Et il se dit conquis, moins au fond par les cours (“ce n’était pas très différent de ce que j’ai connu en France”) que par l’exotisme, le climat, la sympathie des Australiens… et la pêche sous-marine. Victor essaie maintenant de revenir dans le pays pour son stage de fin d’études

Certains des compatriotes qu’il a rencontrés en route ont eu moins de veine. Les PVtistes, convaincus de trouver un travail en un tournemain et de parcourir pour presque rien les grands déserts du pays, tombent parfois de haut. Études Australie a même été fondée en 2010 par l’Australie et la Nouvelle-Zélande pour mieux préparer les candidats à la “dernière nouvelle frontière”. “Nous les aidons gratuitement à trouver la formule de visa, les études ou la ville qui leur correspondra le mieux”, explique Aude Pelamourgues. “Nous expliquons qu’un non-anglophone doit commencer par prendre des cours de langue, que Perth et la côte ouest offrent plus de possibilités que d’autres régions. Certains partent avec 3 000 euros, un aller simple, sans logement, sans expérience professionnelle en France, sans parler du tout anglais… et se retrouvent en grande difficulté.”

“French shopping”

Témoin de ces déconvenues : le curieux échange noué, au printemps 2013, entre le consul de France à Sydney Éric Berti et une PVTiste de 28 ans, Lucie. Éric Berti vient, à l’époque, de se fendre d’un rappel à l’ordre dans une lettre consulaire qui a fait grand bruit. Les jeunes Français, explique-t-il en substance, ont une réputation exécrable. On les dit provocateurs, bruyants, alcoolisés, irrespectueux et malhonnêtes – au point que le vol à l’étalage se dit désormais en Australie “French shopping” : les “emplettes à la française”… Dans une longue réponse au consul, Lucie répond qu’elle a découvert une tout autre réalité : des employeurs qui ne répondent pas aux candidatures, des auberges de jeunesse “spécialisées” qui remplissent leurs dortoirs contre la promesse parfois chimérique d’un travail et la concurrence de jeunes bien mieux organisés que les Français – des Asiatiques, au premier chef.

L’Asie, justement, est avec l’Amérique latine le continent que les grandes écoles françaises conseillent en priorité à leurs étudiants pour leurs séjours à l’étranger. “Découvrir une culture vraiment différente de la nôtre est bien plus enrichissant, note Yves Poilane, et plus facile aussi à valoriser sur un C. V.” Sauf le respect des kangourous.

Le Point.fr

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