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Grèce : l’Europe se penche enfin sur la question de la dette

Grèce : l’Europe se penche enfin sur la question de la dette

Première discussion sur un possible allègement du fardeau grec. Les réformes votées par Athènes dimanche saluées par les Européens.

Ils en ont parlé ! L’allègement du fardeau de l’endettement grec , l’un des concepts tabous du débat européen depuis quelques années, a été abordé lors de l’Eurogroupe qui s’est tenu ce lundi à Bruxelles. Aucune décision n’a été prise, rien n’a été acté, mais qu’importe : « C’est la première fois que l’on rentre dans ce sujet », s’est réjoui le ministre des Finances français Michel Sapin, ce qui lui suffisait pour parler d’une « belle satisfaction ».

Premier signal politique

Ce premier signal politique doit à présent permettre de lancer des échanges techniques sur la faisabilité des différentes options sur la table, avant un prochain eurogroupe programmé le 24 mai prochain. Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, a balisé les scénarios sur lesquels travaillent les Européens : à court terme il s’agirait « d’optimiser le management de la dette et de réduire son coût », tandis qu’à long terme les options d’un allongement de la période de grâce pour les paiements a été une nouvelle fois évoqué. L’idée n’est plus de focaliser les efforts sur une réduction du ratio dette/PIB, mais de maintenir les besoins financiers bruts du pays (réduction de la dette et paiement des intérêts) à un niveau inférieur à 15 % du PIB.

« Plusieurs pays veulent aussi s’assurer que la Grèce continuera les réformes, même si on entre dans ce processus d’allègement du fardeau de la dette », explique un proche des négociations, soulignant que les réticences restent fortes non seulement de la part de l’Allemagne, mais aussi d’autres « faucons » (Pays-Bas, Slovaquie, Finlande), voire aussi de certains pays du Sud qui auraient bien aimé bénéficier du même traitement de faveur (Espagne, Portugal). Une preuve supplémentaire qui montre qu’Alexis Tsipras ne doit pas se réjouir trop vite.

Accord de principe

Le Premier ministre grec peut au moins se satisfaire de voir que toutes les réformes douloureuses votées ont satisfait ses créanciers. Dimanche, le Parlement grec avait adopté une réforme très controversée des retraites. Une action saluée par Jeroen Dijsselbloem, qui estime que le vote de ces mesures « devrait ouvrir la voie à une conclusion de la revue » des réformes grecques. En langage non technocratique, les Européens ont donc donné un accord de principe pour débourser l’aide promise de plus de 5 milliards d’euros. Il faudra toutefois attendre encore quelques jours, puisque en parallèle les Européens veulent conclure sur un plan d’austérité « de secours » au cas où la Grèce ne tiendrait pas ses engagements budgétaires (un excédent primaire avant intérêts de la dette de 3,5 % du PIB en 2018). Le mécanisme de coupes automatiques dans les dépenses proposé par le gouvernement grec en cas de dérapage a été bien accueilli, mais les Européens veulent s’assurer qu’il s’agira de mesures structurelles.

Ce dispositif a été réclamé par le FMI en échange de son engagement dans le plan de sauvetage de la Grèce. Toutefois, certains Européens ont commencé à évoquer, lundi, la possibilité que le FMI soit un simple partenaire technique, sans pour autant participer à son financement.

Renaud Honoré / Correspondant à Bruxelles
lesechos.fr

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